CHAPITRE IV
VOUS cherchiez à ressaisir les débris de voire naufrage. Ainsi de Marianna pour Henry. A l'heure de la séparation, elle s'avoua qu'elle avait mis sur cette jeune tète tout ce qui lui restait d'espérances , qu'il était l'unique lien qui la rattachât à la vie. Il est bien vrai que, depuis son retour, elle ne l'avait vu qu'à de longs intervalles; mais elle le sentait près d'elle, et, se reposant sur le temps du soin de nouer par un lien , qu'elle n'osait serrer elle-même, deux destinées nécessaires désormais l'une à l'autre , elle s'abandonnait mollement à la dérive des chimères. Tout ce brillant échafaudage, palais de brume et de vapeur, s'écroula en moins d'un instant sous le coup de ce brusque départ, de cet adieu calme et glacé. Pareil à la foudre, ce coup, en la frappant, l'éclaira- elle comprit à son désespoir tout ce qu'elle avait espéré, et, à la lueur sinistre qui se répandit autour d'elle, l'Infor-
tunée descendit toul entière dans son propre cœur.
Elle acheva dans les pleurs cette lamentable journée. Ce n'était pas seulement l'espérance déçue qui se plaignait en elle : les discours d'Henry, raltcraiion de ses traits, l'étrange expression de sa physionomie, sa voix lente et grave, sa parole austère, tous les détails de cettedernièreentrevue, neluilaissaientnipaix ni trêve; à la douleur de le perdre se mêlait une sourde inquiétude qu'elle ne pouvait expliquer ni vaincre. Vers le soir, elle s'accouda sur le balcon de sa fenêtre; et là , malgré la pluie que le vent lui soufflait par raffales au visage , elle resta les yeux attachés sur la croisée d'Henry , que son regard devinait dans l'ombre :car,nonplusquedanssoncœur,rien ne brillait dans la nuit épaisse. Henry était-il parti? avait- il déjà tenu sa promesse? était-il donc vrai qu'elle ne devait plus le revoir?
CllAlMTUi: Vf.
L'astre solitaire , qui luisait à son ciel obscur, s'clait-il voilé pour toujours? Le phare mystclérieux venait-il de s'éteindre pour ne se rallumer jamais? Long-temps elle attendit; enfin l'étoile se leva , et le pâle rayon , traversant la ramée, pénétra aussitôt dans son âme.
Elle resta long-temps ainsi, dévidant lentement et avec amour l'écheveau de ses souvenirs. Long-temps elle laissa sa pensée courir sur la plage de Pornic et sous les ombrages de Clisson. En se rappelant ce qu'Henry avait été pour elle, ce qu'elle avait été pour lui, elle s'accusa de dureté et d'ingratitude. Qu'avaitelle fait pour le retenir? Par quels soins, par quelle tendresse avait-elle reconnu un dévouement si rare, une si noble affection? Arrivant, par d'insensibles détours , de ce regret presque maternel à des sentimens moins calmes et plus voilés, elle revit Henry tel qu'il lui était apparu par un soir du dernier automne:
son cœur se troubla, et de brûlantes images passèrent devant ses yeux. Puis, elle sentit retomber sur elle cette lourde inquiétude que lui avait laissée la dernière entrevue , et soudain les folles images s'envolèrent avec épouvante. La nuit était sombre , le vent déchaîné poussait de lugubres gémissemens. Pâle et tremblante, la lampe d'Henry paraissait à chaque instantprèsde s'éteindre. —Tu souCl'rcs, disait Marianna, qu'as-lu?ll lui semblait entendre, à travers leshurlemens de la bise, des cris plaintifs qui rappelaient; tout son sang se glaçait de terreur, et elle retenait sa respiration pour prêter une oreille attentive. — Qu'est-ce donc, mon Dieu! s'écriaitclle. — Il y eut un instant où, l'àme frappée par un affreux pressentiment, elle se précipita dans sa chambre et sonna Mariette à cou[)s redoublés.
Cependant, Henry comptait les heures de