‹ Marianna (volume 2)Chapitre 67 sur 68 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et, bien décidé celte fois à ne point s'en mêler, il laissait les choses aller leur pas, sans se perniellre la plus humble réilexion.

Marianna s'oubliait et se laissait vivre. Elle avait reçu de Paris une seconde lettre qui l'avait confirmée dans sa sécurité sur le sort d'Henry. Le mal ctaitgrand, sans doute, mais non pas sans remède. George persistait à croire que madame de Belnave, en partant, avait prudemment et noblement agi. Il ajoutait qu'Henry continuait d'être calme, qu'il s'entretenait du passé avec résignation, et qu'il parlait de voyager prochainement. Toutefois, bien qu'il fût en pleine jouissance de la fortune de son père, il avait conservé sa petite chambre d'étudiant et s'était obstinément refusé à prendre un appartement qui fût plus en rapport avec sa position. C'était le seul symptôme alarmant qu'eût signalé la lettre de Bussy. Marianna pouvait donc faire

trêve, sinon à ses remords, du moins à son anxiété. Elle pensait, avec George, qu'elle avait sagement fait de partir, et qu'Henry l'en remercierait un jour. Et puis, faut-il le dire? elle ne croyait pas plus à l'éternité de la douleur qu'à Téternité de l'amour; elle avait des momcns d'insensibilité railleuse où elle savait fort bien qu'il était au monde des femmes jeunes et belles, et qu'Henry guérirait et se consolerait.

Pour elle, revenue des ambitions tumultueuses, flétrie, brisée, meurtrie, avide de repos , elle s'endormait , mollement bercée par la tendresse de sa sœur , dans la paix et dans le silence d'une vie paisible et réglée. Un coup de foudre la réveilla.

Par une matinée de janvier , la famille était réunie dans la salle à manger dont la porte vitrée ouvrait de plain-pied sur le perron. La neige tombait paisiblement au dehors; la flamme étinceiait au-dedans. Le déjeuner se prolongeait paresseusement. On causait, on prenait le thé , on se complaisait dans ce sentiment de bien-être égoïste que la neige pro-

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cure c'i ceux qui la voient tomber du coin de leur feu. Tout à coup des pas lourds rclenlirent sur les marches du perron, la porte s'ouvrit, et un homme tout blanc, comme la statue du commandeur, entra pesamment dans la salle. C'était un paysan de Vieilleville} il avait l'air sinistre et niais. Après s'être secoué comme un chien mouillé, le rustre enfonça sa main calleuse dans la poche de son gilet, et en tira une lettre qu'il remit à madame de Belnave. Le cachet en était noir : Marianna pâlit en le brisant. Chacun , par discrétion s'était levé de table. Lorsqu'au bout de quelques instans, on la chercha du regard , elle n'était plus dans la salie; elle s'était échappée, sans que personne s'en fût aperçu. Lefaitétaitsi simple que personne ne s'en préoccupa. On causa longtemps encore avec le courrier de Vieillevilie; puis on se sépara pour aller chacun à ses aifaircs.

CUAPITRE XV.

Après avoir veille aux soins du ménage, madame Vallone se rendit dans la chnmhre de sa sœur et ne l'y trouva pas. Elle s'en étonna médiocrement; Marianna avait l'habitude de passer la plus grande partie de ses heures cliez Noëmi. En quittant la chambre de sa sœur, Noëmi se rendit dans la sienne; Marie s'y trouvait seule avec sa bonne , madame de Bcinave n'y était pas. La bonne interrogée répondit qu'elle n'avait pas vu sortir madame de Belnave, et qu'elle ignorait où elle pouvait être. Madame Valtone s'inquiéta; elle visita tout le château, questionna les domestifjucs : aucun ne put dire ce qu'était devenue Marianna. On ne devait guère supposer qu'elle eût quitté la maison par un temps si rigoureux; d'ailleurs son chapeau, ses gants cl son manteau étaient dans son appartement. Cependant madame Valtone, sérieusement alarmée, se décida à la chercher dehors. En

sortant par la porte qui donnait sur le petit bois, elle remarqua sur la neige la trace des pieds de Marianna. Elle gagna le bois, elle en parcourut les allées : les allées étaient désertes. L'empreintedespasétaitpartoutjMarianna nulle part. Noënii appela , aucune voix ne répondit. Elle pressentit un affreux malheur. 11 était bien clair cependant que madame de Belnave ne pouvait être que là; en observant la trace de ses pieds, il éiait clair qu'elle était entrée dans le bois, et qu'elle n'en était pas sortie. Noëmi se prit à la chercher encore , et à chaque tour d'allée elle criait le nom de Marianna. Enfin , en plongeant ses yeux dans le fourré, elle vit sa sœur accroupie au milieu des ronces , accoudée sur ses ses genoux , la figure appuyée sur ses deux mains, immobile, le regard fixe, les lèvres pâles, les dents serrées. La neige tombait sur sa tète nue; les épines avaient ensanglanté son visage. Nocmi

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