‹ Marianna (volume 3)Chapitre 13 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lies séductions d'autant plus dangereuses, qu'elle y dispose à son gré de la réalité et que l'éloignement ne lui permet pas d'en toucher les aspérités ni d'en apercevoir les ombres. L'amour de madame de Belnave s'exalta en se racontant; sa plume fut comme une baguette magique sous laquelle elle vit éclorc une ra* dieuse image , brillante de toutes les perfections que les femmes prodiguent aux héros de leurs songes. Elle s'enivra de sa création , à laquelle chaque nuit ajouta quelque nouvel attrait, quelque grâce nouvelle. Chacune de ses lettres fut une perle qu'elle détacha de son âme pour en parer le front de son amant. Bientôt l'être qu'elle aimait n'exista plus que dans sa lête. George bientôt ne fut plus pour elle qu'un prétexte au déploiement de ses facultés , un canevas aux broderies de sa pensée, un thème aux divines mélodies qui chantaient en elle. Elle se fit, à son insu , l'artiste de son bon.

Iieur; elle crut s'éprendre de George, et ne s'éprit que de son œuvre. Œuvre d'enthousiasme, de jeunesse et de foi ! mais, comme le génie qui s'ignore, elle s'agenouillait devant ce beau poëme, sans soupçonner qu'elle pût en être à elle seule toute la poésie aussi bien que tout le poète. Joyaux dignes d'enrichir la cassette d'un roi, ses lettres furent tour à tour l'expression brûlamte de son cœur et le récit détaillé de ses jours; elle se raconta tout entière. Tout ce qui sentait , pensait et respirait en elle, gravita vers Bussy , comme le feu du ciel remonte vers sa source, comme les parfums de la terre remontent vers le soleil. Quant aux lettres de George, ce dut être de ces épîtres amoureuses qui font que la femme qui les reçoit prend Werther en souverain i^pris et Saint-Preux en pitié profonde. Il n'est pas une femme qui n'ait la prétention d'être ou d'avoir été pluséloquemnicnt aimée

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