‹ Marianna (volume 2)Chapitre 33 sur 68 · CHAPITRE VHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHI

vail avec inquiétude, et se demandait en luimême quel était ce jeune loup qui lui montrait les dents et le regardait de travers.

Prés de se retirer, sur le seuil de la porte , il appliqua le verre d'un binocle sur son œil gauche, puis se tournant du côté d'Henry :

— C'est un parent? demanda-t-il à Marianna, assez haut pour être entendu du jeune homme.

— Non, monsieur, c'est un amant! dit celui-ci , pâle et froid de colère.

Le vicomte salua et sortit.

— Etes-vous fou , Henry ! s'écria madame de Belnave vivement blessée.

Henry se leva ; le bleu de ses yeux était noir, ses lèvres blanches et tremblantes.

—Vous êtes fou ! répéia-t-elle avec humeur. Pour qui donc voulez -vous me faire passer ici? Avez -vous résolu de chasser toutes les personnes qui se présentent chez moi î Eu

vcrilé , ilenry , je n'ose pas qualifier votre conduite.

— Moi , dit Henry, en lui prenant la main qu'il serra comme dans un ctau , j'oserai qualifier la vôtre, et je suis bien aise que cette occasion s'offre enfin de vous en dire mon avis , car voici trop long-temps que cela dure : Marianna, votre conduite est infâme!

— Ah! laissez -moi! s' écria -t -elle, en cherhant à dégager sa main de la main de fer qui l'étreignait.

— Vous m'entendrez , poursuivit Henry.

J'ai dit et je répète infâme! Pour qui vouléje vous faire passer ici , demandez-vous ? Je vous réponds : Pour ma maîtresse. Suisje autre chose que votre amant , moi ? je vous le demande à mon tour. Si j'ai résolu de chasser de chez vous les personnes qui s'y présentent? je vous réponds : Oui ! et je m'étonne seulement que vous m'en laissiez

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le soin. Puisque vous vouiez que je vous le dise, depuis quelque temps il se passe ici d'étranges choses, et je trouve que vous oubliez bien promptementquc nous ne sommes plus de ce monde, nous autres ! Lequel de nous deux, je vous prie , a dit à l'autre le premier : Vis dans notre amour! ne livre pas tes jours à cette mer de boue qui s'agite à nos pieds ! qu'irais-tu faire parmi les hommes? cache ton âme dans la mienne ! Lequel de nous deux , vous ou moi , a le premier parlé de la sorte? Est-ce moi qui vous ai séquestrée de la foule? Est-ce moi qui vous ai conseillé l'oubli des exigences sociales , le sacrifice de vos ambitions? Je vous le demande, parlez. Vous seriez bien embarrassée pour me répondre. Et voilà que maintenant l'amour ne vous suffit plus! Vous éprouvez je ne sais quel besoin intempestif d'estime et de considération ! Vous craignez qu'on ne vous compromette I

Il est temps, vraiment, de vous y prendre ! Depuis deux mois , votre maison ressemble à une allée des Tuileries. Ce n'est pas assez d'y subir la présence des indifférens, il faut y supporterl'impertinenceet le mépris des sots. Eli bien , non ! je ne veux pas qu'il en soit ainsi j je ne le veux pas , moi , vous dis-je!

— Vous ne voulez pas, vous ne voulez pas. .• murmura Marianna d'un air de défi.

— Je ne veux plus rien , reprit froidement Henry ; madame , vous êtes libre.

Et il sortit.

— Ah! malheureuse! s'écria madame de Belnave avec un profond sentiment de dosespoirj lu voulais vivre tout entière absorbée dans l'amour! Tu voulais être aimée d'un amour jaloux, exclusif, insatiable, et qui fût la vie tout entière ! Tu cherchais un cœur à loi seule! Tu es servie à souhait; on t'aime ! on l'aime de cet amour que tu demandais au

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