‹ Marianna (volume 2)Chapitre 38 sur 68 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Mais lui, grand Dieu ! mais lui ! ses yeux se cavùrent, son teint se plomba, son front se rida sous une précoce vieillesse. Une fièvre continue lui consumait les os. 11 passait souvent des nuits entières à marcher au hasard par les rues, et quand il rentrait au malin dans sa chambre, ses vôtemens étaient sanglans et en lambeaux. Il se jetait sur son lit et demandait l'oubli au sommeil; mais vainement ses sens épuisés cédaient à la fatigue, son âme orageuse veillait dans son corps endormi. Parfois il se levait brusquement et se roulait sur le carreau ghcé,pour chercher un peu de fraîcheur. H criait le nom de Marianna avec tendresse et avec colère, la foulant aux pieds et la pressant contreson cœur, lui jetant tour à tour l'adoration et l'outrage. Puis, quand il n'en pouvait plus, quand il s'était exhalé en pleurs et en imprécations, il se disait qu'il n'était qu'un misérable insensé, que Marianna

l'aimait encore, et il allait chercher près d'elle un nouvel aliment à sa douleur. Elle s'efforçait de le rassurer, et lui s'efforçait de la croire. Ils étaient lâches tous deux, Kun par

amour, et l'autre par pitié.

Un jour, Henry était dans sa chambre, dans

cette petite chambre que le bonheur ne visitait plus , la tête appuyée sur son lit , sur ce lit qui n'entendait plus que des cris de détresse et de malédiction. 11 venait de quitter sa maîtresse après une de ces scènes où madame de Belnave, vaincue par l'ennui, se montrait, en dépit d'elle-même, dure, cruelle, impitoyable. Il sanglottait comme un enfant , et se labourait la poitrine avec ses ongles. Tout-àcoup la porte s'ouvrit. Un rayon de joie brilla dans ses yeux humides. Mais, en se relevant, il se trouva face à face avec George Bussy.

Georgelui tendit la main, mais Henry refusa la sienne j il détourna la tête d'un air sombre,

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