‹ Marianna (volume 3)Chapitre 20 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dupe, cl sur laqudli' je dois vous éclairer. Vous vous jugez scvèreiueul, uiu sœur , et vous en avez le droit; mais peul-êtrc seriezvous plus iudulgentc envers vous-même, si la sévérité que vous portez dans voire propre cause ne flattait pas à voire insu vos secrètes inclinations. La passion vous abuse , et , noble que vous êtes, vous prenez ses conseils pour les arrêts de votre conscience. Mais croyezmoi , vous ne vous condamnez sans appel que dans la crainte d'être absoute , et la tâche que vous nous imposez est moins un exil qu'une conquête, moins une expiation qu'un

triomphe.

Cruelle! s'écria madame de Belnave;

êtes-vous donc venue pour m'accabler !

.— Pour vous sauver, enfant , pour vous sauver I répondit madame Vallone avec fer meté : égarée, pour vous ramener dans votre voie; faiblissante, pour vous soutenir; tom-

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bée, pour vous relever. Eh quoi! vous vous reconnaissez coupable , et c'est par le désordre d'une vie tout entière que vous allez racheter un moment d'erreur ! Le repentir vous mène à la révolte! Il ne vous suffît pas d'être déchue de votre propre estime , il vous faut attirer sur vous la haine et le mépris du monde !

— Ah! oui, le monde! dit Marianna avec amertume j tout est là pour vous autres. Pour vous , faillir n'est rien : c'est le grand jour qui fait le crime.

— Ma sœur, ce n'est pas mon avis. Je n'ai jamais envisagé le respect humain que comme un lien salutaire qui nous attache à nos devoirs, et qu'il est dangereux de briser, alors même que nous avons failli ; car le monde est plus puissant que nous : il peut jeter un pont ou creuser un abîme entre la chute et la réha* bilitalion , entre le repentir et la grâce. Toutefois, je hais le mensonge plus encore que le

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scandale; et, si vousn'aviez àclioisirqu'enlrc une soumission hypocrite et une rébellion ouverte , je n'hésiterais pas , dut mon cœur se briser, à vous pousser moi-même vers ce dernier écucil ! Mais il vous reste une autre voie, rude sans doute, mais qui n'a rien dont puissent s'effrayer les belles âmes : c'est l'expiation par le sacrifice. La passion vous a vaincue, à votre tour, il faut la vaincre. Ce sera unegrandelutte qui n'aura que Dieu pour témoin ; Dieu vous viendra en aide , ma sœur ! Il vous soutiendra dans cette dure épreuve , et moi , je serai prés de vous pour essuyer les sueurs de votre front. Tout se réparc, tout se rachète. Il n'est point de fautes irrémissibles : Dieu les reçoit toutes à rançon.

— Et M. de Belnave, pardonnera- t-il, lui ? demanda Marianna d'une voix étouffée.

— M. de Belnave doit tout ignorer; vos fautes sont à vous, vous deveg seule eu porter

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la peine. Vous ne serez pas seule à la porter, ma sœur , mnîs que votre époux ne soit point fpiippédans son ropos, dans son amour, d:ins son bonheur et dans son orgueil , el qu'il puisse vous retrouver un jour sans savoir (ju'il vous avait perdue. Voyons, enfant, te senstu ce courage? ajouta Noëmi d'une voix moins grave et plus tendre.

— Tu n*aimes pas , toi ! dit Marianna d'un air sombre : la résignation te semble bien facile, tu n'as jamais souffert.

— Ma sœur, répliqua madame Valtone , toutes les souffrances ne crient pas. Il est bien des douleurs qui marchent le front calme et serein , bien des tristesses qui n'ont jamais pleuré, bien des cœurs qui boivent leurs larmes. Va , je le sais bien , moi , que la résignation n'est pas chose facile! mais que serait la vertu , si elle ne coûtait point d'efforts?

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