‹ Marianna (volume 2)Chapitre 27 sur 68 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

à son langage; à ses lellres, jamais. Le cardinal de Richelieu ne demandait que deux lignes d'un individu pour le faire pendre; il ne faut que deux lignes de votre maîtresse pour savoir si vous êtes aimé. Aimé, tout vous ledit : les plis du papier sont amoureux; il s'en échappe un parfum qui vous saisit et vous pénètre. Il y a dans l'arrangement des mots un charme qui ne peut s'exprimer. Les caractères s'entrelacent et se caressent , vous regardent et vous sourient. L'amour se révèle rien qu'à l'enveloppe : vous n'en avez pas brisé le cachet, que vous sentez les mots remuer entre vos doigts; vous les entendez gazouiller, comme des oiseaux dans leur nid. Et, quand vous dépliez les feuillets , n'est-ce pas en effet comme des oiseaux échappés de leur cage, qui ramagent en voletant autour de vous et se disputent pour vous becqueter? En lisant les lettres de Marianna, Henry

tilOS MARIANNA.

senlit courir quelque chose de froid sur son cœur. Il élait trop sûr de son bonheur pour soupçonner le coup qui le menaçait. Cependant, il n'ouvrait jamais une lettre sans un sentiment de joie enivrante, il ne la fermait jamais sans une impression d'accablante tristesse. Qu'était-ce donc? il l'ignorait. U voulut confier ses angoisses à madame de Bclnave; mais ne trouvant pas de mots pour les dire, après de vains efforts pour en pénétrer le sens, il se résigna à les garder pour lui seul. C'est ainsi que l'absence, qui ranime ordinairement les amours assoupis, endormit celui-ci dans toute l'ardeur de sa félicité. Toutefois, à part le travail sourd qui se faisait en elle , ce fut pour Marianna, ainsi que nous le disions tout à l'heure, un temps de trêve et de loisir, un oasis de silence et de paix.

Elle revenait insensiblement à des idées plus calmes, à des ambitions plus sereines;

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