‹ Marianna (volume 2)Chapitre 36 sur 68 · CHAPITRE Vit · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vit

iiir et de sr.lisfairc. Rfais c'claicnl alors tics fureurs sans nom , des emporlcmcns inouïs , desreproches sanglans, d'effroyables récriminaiions.

— Ah! tu pleures mes jours perdus! s'écriait-il. Ce sont des jours perdus, selon toi, ces jours employés à l'aimer! Consumés en vaines ambitions, tu les trouverais mieux remplis ! L'amour ne te semble pas digne d'occuper la vie tout entière!

Marianna courbait la tôle : c'étaient ses propres paroles que lui répétait Henry. Il n'était plus temps de défaire le mal qu'elle avait fait. L'imprudente avait trop serré le lien pour pouvoir le dénouer. En traçant autour d'Henry un cercle infranchissable, elle s'y était enfermée avec lui.

Ce devint un enfer. Non, après une pareille existence, l'enfer avec ses cris, ses désespoirs, ses grincemcns de dents, doit cire un séjour

(le repos. Ce qu'il y a de consolant pour ceux qui ont épuisé ce calice, c'est de pouvoir se dire que la vie n'a plus de breuvage si amer ni si malfaisant qu'ils ne puissent désormais goûter impunément; ils sont à l'épreuve du fiel et du poison. Il y avait long -temps qu'HenryetMarianna en étaient aux mots qui tuent; les malheureux en arrivèrent à se reprocher mutuellement l'existence qu'ils se devaient l'un à l'autre. Il y avait des instans où Henry éprouvait contre Marianna des mouvcmens de haine, où il sentait s'éveiller en lui comme des instincts de bête fauve, où il avait besoin de l'outrager et de la voir souffrir; des instans , où , sans cause sans motif, à propos de rien, il l'interpellait d'une voix stridente etse plaisait à latorturer, jusqu'à ce qu'il lui eût arraché des larmes qu'il essuyait ensuite avec ses lèvres.

Un soir, elle était assise près de la fenêtre

r.HAPlTr.E Mil 23S

entr'ouvcrie, occupée d'un ouvrage de tapisserie. La journée s'élait passée dans un calme plat. Henry avait bien tenté à plusieurs reprises d'en rompre la paix et le silence; mais Marianna , de guerre lasse , avait éludé toutes les occasions. Elle semblait paisible et recueillie, tout entière absorbée par les rosaces quis'épanouissaientsous ses doigts. Henry marchait dans la chambre , irrité de l'attention qu'elle donnait à son travail, souffrant de ne rien faire et de la voir occupée.

— Vous vous perdez les yeux, dit-il enfin, en lui enlevant son ouvrage. Puis il continua ide se promener dans la chambre. Marianna prit un livre et se mit à lire. Cette impassibilité fit bouillonner le sang du jeune homme qui n'attendait qu'un mot de sa maîtresse pour aller s'asseoir à ses pieds.

H s'étendit sur un divan, et se tournant vers elle avec une nonchalance affectée :

— A propos, (lit-il d'un air distrait, j'ai reçu ce malin une nouvelle qui vous intéressera peut-elre.

— Quoi donc ? demanda-t-elle sans interrompre sa lecture.

— George Bussy vient de se marier, répondit Henry.

Madame de Belnave resta silencieuse, immobile, les yeux abaissés sur son livre.

— Oui, poursuivit-il lentement; il s'est marié. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que ce vieux cœur s'est, dit-on, rajeuni dans le mariage, et qu'il n'est l)ruit au pays que de son amour pour sa femme. Il est vrai de dire qu'il a épousé le plus riche parti du département ; ajoutez à cela, s'il vous plaît, la plus belle fille de vingt lieues à la ronde, en même temps la plus belle Ame qu'ait jamais recelée la province. Je la connais, je puis en parler avec assurance : c'est une de ces chastes fleurs

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