‹ Marianna (volume 2)Chapitre 31 sur 68 · CHAPITRE vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE vni

croyait, il se rejeta avidement sur le passé; il en réveilla les douleurs; il rouvrit les plaies qu'il avait fermées; tout lui fut prétexte de querelle et de discorde. A vrai dire, il ne savait ce qu'il avait; il se demandait lui-même d'où lui venaient celte inquiétude fiévreuse, ce besoin insatiable de trouble, cette impatience sans nom, celle irritabilité secrète. Il regardait autour de lui avec anxiété, et ne comprenait pas que c'était le pressentiment de sa destinée qui l'aiguillonnait et le pressait de toute part.

Ce furent d'abord des scènes qui venaient l'on ne sait d'où, et qui se terminaient par des pleurs et des caresses; petits ouragans qui, tant que les larmes s'y mêlent , sont pour l'amour ce que, durant les fortes chaleurs, est une large ondée pour la terre. Mais il se forma bientôt des orages où les mois sillonnaient l'air et frappaient comme la foudre.

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On a beau les renier ensuite , ce sont des bombes qui dorment dans le sein où elles sont enfouies, et qui tôt ou lard éclatent, l'illuminent et le déchirent.

Les cœurs jeunes, ardens, pressés de vivre, embarrassés d'un luxe qui semble devoir ne jamais s'épuiser, se plaisent singulièrement à ces chocs de la passion d'où jaillissent parfois de magnifiques éclairs. Ils y trouvent à satisfaire la soif d'émotions qui les consume; mais les cœurs fatigués achèvent d'y mourir.

Souvent après ces scènes qui devenaient de plus en plus fréquentes, de jour en jour plus acharnées, Marianna disait à Henry :

— Henry , vous êtes sans pitié! Vous jouez cruellement avec mon cœur; vous le brisez. Vous oubliez que j'ai déjà bien souflert et que j'ai droit peut-être à quehiuc repos. Vous n'avez pas do ménagemcns , vous me

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tuez. Trouvez- vous votre volupté clans mes larmes? Mon amour vous est-il moins doux clans la joie que dans la souffrance? S'il en est ainsi prenez ma vie 'elle est à vous. Mais vous ne savez pas ce que vous fintcs ! non vous ne savez pas ce que vos emportemens jettent en moi de découragement , de tristesse et de désespoir. Vous ne savez pas qu'en ces alTreux inslans je doute de vous et de moi-même. Henry, vous nous perdrez tous deux ! Ce n'est pas seulement le mal que vous me faites qui crie alors en moi ; mes douleurs se tiennent entre elles, vous ne pouvez en| toucher une seule sans (pi'e!les ne vibrent toutes en môme temps. Encore, s'il ne s'agissait que de moi! Si je pouvais mettre votre bonheur à la place de celui qui me manque, ces douleurs me seraient chères, et jamais je ne me permettrais une plainte, Mon amour vous irrite, les tor-

lures de mon âme n'apaisent pas les agitalions de la vôtre; cruel enfant, vous n'ôtes pas heureux.

Alors Henry lui baisait les mains et les pieds, pleurant, suppliant, s'accusant luimême, s' écriant qu'il était heureux entre tous, et achevant d'épuiser, par lesemportemens de son amour, le cœur qu'il venait de briser sous les emportemens de sa colère. Ce quMl y avait de plus lamentable, c'est que la victime rassurait le bourreau. Lorsqu'après ces scènes qui la laissaient sans courage et sans énergie, il voyait Marianna silencieuse, absorbée, se méprenant sur le cours des réflexions qui la préoccupaient, il l'attirait à lui cl cherchait, par mille caresses, à dissiper les terreurs qu'il croyait lire dans ses yeux. — Tu sais bien que je t'aime , n'est-ce pas ? disait-il; tu sais bien que je veux f adorer toujours? Ne l'alarme pas de me voir ainsi

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