XIV
Madame do Delnave se réveilla au milieu du bruit el du mouvement de la métairie ; la cour était envahie par une troupe bruyante de jeunes gens et de jeunes filles arrivant des fermes voisines. Les jeunes fdles tenaient chacune un bouquet de ilcurs à la main. On
entendait de tout côté le chant des cornemuses et le son éloigné des cloches de Blanfort qui ébranlaient joyeusement l'air. Le ciel était bleu et le soleil resplendissant comme par une matinée d'avril. Marianna, depuis son départ de lîlanfort, a\ait vécu tellement en dehors des anniversaires de la famille , qu'elle en était encore à chercher dans sa mémoire quelle pouvait être cette fôle qu'on allait célébrer au village; Mariette lui rappela que c'était celle de madame Valtone. Marianna se souvint qu'en effet sa fête et celle de sa sœur étaient autrefois les deux grandes solennités du pays. Cachée dans l'encoignure d'une fenêtre, de peur d'être reconnue, elle vit la troupe champêtre s'éloigner, cornemuse en tête, et prendre le chemin du village. Il ne restait plus qu'elle à la métairie, avec la vieille mère infirme que Mariette s'était engagée à soigner, en l'absence de ses