‹ Marianna (volume 2)Chapitre 52 sur 68 · CHAPITRE xir · texte numérisé non relu

CHAPITRE xir

jours émicnt sans repos clscsnuils sans sommeil. Quand parfois, dompléc par la fatigue, elle parvenait c\ s'endormir, des rêves affreux s'abattaient à son chevet. Lui! c'était toujours lui, pale, menaçant, terrible!

Elle se tordait sur son lit, et se roulait aux pieds du fantôme irrité, en poussant des cris lamentables. — Assez, Henry! assez! grâce! pitié! Henry, disait-elle. — De la pitié! s'écriait-il; en avais-tu pour moi, lorsque, misérable insensé, j'embrassais tes genoux, et que ton œil d'airain contemplait, sans se fondre, mon indigne faiblesse? En avais-tu de la pitié, quand tu me voyais dans la poussière, attendant vainement que la bouche laissât tomber sur moi une parole de tendresse, ton regard un rayon d'espoir? Réponds, en avaistu, quand je te quittais avec la mort dans l'âme, et que j'allais, déchirant ma poitrine, et blasphémant les flancs qui m'ont porté?

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Enfin, est-ce par pitié que tu as fui lâchement, et que tu m'as abandonné dans l'abîme où tu m'as plongé? Mais tu ne m'échapperas pas. Comme toi inexorable, impitoyable comme toi, je m'acharnerai sur tes traces, je le suivrai partout ; partout, tu me retrouveras! Alors, s'éveillant en sursaut, elle s'élançait de son lit, et, le visage en sueur, la tête échevelée, elle courait au jardin, et, comme une folle, elle en parcourait les allées. Mais le spectre d'Henry la poursuivait encore. Elle l'entendait gémir dans le murmure de l'onde et dans le bruit du vent. Les feuilles qui tombaient autour d'elle semblaient l'accuser et la maudire. — 0 mon Dieu ! s'écriait-elle, je ne vous demande plus le bonheur; je ne vous demande rien, qu'une place auprès do ma mère. Mais sauvez cet enfant que j'ai perdu! Envoyez -lui un de vos anges qui le console et le guérisse j ayez pi lié de tant de

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misère! lui n'a pas mérité de souffrir! Que je souffre, moi, c'est justice; mais lui, Dieu juste, que vous a-t-ii fait?

Elle allait d'un pas rapide. Quand elle avait marché des heures entières, elle tombait de fatigue sur le gazon humide de rosée, et bien souvent les premiers rayons de l'aube la virent ■étendue sur la rive. Plus d'une fois, les paysans qui précédaient le jour aux champs aperçurent, dans les allées effeuillées du jardin et sur le versant du coteau, un fantôme blanc qui glissait, et du bout de ses pieds efïleurait à peine la pointe des bruyères. Long-temps, au village, on en parla à la veillée. Les oracles du lieu assuraient que c'était l'âme de madame de Yieilleville qui venait, chaque nuit, visiter Marianna, et qui s'envolait aux premiers feux

du jour.

Cependant le mal croissait. Exaltée par le

silence et par la solitude, Marianna grossis-

sait (le tous les rêves d'une imagination maladive les tristes réalités qui pesaient sur elle. L'incertitude dans laquelle elle se trouvait sur la destinée d'Henry ne lui laissait pas un moment de calme et de répit j c'était une anxiété de toutes les heures, de tous les instans. Parfois cette anxiété devenait si intolérable, que madame de Belnave se décidait tout à coup à partir. Prenant alors l'irritation de la douleur pour un retour de la jeunesse , pour l'énergie du cœur, la surexcitation du cerveau, il lui semblait qu'elle n'en avait pas complètement lini avec l'amour. Elle entrevoyait pour elle et pour Henry mille secrets de félicité qui lui étaient échappés. Elle enfantait mille plans de réforme; elle se disait que l'expérience seule leur avait manqué , et que la science de la vie les ramènerait au bonheur. Alors son teint se colorait, ses yeux brillaient d'un éclat soudain. Elle demandait des chevaux, elle

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voulait partir. Elle sentait bondir son cœur à la pensée de revoir Henry, de le presser follement sur son sein , de relever celte ame qu'elle avait fatalement brisée. Mais ce n'était qu'une exaltation passagère qui s'abattait au premier souflle de la raison. Le passé était là tout saignant, tout palpitant ! il criait à Marianna que le mal était sans remède, et qu'elle ne pouvait plus rien pour Henry, ni pour elle-même. Au souvenir de leurs tortures elle reculait d'effroi et ne trouvait plus l'énergie d'affronter de nouveaux orages. Une fois elle partit; mais, arrivée à la Châtre, elle n'eut pas la force d'aller plus loin, elles chevaux la ramenèrent à Yieilleville. Que devenait Henry, cependant? où allait cette destinée qu'elle avait égarée? quelle main amie pansait les blessures qu'elle avait faites? A ces questions, sa tôle se perdait, et Marianno regrettait le temps où elle avait soulfert pas 2""> cdil. II. 20

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Bussy tout ce qu'Henry souffrait en ce moment par elle. !

Ses journées se traînaient inoccupées. Ses livres favoris ne la charmaient plus 5 elle laissait son cheval errer en liberté dans les prairies. Toutes ses ardeurs de jeunesse étaient éteintes. Elle n'avait aucun refuge contre ellelîicme. La prière l'aurait consolée; mais cette âme tenait encore , par la douleur, de trop près à la terre, pour pouvoir s'en détacher, et se retirer en Dieu. La mélancolie de l'automne semblait seule apporter quelque allégement à ses maux. Elle se plaisait à marcher dans les bois à demi dépouillés, et à mêler le deuil de ses pensées au deuil de la nature. Souvent elle passait des jours entiers assise entre des touffes de bruyères , sans penser ni souffrir, et comme anéantie. Elle écoutait les feuilles s'abattre autour d'elle, et demeurait de longues heures à suivre du regard les fils de la

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vierge qui se promenaient dans le ciel. Elle ne pensait pas, elle ne souflVait pas; seulement deux ruisseaux de larmes coulaient de ses yeux sans effort et sans bruit, et baignaient son visage immobile. A la tombée de la nuit, elle se levait et retournait d'un pas lent au château ; c'étaient là ses meilleurs jours.

Un soir, comme le soleil près de s'éteindre ne jetait plus que de pâles rayons^ elle était son son lit , prêtant une oreille charmée aux mélodies du jour qui finissait. C'était la première fois, depuis son retour à Vieilleville, qu'elle se trouvait dans une disposition si paisible. Les parfums de la saison entraient par la fenêtre ouverte; une folle brise faisait trembler les rideaux du lit et jouait dans les cheveux de Marianna. Pour la première fois, depuis bien long-temps, Marianna respirait avec un sentiment de bien-être. Ses pensées

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orageuses sommeillaient; il se faisait en clic un de ces silences qui succèdent aux grandes tourmentes. Subitement amolli par je ne sais quelles influences, son cœur éprouvait un vague besoin d'afieclions douces et tendres. Elle se portait aux jours de Blanfort; elle se rappelait les veillées autour de l'atre , les promenades du soir, les repas pris en famille; les souvenirs de celte vie, si long-temps outragée , passaient sur son âme comme des brises bienfaisantes. r.lanfort lui apparaissait confusément, comme au matelot, battu par la tempête, le port où les vents ne le ramèneront jamais.

Comme elle était bercée par ces rêves, elle tourna ses yeux vers le Christ d'ivoire que dorait le dernier reflet du couchant; entre le fond de velours noir et la tête couronnée d'épines, elle aperçut un papier que jusqu'alors elle n'avait pas remarqué. Elle se leva ei

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