‹ Marianna (volume 2)Chapitre 62 sur 68 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

il m'a tuée d'un regard. — Tu vis! tu vivras ! s'écria Noëmi en se levant avec transport. Elle courut au château, et revint, suivie do Marinette. Ces deux femmes prirent dans leurs bras l'infortunée qui ne donnait plus aucun signe de vie, et la portèrent dans sa chambre, dans cette chambre où nul n'avait pénétré depuis son départ de Blanfort. En moins d'un instant, tout fut préparé 5 un grand feu brilla dans l'âtre, l'air fut renouvelé; le lit blanc s'ou\rit, comme un linceul, pour recevoir Marianna morte ou mourante. Noëmi envoya chercher Mariette. Dès qu'elle fut seule prés de sa sœur, s'agenouillant au pied du lit, elle pria avec ferveur. — Mon Dieu ! dit-elle le front dans la poussière, si j'ai bien mérité de votre bonté par toute une vie de résignation , je vous abandonne , Seigneur , la récompense que vous me réservez; je la laisse enlre vos mains pour

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racheter les fautes de cette chère créature. Madame de Behiave ne tarda pas à être prise d'une fièvre ardente. Ses joues s'étaient colorées; ses yeux brillaient d'un sombre éclat, ses mains étaient sèches et brûlantes. Quand Maricttefutinstallécau chevet de sa maîtresse, Noëmi descendit dans la prairie, de peur qu'on n'y remarquât son absence. Personne ne se doutait de ce qui se passait au château. Attablé sous une tente, sa fille sur ses genoux, M. Valtone s'entretenait avec les ouvriers de la forge. 11 se faisait tard; les flacons étaient vides, les danses avaient cessé ; déjà la foule s'éloignait en groupes chantans. M. Valtonese retira dans sa chambre, sans se préoccuper de l'absence de M. de Belnave; il comprenait qu'en un pareil jour, son ami cherchât le silence et la solitude. Après avoir endormi sa fille, Noëmi s'échappa de l'appartement, et, assise surl'un des degrés du perron elle attendit le retour

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de son bcau-frùrc. Les heures s'écoulcrcnl ; la lune s'enfonça à l'horizon comme un disque de fer rouge; M. de Belnave n'avait point paru. Enhn Nocmi l'aperçut qui s'avançait vers le château. Elle alla droit à lui.

— Mon frère, je vous attendais, lui dit-elle.

— Nocmi, répondit M. de Belnave, vous savez qu'il a été convenu entre nous que vous ne me parleriez jamais d'elle.

— Ce n'est pas pour madame de Belnave que je viens vous supplier, dit Nocmi avec assurance; c'est pour Marianna de Yieilleville, c'est pour ma sœur. Mon frère, écoutez-moi. Depuis notre retour de Paris, la femme qui vous parle à cette heure n'a eu qu'une étude , celle de remplacer auprès de vous, autant qu'elle pouvait le faire , l'épouse que vous aviez perdue. Soins , prévenances , tendresse, sollicitude, tout a été pour vous, mon frère, au point qu'en voyant ce (jui se passait à Blan-

fortj on eût dit que c'était M. Valtone, et non vous, qui traînait ses jours dans le veuvage. Loin de s'oflenscr de l'alfoction que je vous témoignais, M. Valtone l'encourageait luimôme; et, s'il est vrai de dire que jamais plus noble cœur que le vôtre ne fut si cruellement frappé, il est juste d'ajouter que jamais douleur moins méritée n'inspira de sympathies plus vives ni plus profondes.

— Vous avez été pour moi un ange de bonté ; vous êtes Noômi , une adorable créature.

— Ah ! s'écria-t-elle, pardonnez-moi de vous parler ainsi; je ne suis qu'une humble femme. Mais s'il est vrai que je sois parée à vos yeux de quelques mérites , souffrez que je vienne auprès de vous en réclamer le prix. Je vous l'ai dit , mon frère, je viens vous prier pour ma sœur.

— Quand elle eut brisé ma vie, répondit M. de Belnave, je lui restituai ses biens, ne

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wic rùsorvant que le droit de les administrer pour elle. Jamais un cri de ma douleur n'est allé la troubler au milieu de ses félicités; mais, pensant que le jour viendrait où, brisée à son tour, elle aurait besoin d'un asile pour cacher son désespoir et peut-être aussi ses remords, j'ai veillé à ce que Vieillevillefùt toujours prêt à la recevoir. Ce que j'ai foit, vous le savez; pensez -vous que je me sois bien cruellement vengé?

— Comme un n oble cœur que vous êtes , s'écria-telle.

— Qu'exigez -vous donc à cette heure? de manda M. de Belnave.

— Je n'exige rien, je supplie. Je ne vous supplie pas de lui rendre le titre saint qu'elle a répudié , elle-même n'oserait le reprendre; ni d'oublier le passé , le passé est irréparable; mais seulement d'être bon pour elle, d'avoir pour la sœur de votre Nocmi quelques regards

(l'indulgence, quelques bienveillantes paroles. Mon frère , elle a bien souffert ! Si vous vous êtes montré dur et cruel, c'est que vous ne l'avez pas regardée. C'est une amc brisée, elle aussi, et, quelque mérité que soit leur châtiment, nous devons tendre la main à ceux qui nous ont offensé, pour qu'un jour Dieu nous tende la sienne.

M. de Belnave pressa Noëmi sur son cœur et lui dit :

— Que votre sœur soit la bien venue sous le toit de Blanfort!

— Merci, mon frère, merci! dit-elle.

Elle acheva la nuit au chevet de Mariannn.

Vers le matin, le délire cessa, la fièvre s'abattit; madame de Belnave tomba dans un profond assoupissement. Sa respiration était paisible, son pouls calme et mesuré. Elle dormit long-temps ainsi, et ne s'éveilla que vers le milieu du jour. Quand elle ouvrit ses yeux

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