CHAPITRE XIV
cnfans. Elle résolut (ratlendrc le soir, pour aller rôder autour du cliâloau et pour aviser au moyen d'attirer sa sœur dans le petit bois.
Tandis que madame de Beinave était obligée de se cacher dans ces lieux où elle avait si long-temps régné, lajoicéclatait à Blanforl. Dès le malin , des tables avaient été dressées sous des tentes, le long de la Creuse; on dansait aux deux extrémités de la prairie. Ce jour-là, les forges étaient muettes et les champs déserts. Appuyée sur le bras de M. de Beinave, suivie de son mari et de sa fille, Noënii se mêlait à la foule , recevant les complimens de tous et les bouquets des villageoises, embrassant les unes, prenant la main aux autres, adressant à chacune quelque parole affectueuse. Elle semblait d'ailleurs ne point partager l'allégresse commune; souvent elle tournait vers M. de Beinave un regard
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suppliant, comme pour lui demander pardon. Elle avait long-temps insisté pour qu'on supprimât cet anniversaire; mais M. de Belnave s'y était formellement opposé. Sa douleur n'avait jamais été cette douleur égoïste qui veut que tout pleure avec elle. Depuis son retour de Paris, on ne l'avait jamais vu sourire; mais jamais autour de lui on n'avait eu à souffrir de son humeur ou de sa tristesse. — Rien n'est changé à Blanfort , avait-il dit une fois pour toutes; il n'y a de moins ici que mon bonheur.
Vers le soir, madame Yaltone , détachée de son beau -frère et de son mari, s'approcha d'une bourrée et se prit à causer avec quelques jeunes filles qui s'étaient groupées autour d'elle. Elle entretint long-temps Denise, la blonde, de son prochain mariage avec Léonard ; puis, s'adressant à une jeune paysanne dont le minois frais et vermeil s'épanouissait
ciiAPrinr. xiv.
comme une rose de Provins , au milieu de ses compagnes , elle lui demanda des nouvelles de sa vieille mère. C'était précisément la jeune métayère qui avait donné l'hospitalité à madame de Belnave. Elle s'appelait Solange, de ce doux nom qui protège les champs du Berry. — Est-ce que la pauvre infirme est restée seule? dit Noëmi avec sollicitude.
Solange répondit qu'une dame étrangère était installée, depuis la veille, à la métairie, et qu'en l'absence de sa famille, sa bonne avait promis de veiller sur la malade.
Une dame étrangère à la métairie! s'écria madame Valtone avec étonnement.
— Oui, mada«me, ajouta Solange; bien belle, un air triste et souffrant. Arrivée hier dans le jour , elle est demeurée jusqu'au soir sous la cheminée; vers la nuit, elle est sortie et a pris le chemin de Blanfort. A trois heures du malin , elle n'était pas de retour.
Noëmi prit à part la jeune paysanne.
— Son nom? le nom de celte étrangère? vous ignorez son nom? demanda-t-elle.
— Oui , madame. Tout ce que je puis dire , c'est qu'elle appelle sa bonne Mariette.
Noëmi devint pale, et faillit tomber sur la pelouse; mais , puisant des forces dans son émotion même, elle s'échappa et courut vers la métairie. Elle traversa le petit bois pour abréger la route. Sur le banc du rond-point, M. de Belnavc était assis , rêveur. Elle glissa près de lui sans être aperçue; ses pieds effleuraient à peine la pointe du gazon. Quand elle se trouva sur l'autre rive , elle fut obligée de s'asseoir et d'appuyer fortement ses deux mains sur sa poitrine, pour l'empêcher d'éclater. Après avoir aspiré quelques bouffées d'air, elle se releva cl poursuivit sa course. Elle entra dans la métairie. La première personne qu'elle rencontra fut Mariollc.