‹ Marianna (volume 2)Chapitre 42 sur 68 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

fullii bien du courage, el que sa douleur fail envie à la mienne. Qu'il sache, ah! qu'il sache surtout que c'est en vue de son bonheur que j'accomplis ce sacrifice, dites lui qu'il est jeune, qu'il guérira sans doute , et que moi, je n'ai plus qu'à mourir.

— II saura tout cela , dit George.

— Et aussi que son souvenir me suivra partout , que jamais sa pensée ne sera étrangère à la mienne, qu'il aura , tant que je vivrai, une amie , une sœur, une mère.

— Je vous promets de lui dire tout ce qui se dit en pareille circonstance, ajouta Bussy, impatient de savoir où Marianna voulait en venir.

— A demain donc ! s'écria-t-elle, le sort en est jeté, je partirai demain.

— Vous êtes un noble cœur, dit George complètement rassuré.

— Ah! taisez-vous! répondit-elle, je ne suis qu'une misérable comme vous.

Elle était décidée à partir le lendemain pour» Vieilleville, domaine qu'elle avait apporté en dot à son mari , et que celui-ci lui avait restitué après leur séparation. Comme elle ne se sentait pas le courage d'affronter les fureurs d'Henry, ses larmes et son désespoir, il fut convenu que George s'emparerait du jeune homme durant tout le jour, et qu'il le tiendrait éloigné de la maison de Marianna , soin d'autant plus facile que Bussy, chargé des affaires d'Henry, avait avec lui, depuis la mort de M. Felquéres , des conférences longues et fréquentes.

— Vous lui remettrez cette lettre , dit Marianna. Qu'il ignore où je vais ; mais n'oubliez pas que si ma présence était nécessaire ici , un mot de vous suffirait pour me faire accourir. Et maintenant, George, adieu !^ajouta-tclle. Nous avons fait tous deux beaucoup de mal. Puisse cet enfant me pardonner un jour,

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comme je vous pardonne à cette heure ! Le lendemain, George alla prendre Henry et lui proposa de venir passer, avec lui , la journée chez un de ses amis , à Aulnay, vallée chérie des poètes. Henry accepta d'abord, puis refusa obstinément. Il était pâle, languissant , et n'avait goût à aucune distraction.

— Viens, dit George, nous irons à cheval, nous nous promènerons dans le bois de Verrière. Le grand air et le mouvement te feront du bien. Vois quel doux soleil et quel beau jour d'automne!

— Le soleil m'ennuie, dit Henry d'une voix affaisséej les bois m'ennuient, tout m'ennuie.

— Voyons, ne te laisse pas abattre ainsi , comme une femme ! s'écria Bussy en lui secouant le bras. Sais-tu que tues lâche?

— Cela m'est bien égal, dit Henry d'un air indifférent.

252 MADIANNA.

A force d'insistances, George parvintàl'cn- Iraîner, non pas à Aulnay, Henry s' obstinait à ne point sortir de Paris, mais sur les quais et les boulevards. 11 marchait d'un pas distrait , sans rien voir ni rien entendre autour delui. George essaya vainementdc ledistrairc cl de donner le change à ses réflexions; c'est à peine s'il put lui arracher quelques paroles, à longs intervalles, il le conduisit au tir , au manège, mais ces exercices ne le charmaient plus. Des jeunes gens, qui l'avaient connu quelque années auparavant, hésitèrent à le reconnaître. Vers le milieu du jour, il voulut se diriger vers la demeure de Marianna , mais George le guida dans un sens opposé. Il se prit à disserter longuement sur l'amour, comprenant bien que c'était le seul moyen do fixer l'attention de ce malheureux jeune homme. Henry parut l'écouler en elfct avec un poignant intérêt. Épuisé par cette longue mar-

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clio , il manifesla le ilésîr de se reposer; mais Bussy, sous divers prétextes, continua de le tenir en action, dans l'espoir d'amortir en lui l'énergie de l'âme par la fatigue du corps. Enfin, Henry déclara impérieusement qu'il voulait aller chez Marianna.

— Auparavant, dit George, il faut que lu viennes chez moi, j'ai des lettres importantes à le communiquer, relalivemenl à la succession de ton père.

— Vous savez, répondit Henry, que je n'entends rien à ces sortes d'affaires , et qu'il me répugne de m'en occuper.

— Viens, répliqua George en l'entraînant, j'ai besoin de la signature.

Henry arriva harassé chez George. Il pouvait être quatre heures de l'après-midi.

— Voyons, dit le jeune homme en prenant une plume, que faut-il signer? hatonsnous.

— Il faut préalablement, répondit Bussy, en tirant d'un cartonnier une liasse de papiers, que tu saches à quoi tu t'engages.

— C'est inutile, dit Henry avec impatiencej j'ai pleine confiance en vous. Où faut-i| signer, je vous prie?

— Du tout, du tout! s'écria George; ce n'est pas ainsi que se traitent les affaires.

— Lisez-donc , dit Henry avec humeur; je vous écoute; mais, pour Dieu! lisez vite.

George déclama d'une voix lente et accentuée un horrible grimoire, qu'il accompagna de réflexions et de commentaires à faire pâmer d'aise tous les loups cerviers de la chicane. Henry élait au supplice.

— Est-ce tout?demanda-t-il en se levant , lorsque Bussy eut cessé de lire.

Cinq heures sonnaient en cet instant à Notre-Dame. Il y avait une heure que madame de Belnave avait dû quitter Paris. George se

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leva à son tour. C'était un homme qui allait droit au but, et dont la main, prompte et sûre, ne faisait pas languir sa victime.

— Non , ce n'est pas tout, dit-il d'un ton solennel. Henry, as-tu du courage?

De pâle qu'il était, le jeune homme devint livide.

— Je te demande si tu as du courage? répéta froidement Bussy.

Henry s'appuya contre le mur.

— Marianna est morte! dit-il.

— Morte pour toi, répliqua George, elle est partie.

Ce ne fut pas un cri, mais un rugissement qui sortit de la poitrine d'Henry. Il se jeta sur la porte , renversa George qui cherchait à le retenir, et se précipita dans la rue. il n'avait pas de chapeau; ses yeux étaient hagards ; ses cheveux volaient au vent ; ses pieds brillaient le pave. De la demeure de George

à celle de Marianna, il ne fil qu'un bond. Arrivé dans la cour de l'hôtel , il vit une chaise attelée de trois chevaux ; le postillon était en selle. 11 escalada en deux sauts l'appartement de madame de Delnave. 11 trouva Mariette dans l'antichambre.

— Mariette, dit-il pour éloigner toutsoup çon , j'ai de longs adieux à faire à votre maîtresse. Prévenez le postillon 5 on paiera , s'il le faut, triple poste.

11 entra dans le salon; tout s'y ressentait du désordre d'un départ précipité. Marianna était près d'en sortir. Effrayée de le voir fermer la porte à double tour , elle voulut s'élancer sur le cordon delà sonnette. Mais Henry la prévint. 11 l'arrêta d'une main , et , prenant de l'autre des ciseaux oubliés sur la cheminée, il trancha d'un seul coup le cordon, qui tomba sur le tapis, comme le tronçon d'un reptile. Marianna s'était assise; il s'npprocha

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