CHAPITRE XII
le prit. Celait une lettre à l'adresse de Marianna; aux teintes flétries de l'enveloppe , il était aisé de voir qu'elle avait été déposée là depuis plusieurs années. A la suscription , madame de Belnave reconnut l'écriture de Noëmi. Elle baisa les caractères avec transport; puis, dans un sentiment de reconnaissance, elle appliqua ses lèvres sur les pieds du Christ, qui semblait lui envoyer celle consolation du ciel.
Cette leltre ne renfermait que quelques lignes évidemment écrites à la bàtc, et sans doute le jour où madame Yaltonc avait acaccompagné M. de Belnave.
« Ma s(eur, « Tu reviendras un jour à Yicillevillc. Quand lu liras ces lignes, lu seras bien malheureuse! mais qucUîu'immcnse que soil la douleur, quelque profond que soit ion dé-
SiO MARIANNA.
sespoir, n'oublie pas, ma sœur, que Dieu esl bon et queje t'aime. Appelle-moi ou viens à moi. Viens sur ce cœur qui n'aura pas cessé un instant de l'appartenir , viens clans ces bras qui s'ouvriront avec amour pour te recevoir,
Noëmi. »
— C'est toi , c'est toujours toi ! s'écria Marianna. — Elle ne put en dire davantage; sa voix fut étouffée par les sanglots.
Son premier mouvement fut d'écrire à Noëmi et de l'appeler à Vieilleville. Mais, cédant à ce besoin d'émotions qui ne meurt jamais en nous , elle résolut d'aller la trouver à Blanfort. Elle voulait seulement, cachée dans quelque ferme isolée, rôder, la nuit, autour de la maison qui ne devait plus s'ouvrir pour elle, voir sa sœur, sa nièce, les presser toutes deux sur son sein, puis, reprenant la route de son exil, aller où Dieu la conduirait.