CHAPITRE HI
autre rôle à jouer, plus sérieux que celui d'écouler sur les rives de l'Océan les plaintes d'un amour malheureux. Henry était devenu pour elle un besoin réel. Elle aimait à le voir poindre, le matin, sur la cote, ou, quand la marée était basse, accourir, comme un chamois, par les récifs. S'il tardait, elle interrogeait d'un regard inquiet le sentier ou les brisans , et quand la blonde tête apparaissait enfin, sa poitrine, dégagée d'un vague sentiment de terreur, se soulevait libre et légère, et aspirait l'air avec joie. Un jour pourtant, elle avait exigé, dans une heure de réflexion sévère et désintéressée, qu'Henry rentrât dans la vie que lui prescrivaient ses devoirs. Elle avait compris que ce n'était pas là la place de cet enfant, que d'autres soins le réclamaient, que sa destinée, à elle, était accomplie, qu'il avait, lui, la sienne à faire, et que c'était un meurtre enfin d'enchaîner ainsi
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tout un avenir à un passé irréparable. Henry, de son côté, avait semblé céder aux instances de Marianna , et tous deux s'étaient quittés le soir, en échangeant un long adieu, comme si les jours suivans n'eussent pas dû les réunir.
— Vous partez chargé de mes bénédictions , lui avait-elle dit en le pressant doucement sur son sein ; vous êtes un noble cœur. George m'a porté un rude coup, et je doute que je m'en relève; mais, dussé-je en mourir, je sortirai de ce monde sans amertume et sans colère , avec la pensée consolante qu'il enferme des affections sincères , des senlimens vrais et durables. Adieu; que mon souvenir vous soit doux , et que la vie vous soit légère!
Elle l'avait conduit jusqu'au pied de la tour. Us se séparèrent après s'être embrassés tendrement. Henry devait partir le lende-