CHAPITRE IX
prendre! ajoiila-t-elle avec un mouvement d'humeur.
— Nous avons été comme lui, dit George, il ne faut pas lui en vouloir : il aura son tour, il comprendra plus tard. A cette heure, il faut le sauver.
— Dites, ah! dites, s'écria-l-elle, est-il besoin de tout mon sang?
— 11 est besoin de tout votre courage.
— Que faut-il faire?
— Le quitter.
— Jamais, monsieur, jamais! répondit-elle avec une noble indignation.
— Ilfautlequitlcr, répéta Georgeavec sangfroid. Votre âme est grande et généreuse , je lesaisj jesaisque vous vous résigneriez à mourir plutôt que de vous retirer la première du duel où vous êtes tous les deux engagés. Mais il s'agitdelui et non de vous. Votre destinée est achevée : la sienne peut cncor être belle .
— S'il en est ainsi, monsieur, démonlrezlui que je suis un obstacle à son bonheur, ef, quand il l'exigera, je me soumettrai sans murmurer à ce dernier sacrifice. Je rentrerai pour ne plus en sortir, dans la solitude où vousm'a\ez plongée. Mais je l'avoue, je suis sans force contre sa douleur, et ce lien dût-il m'étouffer, n'espérez pas que je le brise.
— Yous le briserez , dit George , parce que ce n'est pas lui, mais vous qu'il étoufferait tôt ou lard; vous en aurez la force, parce que lui ne saurait la trouver. Une comprend rien, il ne veut rien comprendre, vous-même le disiez tout à l'heure. C'est donc pour lui, madame, pour lui seul que je vous prie et vous adjure; que la pitié vous rende cruelle! S'il fallait pour sauver votre sœur lui plonger un couteau dans le sein , si votre main était la seule qui pût la sauver à ce prix, voire main hésiterail-elle? Oui, Marianna, vous l'avez