CHAPITRE XIV
sortit pour aller aux (brgos. Marianna marchait, appuyée sur le bras de sa sœur, M. de Beinave auprès d'elle; M. Yaltone suivait avec l'enfant. Tous quatre étaient silencieux, mais sans humeur et sans contrainte; il y avait au fond de leur silence quelque chose de doux et de grave à la fois. De rares paroles étaient échangées ça et là, mais rien qui eût rapport à la situation présente. On s'entretenait de choses et d'autres, comme si Marianna n'eût jamais quitté Blanfort. Au retour, on demeura long-temps sur le perron à respirer l'air du soir. Quand il fut l'heure de se retirer, M. de Belnave prit la main de sa femme.
— Monsieur, dit Marianna, je partirai demain, mais avant de partir...
— Pourquoi nous quitter sitôt? répondit M. de Belnave d'un ton de doux reproche. H n'est personne ici qui se plaigne de votre présence. Noëmi, ajoula-t-il, en se tournant vers
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madame Yallone, vous ne laisserez pas partir ainsi voire sœur, et, s'il en est besoin, nous joindrons nos instances aux vôtres.
Il se retira après avoir salué Marianna avec une airectueuse politesse. Il avait l'habitude, avant de s'éloigner, de baiser chaque soir le front de Noëmi; ce soir-là, il se contenta de lui serrer la main. Noëmi le remercia dans son cœur de ce baiser qu'il n'avait pas donné. Les deux sœurs ne se séparèrent que bien avant dans la nuit.
Le lendemain, la nouvelle de l'arrivée de mndame de Bclnave s'étant répandue, tout Blanfort accourut pour la voir. Léonard avait moissonné toutes les fleurs de la saison pour les lui offrir. La mère Loriot, la mère Loutil, la mère Gillet, toutes les mères enfin dont avaitparléLéonard, et quelques autres encore, vinrent l'embrasser et la féliciter. Lorsqu'elle sortit avec sa sœur pour aller visiter le ha-
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nioaii, tous les visages lui firent fètc. Toutefois, c'est à peine si elle reconnut le pauvre village d'autrefois. A la place des chaumières, s'élevaient des maisons d'une élégante propreté. L'ardoise et la tuile avaient détrôné le chaume. On sentait que sous ces toits habitaient l'aisanceet le bien-ôtre. En voyant toutes les améliorations qui s'étaient opérées durant son absence, Marianna ne pouvait s'empêcher de réfléchir amèrement sur l'inutilité de sa vie et sur l'égoïsme de la passion. M. de Belnave n'était pas allé, lui, pleurer sur les grèves solitaires et soupirer sous les mélancoliques ombrages. Aidé de M. Yaltone, il avait changé l'aspect de ces campagnes; tous deux avaient donné du travail aux bras inoccupés; il n'était pas un de leurs jours qui n'eût servi au bonheur de leurs semblables ; ils avaient comballu autour d'eux l'oisiveté et la misère; le succès avait couronné leurs eilbrls. Noëmi,
de son côlé, avait contribué à cette œuvre, et, sur son passage, elle recueillait à Blanfort les bénédictions que Marianna avait à son retour recueillies à Yieilleville : bénédictions méritées, celles-là!
Les jours s'écoulèrent sans qu'il fut question du départ de Marianna. Vainement elle voulait s'arracher au charme qui la retenait; elle attendait toujours au lendemain pour reprendre la route de son exil. Tout ce qui l'entourait encourageait si bien sa faiblesse ! Noëmi était si tendre, M. Yallone si fraternel! M. de Belnave n'était qu'affectueux et polî , mais il avait un tact si exquis pour ne pas la blesser par trop de froideur, pour ne pas l'humilier par trop de respect! Il y avait à la fois tant de dignité dans sa bienveillance, tant de bienveillance dans sa dignité !
Marianna se reposait dans la paix de la vie domestique; clic en étudiait les détails avec