‹ Marianna (volume 2)Chapitre 35 sur 68 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

repris son trouble accoutumé. Marianna était retombée de cet enthousiasme factice clans une atonie complète : Henry s'agitait comme lui lion blessé; la tourmente grondait sous leur toit.

Bientôt leurs querelles ne furent plus suivies de réconciliations , et des jours entiers s'écoulèrent, mornes, silencieux, sur les impressions fâcheuses. Déjà leurs plus beaux jours étaient plus sombres qu'autrefois leurs plus sombres jours. Leur oisiveté n'était plus occupée. Ils ne se plaisaient plus à remuer leurs souvenirs; ils n'aimaient plus à revenir sur leurs félicités écoulées. Trop de mauvais détroits les séparaient du passé, pourqu'ils osassent en remonter le courant. L'ennui se glissait dans leur intimité. Le désœuvrement d'Henry , quv chômait sa douleur comme il avait chômé sa joie , irritait madame de Belnave à un point qu'on ne saurait

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dire. Elle s'indignait secrètement de le voir consumer ainsi les plus belles années de sa jeunesse. Elle l'accusait d'indolence et d'inertie. Le cœur de la femme est un merveilleux creuset où tour à tour le plouîb se change en or et l'or en plomb Tant que le charme dure, l'être aimé est plus qu'un Dieu pour elle : que le charme tombe, le Dieu est moins qu'un homme. La grâce prend le nom de faiblesse, la tendresse n'est plus que de la fadeur, la passion que de l'emphase, et l'oubli de soi-même qu'une absence de dignité. Effrayée de la responsabilité qu'elle avait assumée , ne sentant plus en elle assez de trésor pour lui rendre tout ce qu'elle lui avait enlevé, Marianna se hasardait parfois à prêchera Henry le travail; en cherchant à le faire rougir de sa nullité, elle espérait détourner le cours de celte activité qu'elle se reconnaissait désormais incapable de conte-

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