CHAPITRE XllI
avec toute la grâce que comporte l'hospitalité de CCS campagnes. Elle la fit asseoir, alluma, pour la réchauffer, un grand feu de sarment, et lui présenta une tasse de lait fumant, qu'elle était allée traire elle-même. Retirée sous le manteau de la cheminée, madame de Belnave demeura long-temps silencieuse, absorbée tout entière par les émotions du retour. La vieille mère reposait, à l'autre coin de l'âtre, dans un fauteuil grossier j un gros chat, qui s'était établi sur un escabeau, devant les braises du foyer, semblait méditer profondément sur la destinée des empires. La jeune villageoise paraissait absorbée par des soins de toilette; la robe d'indienne à carreaux rouge et bleu, le bonnet de dentelleet le fichu, étalés çà et là sur le bahut de chêne et sur le lit à courtines de serge verte, disaient assez que la jeune fille se préparait à quelque solennité champêtre. Elle s'arrêtait tour à tour à
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chaque pièce de sa parure, et son frais visage rayonnait de joie.
— 11 paraît, mon enfant, dit madame de Beinave, qui l'observait depuis quelques instans avec intérêt, il paraît que vous allez être de noces; qui sait? peut-être s'agit-il des vôtres?
— Oh ! que non pas, madame ! dit la jeune fdie en rougissant jusque dans le blanc des yeux ; Robert , mon frère aîné , ne se marie qu'à la Saint-Martin. Mais c'est demain fête à Blanfort.
— Fêle à Blanfort! répéta Marianna avec étonnement.
— Oui, madame, grande fête.
Madame de Beinave chercha dans ses souvenirs, et ne trouva pas quelle pouvait être cette fête dont parlait la jeune villageoise. Elle resta quelques inslans silencieuse, puis, renouant la conversation brisée,