‹ Marianna (volume 3)Chapitre 15 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les fortunes les plus solides chancelaient ; la défiance était partout et l'argent nulle part. M. de Belnave avait à Paris une sœur qui l'avait sollicité plus d'une fois de lui amener Marianna, et, de son côté, Marianna avait manifesté souvent le désir de voir Paris, qu'elle ne connaissait pas. L'occasion était belle; il en profila. Il proposa à sa femme le voyage de la capitale : elle accepta et partit avec joie.

Noëmi , en la voyant partir , sentit son cœur triste jusqu'à la mort.

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Marianna entra dans la capitale par une de ces journées resplendissantes où Paris est inondé de vie et de lumière. Les quais éiincelaient : les tours de Notre-Dame, la Cité, les Tuileries, le Louvre, nageaient dans l'or et dans l'azur. Les brises printanières épar-

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pillaient dans l'air les parfums enlevés aux coteaux boisés d'alentour. Partout la foule se pressait, cette foule parisienne, si triste, si sombre par la brume et la boue , mais si accorte, si coquette, si pleine de belle humeur quand elle marche sur des pavés secs, sous un ciel pur et serein. Les voitures se croisaient en tout sens. Les bataillons passaient, musique en tête : le vent se jouait dans les flammes et dans les aigrettes; les baïonnettes reluisaient, comme la pluie d'orage au soleil. Les princes sortaient du Carrousel : les tambours battaient aux champs , les clairons re' ternissaient. Quel bruit! quel luxe! quel mouvement! quelle fête! Pour gagner l'hôtel de la sœur de M. de Belnave, la chaise de poste glissa sur les quais et traversa la place Louis XY. Les équipages volaient dans la poudre des Champs-Elysées. Les amazones couraient aux bois, emportées par leurs cour-

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siers rapides. Les orangers du Jardin-Royal exhalaient leurs jeunes senteurs; le grand bassin envoyait au ciel son jet de cristal qui retombait en poussière irisée 5 les massifs de raaronniers balançaient leurs panaches blancs et secouaient leur neige odorante sur un parterre de femmes et de fleurs. La chaise était découverte, et Marianna admirait tout, plongée dans une muette extase. Chaque tour de roue lui révélait un monde. Elle comprenait que la vie était là , et que jusqu'alors elle n'avait fait qu'exister.

Les deux voyageurs étaient attendus par la sœur de M. de Belnave : veuve, riche, plus âgée que son frère , madame Salsedo vivait depuis long-temps dans la retraite. Ses goûts et ses principes, autant que sa santé débile, l'avaient de bonne heure éloignée du monde. C'était d'ailleurs une femme d'une rare bonté, qui savait pardonner aux gens

bien porlans et sourire de bonne grâce à ia jeunesse. Elle accueillit Marianna comme une fille chérie, et après avoir installé les deux époux dans l'apparlement prépai^é pour les recevoir , elle leur laissa toutes les aises d'une hospitalité qui ne clierche qu'à se faire oublier, -in-'

Oiïicielleraent prévenu de leur arrivée ,

Bussy ne larda point à se présenter, et M. de Belnave le reçut avec cette cordialité chaleureuse dont la recette se perdra sans doute avec la race des maris. 11 est juste de dire que George y répondit par une merveilleuse assiduité de petits soins et de complaisances, et qu'il se mit tout entier à la disposition de ses deux amis, ayant déclaré tout d'abord qu'il considérait Paris comme sa maison, et qu'il se croyait obligé à leur en faire les honneurs. George était une de ces oisivetés élégantes qui ont l'intelligence de toutes les

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