‹ Marianna (volume 2)Chapitre 8 sur 68 · CHAPITRE 111. C · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. C

Ellcaimaitcn Itii les qualilos qu'elle ne retrouvait déjà plus en elle, les grâces de la jeunesse, le naïfenthousiasme des esprits inexpérimentés, la poésie des scniimens que n'a pas encore déllorés l'existence. Il la reportait au jour do son printemps, à ces jours si rapidement envolés, où elle s'épanouissait, elle aussi, aux: promesses de l'avenir. En l'écoutant, elle se demandait avec irritation pourquoi le ciel no lui avait pas envoyé, au lieu de l'àme épuisée de Bussy , cette âme neuve et fraternelle; et parfois alors tout prenait une voix pour lui dire, avec le poète, que ces jours n'étaient pas envolés sans retour, et qu'il est en nous des gerbes d'amour toujours prêtes à s'ouvrir au premier soufflecaressant.il y avait des inslans où des flots de tendresse affluaient subitement à ses lèvres sans pouvoir s'échapper; d'autres où ses joues se mouillaient de larmes qui jaiU lissaient de sources ignorées, mais non plus

de sources amures. 11 y avait des soirées enivrantes où, s'abandonnant mollenrjent au bras qui la soutenait, elle allait, rôveuseet troublée, s'oubliant en de longs silences. D'autres fois son alTection pour Henry prenait un caractère ardent et passionné. Et que de fois aussi , dans la tristesse deses pensées, comparant cequ'avait été George et ce qu'était Henry pour elle, elle se demanda, avec une préoccupation secrète, (juclsfeux n'allumerait pas l'amour dans un cœur où l'amitié brûlait d'une si belle flamme ! Comment se serait-elle défiée du charme qui se formait tout à l'enlour de cet enfant? Elle croyait nechercher en lui qu'un souvenir vivant d'un passé toujours adoré. Ainsi qu'il arrive dans toute intimité, Georgeet Henry s'étaient fortement imprégnés l'un de l'autre : Henry surtout, cire plus malléable, avait reru l'empreinte de Bussy. Madame de Belnave pouvait donc, sans faillir à la reb'gion des regrets, obéir

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aux séductions qui raltiraient vers ce jeune homme. Il lui rendait les gestes, les attitudes les inflexions de voix et jusqu'aux expressions que George affectionnait : c'était George traduiten unejeune et gracieuse image, et quand ils allaient tous deux , par les nuits éloilées, à travers les préscfu'inondaient les clartés célestes, si , près de lui, elle sentait remuer dans son sein de vages désirs, s'allumer d'inquiètes ardeurs, elle s'y livrait sans méfiance, prenant les premières lueurs de celle aube nouvelle pour les derniers reflets du soleil évanoui.

C'était par ces pentes insensibles que madame de Belnave descendait à pas lents le calvaire de sa douleur. Cependant, le jour n'était pas éloigné où elle devait s'avancer d'un pied plus rapide et plus sûr dans la voie de sa délivrance. Ce jour arriva : ce fut celui où l'orgueil, se dégageant, dans son sein, de l'amour qui favait opprimé, s'agita et tendit

à remonter à la surface. Le véritable amour est humble, patient, résigné, et ne craint pas de s'abaisser; il s'exalte dans son abjection et se glorifie dans sa honte; dans l'âme qu'il possède, il domine l'orgueil et le tient, sous lui , terrassé. Le véritable amour est à lui-mém'e toute sa gloire; ilsurvil à l'abandon, n'accuse que lui seul, et bénit long-temps la main qui l'a frappé. Mais tout abattu qu'il est , l'orgueil veille en silence : aussitôt que l'amour découragé chancelle, — car, reflet de l'amour divin, ce n'est qu'en Dieu qu'il peut trouver un aliment sans cesse renaissant, et brûler d'une ardeur éternelle : égaré sur le front de la créature, il vient une heure où le rayon pâlit — l'orgueil humain dresse la tête. Long-temps encore, entre ces deux élémens, destinés tour à tour à s'absorber l'un l'autre, subsiste une lullc secrète; mais pareil à la force élasti([uc, qui se relève avec d'autant plus d'énergie qu'elle

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