‹ Marianna (volume 3)Chapitre 14 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lui donnait lui-môme. Heureux, il la croyait heureuse, et tous deux vivaient dans un parfait équilibre d'estime et d'affection réciproques; car, il faut bien se le dire, Marianna aimait son mari. Les premiers jours de son boniieur n'avaient pas été sans remords, mais comme, après tout, M. de Belnave ne s'était jamais inquiété de réclamer, pour son propre compte, la part qu'elle faisait à Bussy, elle avait fini par jouir paisiblement d'un amour qui ne dépouillait personne, et qui lui semrblait n'apporter aucun préjudice réel aux félicités conjugales. .fVioi ;•>,

L'hiver avait passé; les bois reverdissaient au soufile du printemps; toutes les joies s'éveillaient et chantaient sous le ciel ; les brises, parfumées de violettes et d'aubépine , couraient le long des traînes; les oiseaux se poursuivaient dans les haies; les insectes bruissaientdanslessillons; toutn'étail quepar-

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funij harmonie, amour, espérance. Malheur alors au cœur qui ne peut plus aimer! C'est au milieu de ces flots de sève et de vie qui débordent de toutes parts , que les âmes flétries avant le temps se reploient douloureusement sur elles-mêmes, remplies d'une solitude mortelle. L'éclat des beaux jours ne fait qu'irriter leur impuissance ; le luxe des champs et des bois insulte à leur stérilité, et, sous l'azur des cieux et sur la verdure de la terre, leurs ruines se revêtent d'un aspect plus morne et plus sombre. A la riante et belle jeunesse , les forêts aux vertes senteurs , les sentiers mystérieux, les gazons embaumés, les prairies étoilées de fleurs ! Mais à vous , que l'orage a brisés et qui n'êtes plus qu'un débris de vous-mêmes , à vous , tristes enfans, des jours plus graves et plus austères, qui ne vous sollicitent point au bonheur et ne demandent rien à voire indigence; à vous,

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l'automne aux splendeurs voilées , au soleil mourant, aux rameaux dépouillés! Alors, du moins, tout pleure autour de vous; eommo vous, tout décline, tout pâlit, tout s'efface, et , comme on votre cœur les souvenirs flétris, les feuilles desséchées, emportées parle vent, se plaignent tristement dans la plaine.

" 11 y avait bien long-temps que Marianna n'avait assisté , sans une excitation secrète et maladive, au retour de la belle saison. Ce n'était pas l'impuissance des âmes dévastées qui jadis s'irritait en elle , mais au contraire une exubérance de vie qui s'indignait de se sentir comprimée, lorsque la sève coulait autour d'elle à pleins bords , que les bourgeons éclataient, que les plantes germaient, et que toute la terre, joyeuse et rajeunie, verdissait, chantait, brùissait et s'épanouissait au soleil. Alors, elle s'agitait sans but; elle pleurait sans comprendre la cause de ses larmes; elle

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cherchait les champs avec ardeur et les fuyait avec colère; et , lorsqu'en traversant les prairies, elle voyait deux fleurs fraîchement entr'ouverLes qui se balançaient dans un même rayon de lumière, elle passait sombre et rêveuse et se demandait pourquoi Dieu l'avait faite moins heureuse que l'ancolie ou que la germandrée. Cette fois, aussi jeune, aussi belle que lui elle salua le printemps des mille joyeux cris de son âme. Elle pleura, mais de volupté, et madame de Valtone, étonnée de la voir sereine comme le ciel , vive et légère comme l'oiseau, épanouie comme les plantes, l'observait parfois avec inquiétude, et se demandait si tout ce bonheur était bien la conquête de la résignation.

Ce fut à cette époque que M. de Beinave se vit appelé à Paris par les intérêts de sa maison. La révolution de Juillet venait de frapper le commerce dans toutes ses branches;

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