‹ Marianna (volume 2)Chapitre 9 sur 68 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

a été plus éncrgiquemcnt comprimée, l'orgueil triomphe, et lorsqu'cnfin il a pu regagner le faîte, et que, tout saignant, tout meurtri, il mesure l'abime oii l'amour l'avait précipité, il pousse un cri terrible, et dès-lors les rôles sont changés. C'est là, du moins, ce qui arrivadansle cœur de madame de Bclnave. Il vint un jour où sa fierté outragée se plaignit, où sa mémoire se fit moins indulgente , où son mal lui devint moins cher et moins précieux. Elle entrevit le degré d'abaissement où George l'avait plongée, et tout son sang se révolta à la pensée des humiliations qu'elle avait dévorées. Elle négligea les doux souvenirs, et s'acharna aux souvenirs amers. Les images caressantes s'évanouirentdcvantlecortége des vanités blessées. En repassant dans son esprit ce qu'elle avait essuyé d'affronts, elle se méprisa dans sa patience et dans sa longanimité : les injures qu'elle avait ensevelies dans sa tendresse se

réveillèrent en jetant un cri de vengeance. U en est des blessures de l'amour comme de celles qu'on reçoit au milieu de la mêlée : on ne les sent qu'après la chaleur de l'action, le lendemain de la bataille. La rudesse de George, sa dureté, son ingratitude, ce qu'elle avait été pourlui^cequ'ilavaitélé pour elle, son langage acerbe, son front d'airain , sa figure inexorable, alors qu'elle baisait, tout en pleurs, les mains et les pieds du bourreau : tous les détails de ce long martyre lui apparurent dans leur poignante réalité, et mille voix s'élevèrent en elle pour protester contre le passé. Dès-lors madame de Belnave entra en pleine convalescence; quand les plaies de l'amour-propres'ouvrent, celles de l'amour sont près de se fermer. Et à mesure qu'elle se détachait de Bussy, — toujours à son insu, car elle prenait pour le mal d'amour le mal d'orgueil qui lui succédait, — elle se rapprochait de son compa-

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gnon d'exil. Déjà clic l'observait avec intérêt, l'éliuliant dans ses goûts, dans ses projets, dans ses espérances, et commençant à s'inquiéter sérieusement de cette destinée qui semblait s'oublier elle-même. Elle aimait à l'entendre parler de l'existence qu'il abordait à peine, le provoquant auxépanchemens, et rallumant, pour ainsi dire, le flambeau de ses illusions à cette flamme que n'avaient encore assaillie ni l'orage, ni les vents contraires. Il y avait long- temps qu'elle avait remarque en lui ces rêveuses tristesses, brumes du matin de la vie, qui flottent sur les âmes nouvellement écloses. En l'examinant avec plus d'attention , elle ne tarda pas à soupçonner un mal réel caché dans les plis de ce jeune cœur. Un jour qu'elle était allée seule sous les aulnes'qui bordent la rivière, et qu'elle revenait par le sentier qui grimpe le long du coteau , clic aperçut Henry qui ne l'avait pas

vue venir. Accoudé sur le roc, le front appuyé sur la main, les doigls enfoncés dans ses cheveux qu'ils tordaient par un mouvement convulsif, il se tenait debout contre un des blocs de granit qui hérissent le flanc de la colline; son air était souffrant, son regard était sombre, et je ne sais quel sentiment étouffé relevait ses lèvres et gonflait ses narines. Marianna le surprit dans celle altitude. Après être restée quelques instans à le contempler, elle lui mit doucement une main sur l'épaule, et d'une voix affectueuse:

— Henry, dit-elle, vous soulfrez, qu'avezvous?

Henry se retourna brusquement, et comme il essayait de sourire, se préparant à tromper Marianna par quelque pieux mensonge:

— Vous souffrez, reprit-elle aussitôt d'un accent impérieux et tendre, et ce qu'il y a de plus alFrcux, Henry , c'est que pour souf^

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