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CHAPITRE IV

On louchaîl alors à la fin de scpi.embre ; la saison était belle , les coteaux commençaient à se parer lies mille teintes de l'automne. Durant le courJ^M'âjet de la ville au village , George acheva de conquérir les bonnes grâces de M. de Belnave. Il admira le pays, moins en artiste qu'en agronome. Il s'extasia moins sur la beauté des sites que sur l'entretien des prairies. Il professa pour la vie champêtre, pour ses travaux et pour ses plaisirs , de chaleureuses sympathies. Il discuta longuement sur l'importation et sur l'exportation des fers. Il sut découvrir le filon des opinions politiques de son hôte et l'exploiter avec un art merveilleux. Enfin il parla sur tout, et sur quelques autres choses encore, avec une gravité qui plut singulièrement à M. de Belnave, et quoique Bussy fût bien près de franchir le seuil qui sépare la jeunesse de la virilité, l'honnête maître de forges s'étonna de trou-

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\er dans un homme si jeune un jugement si mûr, dans un enfant du siècle une raison si désintéressée. Tout en causant, ils arrivèrent à Blanfort. Marianna , Noëmi et M.ljfcpr>e les attendaient sur le bord de la route. Marianna tressaillit, et tout son cœur passa sur sa figure. M. Yaltone accueillit l'étranger avec une cordiale politesse. Mais , chose étrange ! à peine George et Noëmi se furent-ils envisagés l'un l'autre qu'il se devinèrent. Noëmi comprit que son instinct ne l'avait pas trompée, que c'était bien là l'ange du mal qui poursuivait la perte d'une âme j et, de son côté, en voyant cette blanche créature, au front calme et limpide, au port grave, au maintien céleste, en la voyant auprès de sa sœur qu'elle semblait envelopper d'invisibles ailes, George comprit que c'était là l'ange gardien qui devait lui disputer sa proie. Dès les premiers instans, il s'établit entre ces deux êtres une lutte se-

CllAPliKE IV. lui

crclc, Cl le premier regard qu'ils échangeront fut comme un regard de défi.

Dussy avait compté sur de faciles joies; il essuya d^s déceptions de tout genre. Venu à Blanfort avec la pieuse intention de continuer ic grand œuvre qu'il avait entamé à Bagnéres, il vit échouer tous ses projets : arrivé le cœur plein d'espoir, il partit la rage dans le cœur. En voici la cause :

J'ai dit que, durant le trajet du Blanc à Blanfort, George, qui s'était donné déjà pour un grand métallurgiste, avait eu l'imprudence de professer un vif amour pour les travaux rustiques et pour les plaisirs champêtres. M. de Belnave le présenta donc à sou associé comme un amant des métaux, de l'agriculture et de la chasse. Il se trouva que M. Yaltone était précisément un agronome fanatique, et de plus un véritable descendant de Nemrod. De son côté, M. de Belnave était

passionné pour son industrie. Tous deux^ chacun dans sa spécialité, cherchèrent à rendre le séjour de Blanfort agréable à leur hôte, et tous deux lirent si bien qu'ils réussirent à le lui rendre insupportable, et que George, qui avait commencé par se railler tout bas de la confiance de ces vertueux maris, se crut parfois le jouet d'une mystification infernale. Si M. de Belnavene lui fit pas grâce d'une barre de fer, son ami se montra plus impitoyable encore. Chaque matin, George vit entrer dans sa chambre , avec le premier rayon du jour, M. Valtone, le terrible M. Valtone , qui , entouré d'une meute de chiens, armé de pied en cap, les guêtres de cuir aux jambes, le carnier au dos, le fusil au bras, apparaissait à Bussy comme une ombre vengeresse , l'arrachait au sommeil et le traînait à travers champs , les pieds dans la rosée, la tête dans les brumes

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