CHAPITRE X
Bussy qui retentissait depuis plusieurs inslnns en deliors du salon. Toul-à-coup la porte, enlevée de ses gonds, s'ouvrit avec fracas, et George se précipita dans la chambre. Tous trois restèrent silencieux, frappés de la même pensée. C'était la seconde fois qu'ils assistaient ensemble au dénoûment d'i;n pareil drame. Les personnages étaient les mêmes; seulement les rôles étaient changés.
— Qu'est-ce que cela signifie? dit enfin Bussy en prenant dans sa main la main armée d'Henry.
— Cela signifie, répondit le jeune homme, que je veux la tuer, et me tuer ensuite! Et peut-être ferais-je bien de commencer par toij ajoula-t-il enle regardant d'un œil fauve.
— Allons donc ! dit George en le désarmant, vous êtes fou.
Sanss'expliquer pourquoi, Henry subîtcelte influence. U se jeta sur un divan, et sa fureur
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s'abattit en larmes et en sanglots. Marianna pleurait de son côté et se tordait les bras; forte contre la colère de son amant, elle se trouvait lâche en présence de sa douleur. George les contemplait tous deux.
— Henry, s'écria madame de Belnave, je ne partais que pour vous sauver. Dieu m'est témoin , et George aussi , que ce n'était pas vous que je sacrifiais en parlant. Eh bien! dites un mot , je reste.
Elle voulut s'élancer vers lui ; mais George la repoussa , et s'approchant d'Henry :
— Ce mot , tu ne le diras pas. Tu ne seras pas moins fort que cette faible femme, tu auras le courage d'accomplir pour elle ce qu'elle voulait accomplir pour toi.
— Ya-t-en ! s'écria Henry ; Marianna , ne l'écoute pas. Il est jaloux de ton bonheur et du mien.
— Jaloux de votre bonheur? dit tristement
Bussyj lu ne le penses pas! Va , jo le connais ce bonheur, je l'as vidé jusqu'à la lie.
— Va-t-en ! répéta Henry : c'est loi, mons- Ire , qui m'as perdu !
— C'est pour cela que je veux te sauver, et je te sauverai , dussé-je déchirer ton cœur et le mettre en lambeaux! Henry, Marianna ne l'aime plus.
* — 11 ment, cria Marianna, je vous aime!
— Elle ne t'aime plus , te dis-je.
— Qui donc me trompe de vous deux? dit Henry.
— C'est elle! répliqua George. Et ne le sens-tu pas? est-il besoin que je te le dise? laut-il encore que sa pitié t'abuse? C'est elle qu'il faut plaindre, c'est sur elle qu'il faut pleurer! Tu as lassé ce cœur comme elle avait lassé lemien. C'est ellequil'adii :ellcestBussy et tu es Marianna ! soulTre donc ce qu'elle a souffert , ce que j'ai souffert avant vous deux.
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Ce que je lui disais autrefois, je le le répèle , hélas! Tu sentiras un jour combien les lurbulenles ardeurs d'un cœur jeune et rempli d'orages, sont importunes au cœur fatigué qui n'aspire plus qu'au repos. Et peut-être alors lui pardonneras-tu, peut-être essaieras-tu un retour moins sévère sur ces jours abreuvés de les larmes! on t'enseignera l'indulgence.
— Va-t-en ! s'écria Henry, porte ailleurs tes iiideuses maximes, porte au bagne la dépravalion de Ion âme!
La tôle cachée dans ses mains , Marianna pleurait à chaudes larmes.
— 0 mon enfant ! s'écria George d'une voix attendrie, ù mon cher enfant, lu souffres bien sans doute, mais que serait-ce, hélas ! si elle l'eût abandonné pour un autre? que serail-ce, grand Dieu I si tu voyais Ion amante infidèle porter à un rival ses caresses et ses baisers! Moi , qui le parle, Henry, j'ai suivi à pied, au