‹ Marianna (volume 2)Chapitre 5 sur 68 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

main malin, par la carriole qui fail chaque jour le service de Pornic à Paimbâuif. Marianna demeura sur la plage à suivre du regard la lampe qui montait lentement d'étage en étage. Au bout de quelques inslans , la chambre d'Henry s'illumina, la fenêtre s'ouvrit , cl le jeune homme, se penchant sur la barre, put voir un mouchoir blanc qui s'agitait dans l'ombre, cnsigne de suprême adieu. Madame de Beinave avait trop présumé de ses forces et de son courage. Elle s'était fait de la présence dllenry une trop longue habitude pour pouvoir s'en sevrer impunément. Il lui sembla ((u'clle subissait un nouvel abandon. Elle avait cru, jusqu'alors , avoir épuisé la douleur jusqu'à la lie; elle s'étonna de trouver encore tant de fiel au fond du calice. Le lendemain , elle se leva , découragée du sacrifice de la veille. Dans je ne sais quel espoir qu'elle ne s'avoua pas à elle-même,

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elle se rendit à la cOle, et , grimpant sur le roc le pins élevé , elle laissa son âme et ses yeux courir vers la ville qui blanchissait aux feux du malin. Le soleil monta dans le ciel , les pêcheurs couvrirent la plage , les voiles sortirent du port : Henry ne parut pas. Elle alla s'asseoir aux lieux oîi ils s'étaient assis ensemble; elle parcourut les bords qu'ils avaient parcourus tous deux ; mais ses plaintes n'éveillaient plus d'échos , et ses larmes tombaient sur la grève aride. Elle crut que cette mortelle journée n'aurait pas de fin. Le soir, ayant tourné ses pas vers Pornic, elle s'nrréla devant la tour déserte, où elle avait été l'objet d'une si vive sollicitude; puis, promenant autour d'elle un long et douloureux regard, elle reprit, en soupirant, le chemin de sa solitude. Dans l'amertume de ses pensées, elle accusait Henry; Tinjusle! elle sedisaitque ses scrupules l'avaient trouvé

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l)ion humble ot bien docile, et qu'il était parti bien vite, et qn une aniilié véritables nr» l'ont pas ainsi délaissée. C'était un noble en- Tant , sans doute, mais d'cntliousiasmo et de découragement facile; prompt au sacrifice, mais sans suite dans le dévouement ; une do ces natures qui manquent de souffle, âmes sans profondeur , où les aiïections ne germent; qu'à la superficie , tempéramens de paille chez lesquels l'héroïsme s'éteint aussi rapidement qu'il s'allume. 11 était arrivé, séduit par la poésie de son rôle : il avait pris follement lin caprice d'imagination pour une exigence de cœur. C'était moins qu'un ami, ce n'était qu'un poète : aux prises avec la réalité , il avait dû succomber à l'œuvre. Ces tristes réflexions avaient ramené madame de Belnavc au village. Près de rentrer, sur le pas de sa porte , elle trouva Henry qui l'allendait. Elle craignit d'abord que ce ne

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fût une illusion, mais le jeune liomme s'élanllevé, et lui ayant tendu la main , elle la prit , cl , par un brusque mouvement de reconnaissance, elle la porta à ses lèvres. Arrive à Paimbœu.^, il n'avait pu se résoudre à poursuivre sa roule; il riait revenu par la voiture du soir.

— Ah! j'étais sûre que vous ne partirez pas! s'écria-t-clle avec elmsion.

— Ecoulez, lui dit-il, et répondez-moi franchement. Est-ce dans mon intérêt ou dans le vôtre que vous avez lente de m'éloigner? Ma présence vous est-elle ['àchcuse? Troubléjc voire solitude? Vous est-il importun de penser que je respire l'air que vous respirez? Peut être irrité-je vos souvenirs au lieu de les calmer? Dites, sans crainte de m'olfenser et s'il en est ainsi, je partirai et ne reviendrai plus

— Henry, dil-elle, ma joiene vous a-t-elle pas répondu ?

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