‹ Marianna (volume 2)Chapitre 32 sur 68 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

brusque, irritable, emporté, bizarre; il se passe en moi des choses que je ne saurais dire, que je ne puis comprendre. Je ne sais rien, si ce n'est que je t'aime d'un amour sans bornes. Va , ne crains rien, je suis bien à toi! Appuie-toi sans trembler sur mon cœur : chasse ces terreurs qui m'outragent. Tu vivras moins long-temps que mon amour. Ce que tu me disais autrefois pour rassurer ma tendresse inquiète, je puis te le dire à mon tour : ai-je hors de toi une destinée possible? Me suis-je réservé dans l'avenir un autre rôle que celui de l'aimer? une félicité plus grande que celle d'être aimé de toi ? Ma place restera vide au foyer de mon père et le monde ne me connaîtra pas. Marianna, mon univers commence et finit à ton nom. Et tu doutes , et tu t'alarmes! Qu'ont de commun avec mon âme ces mouvemcns de mon humeur? Qu'est-ce après tout que ces orages qu'un rayon de tes

yeux sufTii à disperser? Le ciel n'est pas toujours d'azur; mais derrière les nuages qui le voilent, le soleil immuable se tient éclatant et radieux.

Madame de Belnave s'efforeait de sourire et de tourner vers lui un regard reconnaissant. Mais ces paroles ne faisaient que redoubler le poids de sa tristesse. La confiance et la sécurité de ce jeune homme la rendaient odieuse à elle-même : elle souffrait plus de la tendresse d'Henry et de son bonheur que de ses fureurs et de ses désespoirs.

Elle luttait d'un courage héroïque : mais c'en était fait dans son cœur de tout charme et de toute ivresse. Celle existence à deux, qui l'avait enivrée si long-temps, ce perpétuel lùte-à-tête,qui l'avait si long-temps charmée, pesait sur elle et l'étouffait comme les murs d'une prison. Celle vie d'artistes et de bohémiens qui l'avait séduite, cet échange de for-

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