‹ Marianna (volume 2)Chapitre 46 sur 68 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pas de course, la voiture qui conduisait ma maîtresse adorée dans les bras d'un rival heureux. Et je ne l'ai pas tuée, pourtant ! je i'ai vue franchir le seuil de l'homme qui me volait ma vie , et je ne l'ai pas tuée, et je ne suis pas mort, et, de quelque douleur qu'elle m'ait abreuvé, je lui ai pardonné plus lard. Tu pardonneras à ton tour. Le pardon te sera facile. C'est une noble créature ! séparée de loi, elle aura ta mémoire en honneur et en vénération. Ce n'est pas elle qui te livrera à la haine des méchans et au mépris des sols ! Elle dira ton amour, elle cachera tes faiblesses. Elle dira que tu étais un tendre cœur et que tu méritais une destinée plus belle. Elle ne t'accusera pas pour s'absoudre, et, si l'on l'accuse prés d'elle, s'il se trouve des misérables qui cherchent à ternir ton image à ses yeux, elle répondra qu'elle te connaît bien et que la calomnie est lâche. Elle ne détachera

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pas de loi les amis , mais elle les priera au contraire de redoubler autour de toi de tendresse el de vigilance. Elle veillera de loin sur la lête toujours chérie, et toi-même, un jour, orgueilleux du passé, tu garderas le souvenir de son amour, comme une perle dans ton cœur, tu le porteras comme une couronne invisible à ton front.

George s'interrompit un instant; on n'entendait que les sanglots d'Henry et de Marianna. 11 allait de l'un à l'autre, leur prenant les mains, essuyant leurs larmes, s'efforçant de les consoler et de les fortifier contre euxmômes.

— 0 mes amis, disait-il , vous me croyez mauvais et cruel; vous m'appelez une âme end urcie, 0 mes amis, voyez , je pleure, comme un enfant, avec vous. Tout mon crime est de savoir la vie. Henry, mon ami , mon frère, toi que la mère me confia au lit de la mort 1

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Marianna , ma sœur, croyez ma triste expérience! Quittez-vous noblement, il en est temps encore! N'attendez pas que votrea mour soit à jamais flétri et souillé. Ainsi que je le (lisais autrefois, préparez un champ à vos souvenirs. Que vous puissiez vous retrouver un jour! que vous puissiez, un jour, vous rencontrer sans haine et sans mépris ! qu'il vous soit permis, après les liens rompus, d'échanger des regards bienveillans et de douces paroles !

Henry ne pleurait plus. Après un long silence, il se leva , calme et grave , et s'avança vers Marianna.

— Puisqu'il est vrai que vous ne m'aimez plus, lui dit-il, vous êtes libre. Pardonnez-moi le mal que je vous ai fait, comme je vous pardonne eelui que j'ai souffert à cause de vous.

— Viens , viens sur mon cœur, s'écria George en le pressant entre ses br;is.

— Je VOUS aime, dit Marianna , sans lever la lete. Quittez-moi , gardez-moi , ma vie est toute à vous.

— Non , dit Henry , partez , et que mon souvenir ne vous soit pas trop amer.

George les attira tous deux sur sa poitrine et les tint long-temps l'un l'autre embrassés. Long-temps on n'entendit que des cris et des mots étoufles. Bussy mit fin à cette scène déchirante; après avoir confié madame de Belnave aux soins de Mariette, il entraîna son malheureux ami.

Henry suivit George d'un pas presqu'assuré. Mais, lorsqu'il fut rentré dans sa chambre, à la vue de ces murs qui lui rappelèrent des souvenirs d'un bonheur perdu sans retour, il sejcta sur son lit , et, se tordant avec désespoir, s'arrachant les cheveux et se frappant le visage :

—Marianna! Marianna! ma chère Marianna!

s'écria-t-il.

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