‹ Marianna (volume 2)Chapitre 6 sur 68 · CHAPITRE ni. o · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni. o

— Pourquoi donc, sans pilié pour vousmême, m'avoir si cruellement exilé do votre douleur? Vous me parliez de mes devoirs, mais en est-il de plus sacrés que ceux que l'afleclion nous impose? Ce n'est pas vous qui consentiriez à fuir le chevet d'un ami mourant. D'ailleurs, ne devinez-vous pas que ma tendresse est égoïste, et que je me creuse pour l'avenir des sources de consolations? Qui sait? mon tour viendra peut-être. Laissez-moi donc vous aider à vivre. Vous n'êtes pas de ces cœurs que la reconnaissance embarrasse; je vous prête aujourd'hui , vous me rendrez plus tard.

— Henry! Henry! s'écriait-elle en lui pressant de nouveau les mains; et elle les arrosait en même temps de larmes d'attendrissement.

Dans l'affreux abandon où George l'avait plongée, il lui semblait doux de se scnlir aimée de la sorte; cl bien qu'elle fùl décidée à

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ne Icnlcr aucune chance deguérison, elle se cramponnait inslinclivementà celle tendresse qui devait la sauver. Bienlùt, leurs habitudes se mêlèrent et secûntondirent. Marianna se plaisait à celte communauté d'exislencc qui lui rappelait lesjours heureux qu'elle avait vécu avec Bussy. Ils prenaient leurs repas ensemble, soit à Sainle-Marie, soit au Porto, soit dans quelque aulrc hameau qu'ils rencontraient dans leurs excursions sur la cùlc. Bientôt ces excursions s'étendirent au loin dans le pays. Us visitèrent la pointe de Saint -Gildas, Noirmoutiers et. l'Ile -Dieu. Henry savait intéresser madame de Belnave aux lieux qu'ils parcouraient : il en connaissait l'histoire; au besoin, il l'eût inventée. H savait aussi jeter en elle des semences d'espoir et de vie.

— Voyez, luidisait-il un soir, tout meurt, mais tout renaît. La mer quitte ses bords et

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laisse les carènes couchées sur le flanc, dans la vase : encore quelques heures, les vagues viendront couvrir la plage et balancer sur leur sein les navires soulevés. Les plantes arrachées par l'orage vont refleurir sur un sol meilleur. 11 est, dans un champ de mon père, un arbre l'rappé delà foudre; à le voir chargé de feuillage, on dirait que le feu du ciel en a fécondé les rameaux. Voyez, l'hiver à fui : la colline verdoie, lâ terre s'éveille et chante. Pensezvous que notre cœur ne soit pas soumis aux mêmes lois que la nature, et que Dieu nous ait traités moins favorablement que le reste de la création? Rappelez-vous ces paroles de l'un de vos poètes les plus chers : « — Bien souvent on croit que c'en est fait des belles années et de leurs donsj on se dépouille, on se couche au cercueil, on se pleure. Puis, on oublie-, on s'exhale, on se renouvelle. Deux ou trois années de larmes ne sont qu'une ro-

sec dans la jeunesse; une matinée meilleure essuie tout, une fraîche brise nous répare. Le rayon venu, on renaît; le cœur fleurit et s'étonne lui-même de ces fleurs faciles cl de ces gazons qui recouvrent le sépulcre des douleurs d'hier. Chaque printemps qui reparaît est une jeunesse que nous offre la nature, et par laquelle elle revient tenter notre puissance dejouiret notre capacité pour le bonheur, Y Irop résister n'est pas sage. »

Elle secouait la tête et ne répondait pas-, mais elle ne songeait plus à mourir. La douleur s'use en se racontant. Déjà celle de Marianna était moins acérée, et chaque jour en cmoussait la pointe et le tranchant. La saison des bains approchait : Pornic allait être envahi par la foule. Comme deux oiseaux effarouchés, ils prirent leur volée, et allèrent chercher un nid plus silencieux et plus solitaire. Us l'eussent trouvé bien aisément dans

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