CHAPITRE xr
chambre (-laii rraîchcincnl dccorée, comme si
riieuredesonrcloureûlétédcpuislong-icmps prévue. Les rideaux étaient éblouissans de blancheur. Les livres qu'elle aimait, son piano, ses palettes, qui l'avaient suivie à Blanfort après son mariage, se retrouvaient là comme par magie. Des touilcs de dahlias, récemment cueillis, s'épanouissaient sur la cheminée, dans des vases de porcelaine. Le parquet était couvert d'un lapis d'Aubusson, luxe inconnu
jusqu'alors à Vieilleville. Tout ce qui peut contribuer au bien-être avait été réuni là par une main mystérieuse. Marianna parcourut le jardin qu'elle n'avait entrevu , la veille, qu'à la clarté des étoiles. Toutes les parties en étaient entretenues avec un soin minutieux. Elle retrouva, plus riche et plus luxuriant qu'elle ne l'avait laissé , le parterre où croissaient ses fleurs de prédilection. Les dahlias et les géra-
nium s'y étalaient dans toute leur gloire. Les 2"* éJii. n. jy
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violelles cl le Ihym parfumaîent le bord des allées. Il semblait que ces lieux n'avaient pas cessé un seul instant d'être habités; comme autrefois, tout y respirait l'ordre , le bonheur et la vie. Marianna seule avait changé : l'éternelle jeunesse de la nature lui rendit plus amer encore le dépérissement de son cœur. Elle eût préfère trouver des ronces à la place des fleurs , l'herbe poussant dans les allées, et partout, comme dans son âme, la désolation, la tristesse et l'ennui.
En revenant au château , elle aperçut dans la cour un cheval qu'on ramenait de l'abreuvoir. Elle reconnut l'alezan qu'elle montait à Blanfort, et, s'étant approchée , elle le flatta de la main. Le noble animal battit le pavé, releva la tête avec orgueil et fit entendre un hennissement. Ses oreilles s'étaient dressées, ses naseaux fumaient , ses yeux jetaient des flammes.
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— Tu es toujours jeune, toi ! dil-elic; et elle s'éloigna lentement.
Le soir, à ia veillée, madame de Belnavc questionna la mère de Mariette. La -bonne femme raeonta qu'un malin, il y avait bien long-temps de cela , M de Belnave était arrivé à Yieilleville, et qu'il avait donné des ordres pour que le château fût tenu, absolument comme si chaque jour devait y ramener Madame. M. de Belnave était revenu souvent pour s'assurer que ses ordres étaient fidèlement exécutés. Il avait envoyé un jardinier do Blanfort, et veillé lui-môme à ce que Madame ne manquât de rien à son retour. Une fois, il était accompagné de madame Vallone. Normi avait beaucoup pleuré dans la chambre de sa sœur, et l'on s'était aperçu que, de son coté,
^M. de Belnnve avait été bien près d'en ihire autant.
— Mais vous pleurez aussi, madame î dit la bonne femme en s'inlcrrompani.
— Non, répondit Marianna, en essuyant ses yeux.
La mère de Mariette poursuivit son récit.
— C'est au milieu du dernier liiver que Monsieur nous a visités, pour la dernière fois, dit-elle. Toutes les fois que Monsieur vient, les malheureux s'en aperçoivent, <^r c'est lui qui leur fait passer les bienfaits de Madame.
— Mes bienfaits! dit Marianna en rougissant; dans l'élourdissement de la passion, elle avait complètement oublié les pauvres de son domaine.
— - Oh! madame, dit la vieille en lui prenant une main qu'elle baisa avec adoration, vous êtes bénie au village. Vous êtes comme le bon Dieu , qui ne se montre pas, mais qui envoie à nos champs le soleil, la pluie et la rosée. Vous êtes bonne comme lui, madame, et nous l'implorons pour vous à la messe.