CHAPITRE IX
et resta un instant immobile; puis, se rejetant sur son lit, il étouffa clans l'oreiller ses cris et ses sanglots. Après l'avoir contemple en silence, George se retira , grave et pensif, sans
avoir dit une parole.
H marcha long-temps sur les quais, d'un
pas lent et réfléchi; puis, de l'aird'un homme qui a pris une détermination soudaine , il alla s'informer de l'adresse de madame de Belnave au premier hôtel qu'elleavait habité tune heure après il se présenta chez elle.
Lorsqu'il entra, madamede Belnave voulut se lever; mais ses jambes se dérobèrent sous elle. Elle essaya de parler , mais la parole expira sur ses lèvres. Elle couvrit sa figure de ses mains, pour cacher sa honte plutôt que son émotion; car elle avait perdu le droit d'accuser et de maudire, et c'était moins un coupable qu'un juge qui se tenait debout devant elle.
236 BIARIANNA.
George prit un siège. Il y eut un long silence durant lequel ils écoutèrent le lang;ige muet de leurs âmes.
— Mar1anna...ditenfinGcorgeBussy d'une voix légèrement émue.
Acenomqui vibracomme un écho des jours heureux, madame de Beinavc découvrit son visage et tourna vers George un regard de stupeur et d'effroi.
— Madame , rcprit-ii, je viens m'acquitter près de vous d'un pénible devoir, mais d'un devoir sacré, puisque je n'ai pas craint , pour l'accomplir, d'affronter votre haine et de vous aflliger de ma présence.
— Je ne vous hais pas, monsieur, dit Marianna.
— Je vous disais bien que la vie vous enseignerait l'indulgence! poursuivit lentement Bussy. Je vous disais bien que rien n'arrive à temps, et que toujours nous nous vengeons
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sur ceux qui nous aiment de ceux que nous avons aimes. Vous-même, madame, digne, à tant de titres, d'une destinée meilleure, vous n'avez point échappé à la commune loi. Aimée, vous n'aimez pas.
— Qui vous l'a dit? demanda fièrement Marianna, chez qui l'orgueil eût ranimé l'amour, si l'amour n'eût été mort en elle.
—- Allez, vous n'aimez pas! répéta George en secouant tristement la tète.
— Eh bien ! c'est vrai! dit-elle avec un profond découragement. Ah ! le ciel m'est témoin quej'aibien lutté, qucj'ai bien combattu! Ah! j'ai bien soufflé sur mes cendres ! tous mes effort ont été superflus. Il est Marianna, et moi je suis Bussy. C'est vous, George, c'est vous qui nous avez perdus tous deux.
— Vous vous vengez sur lui, je me vengeais sur vous, répondit George. Pour arriver à la source du mal, il faudrait remonter bien haut.
Mais la plainte est injuste, les récriminations sont vaines; nous nous apprenons tous les uns aux autres à souffrir et à pardonner. Non, Marianna , non , ce n'est pas moi qui vous ai perdus. La vie seule est coupable; plaignonsnous à Dieu qui l'a faite.
Madame de Belnave subissait humblement la vérité de ces paroles qui l'avaient tant de fois révoltée, et c'était un triste spectacle que ces deux êtres, revenus de leurs illusions et jetant sur la vie un regard froid et désenchanté.
— Je suis venu, poursuivit-il après s'être un instant recueilli , pour vous aider à réparer, autant qu il peut être réparé, le mal que vous avez causé sans le vouloir.
— Eh ! le puis-je, mon Dieu ! s'écria-t-elle avec désespoir. Il déchire mon cœur pour y chercher les biens qui n'y sont plus, et ne veut pas de ceux que je pourrais encore lui offrir. 11 ne comprend rien , il ne veut rien corn-