CHAPITRE X!V
relira pas le bras qu'il avait oftort; elle le prit en rougissant. C'était la première fois , depuis son retour à Blanfort. Tous deux rentrèrent au château, sans échanger une parole.
Une autre fois, aurepasdu soir, apf es avoir servi Noëmi, M. de Bclnave s'adressa à sa l'emmeetlui dit :
— Marianna, veux-tu que je te serve?
Ces mots produisirent sur les quatre convives l'effet d'une commotion électrique. Marianna se leva de table pour aller cacher son émotion. Mais ces petits incidens étaient rares, et la contrainte qui en résultait ne se prolongeait pas au-delà de quelques heures.
Ainsi les jours se succédaient. Déjà l'hiver avait attristé le paysage; les coteaux étaient nus, le givre pendait aux branches ; les bises de décembre soufflaient dans la vallée. Les longues veillées avaient remplacé les prome-
nadcs du soir. Rassurée sur la destinée d'Henry, Marianna s'abandonnait au courant de la sienne. Elle s'acclimatait , sans s'en apercevoir, dans l'almosphcre de Blanfort. De son cùlé, M. de Belnave subissait, à son insu, quelque chose de l'influence autrefois adorée. Comme autrefois, la présence de Marianna égayait encore la table et le foyer. Un jour qu'elle parlait de son prochain départ à Noëmi qui s'efforçait de la retenir, M. de Belnave s'interrompit de sa lecture pour faire remarquer que les chemins étaient impraticables en cette saison, et qu'il ne serait pas prudent de s'y aventurer avant le retour du printemps. Noëmi les observait l'un et l'autre avec une attention avide, et, sans rien préciser dans sa pensée, elle augurait bien de l'avenir. Quant à M. Valtone, il se rappelait le beau résultat qu'avait oblenu jadis son intervention dans les affaires des deux époux,