‹ Marianna (volume 2)Chapitre 29 sur 68 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

brusque ou trop rapide. Enfin toutes les joies, tous les privilèges de la société semblaient s'être donné rendez -vous dans cette allée. Exilée de ces biens qu'elle voyait passer devant elle , madame de Belnave ne put s'empêcher de faire un retour sur elle-même , et ce ne fut pas trop de tout son orgueil pour la défendre contre l'amertume des regrets.

Elle s'éloigna d'un pas rêveur.

Comme elle allait sortir du bois, elle a)>erçut , dans un landau qui marchait au pas , «ne famille de la Creuse , dont le chàioau était tout proche de Vieilleville : le comte et la comtesse de la M... avec leurs deux filles, amies l'une et l'autre de Noëmi et de Marianna. Elles reconnurent aussitôt madame de Belnave , et la plus jeune , par un mouvement irréfléchi , voulut se pencher sur le panneau de la voiture pour l'appel 1er du geste ou de la

voix. Mais un regard sévère de madame de la M... réprima cet élan de sympathie. Le landau poursuivit lentement sa marche, et il en tomba sur Marianna deux saints silencieux et glacés. Elle n'eut pas même la consolation de voir que les yeux de Mesdemoiselles de la M... étaient mouillés de larmes.

Elle rentra : dans ce Paris qu'elle venaitde traverser pour gagner sa demeure, elle n'avait pas une âme qui pût la comprendre, la soutenir et la consoler: seule, elle était seule! Le lendemain, elle reçut une lettre d'Henry : elle la lut d'un bout à l'autre sans que son front s'illuminât , sans que son cœur battît plus vite. La lettre achevée, elle la froissa machinalement entre ses doigts, puis, s'accoudant sur une table, elle resta longtemps abîmée dans une profonde méditation. Ce qu'elle pensa est resté un secret entre elle et Pieu/routcequenou§§avons, c'est queceitc

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luUrclui annonçait le prochain retour de son amant.

11 revint comme la tempête : il rapportait un amour exalte par l'absence, irrite par l'inquiétude, aigri par les soupçons jaloux, plus fougueux , plus exigeant, plus terrible qu'il ne l'avait été jusqu'alors.

Avez-vous jamais , sous un ciel de feu , entrepris à pied une longue course? Il venait une heure où , le corps échauffé par la marche, vous perdiez le sentiment de votre lassitude, et vous alliez, ne sentant plus vos lèvres desséchées, ni vos yeux brûlés par la poudre

embrasée de la roule, ni vos pieds gonflés et saignans; vous éprouviez l'ivresse de la faliguc. Mais, si, vous laissant prendre aux séductions de quelque bouquet d arbres jeté sur le bord du chemin, vous vous asseyiez à l'ombre pour rafraîchir un instant votre front, quand il fallait vous relever, c'en était fait do vos forces et de votre courage. Vos muscles n'avaient plus de ressort; vos pieds meurtris refusaient d'avancer , et tous vos membres endoloris se plaignaient et criaient à la fois.

C^csl exactement ce qu'éprouva madame de Belnaveau retour d'Henry. Lorsque, après ces jours de vacances, il lui fallut reprendre sa lâche, son amc ressentit une accablante lassitude cl refusa de se relever. Mais Henry élait là, comnjc un créancier inexorable! Vainement Marianna tourna vers lui un regard suppliant. H fallut se lover et le suivre.

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