‹ Marianna (volume 3)Chapitre 21 sur 37 · CHAPITRE M. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE M. i

• — Tu souffres donc aussi! dil Marianna en regardant Noëmi avec un air de douloureux étonnement. Tu souffres! répéta-t-elle avec cette secrète joie du coupable qui , dans un juge redouté, croit apercevoir un complice. Mais tu me trompais donc ! mais il est donc vrai que nous ne sommes pas heureuses ! Ce bonheur que tu m'accusais de nier, tu n'y croyais donc pas ! Ah ! dis , que cette existence est lourde et que notre destinée est amére ! Dis, est-ce là ce que nous avions rêvé ? parle , que sont devenues les promesses de nos belles années? tu t'en souviens, ma sœur, lorsque, seules et libres, nous tressions à notre avenir toutes les fleurs de notre printemps ! Quelles n'étaient pas nos espérances alors? quelles aspirations, quel enthousiasme! quelle plénitude de vie, quels trésors de foi , d'amour et de jeunesse! Vous, ma sœur, plus réservée que moi , et déjà moins inquiète de ces joies

inconnues qu'appelait mon ardeur , vous cherchiez parfois ii raodérer les élans de celle àme impatienle de déployer ses ailes. Mais que souvent je vous surprenais à sourire de votre prudence , mais que de fois vous ouvriez votre âme au doux espoir qui caressait le mien! Ah! je ne l'ai point oublié, vous aussi, vous aviez votre soif de félécités; vous aussi , vous sentiez dans votre sein un fleuve de vie qui ne demandait qu'à s'épandre; vous aussi , vous rêviez des tendresses ineffables , des bonheurs sans fin, des voluptés sans nom; vous aussi, dans vos songes , vous posiez votre tête sur un cœur tout bridant d'une jeune, d'une éternelle flamme!

— Tais-toi , enfant, tais-toi! s'écria Noëmi épouvantée.

— Ah ! tu ne pensais pas alors que la vorlu

exigeât lant d'efforts! tu ne pensais pas qu'elle lût la réprcssioii de lu u les les nobles fac allés

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que Dieu a mises en nous? La vertu! c'est le monde qui nous l'a faite si rude et si âpre. Dans les intentions de Dieu , la vertu c'est le bonheur.

— Oui, dit madame Yallone, puisque tout bonheur est dans la vertu.

— L'avez-vous trouvé, ma sœur? demanda jMarianna d'un air de triomphe.

— Je l'attends, répondit Noémi d'une voix résignée; on ne moissonne pas avant d'avoir semé. Je souffre, mais je suis pleine de confiance, car il est impossible que Dieu puisse tromper ses créatures.

Marianna secoua la tête d'un air de doute , un sourire amer effleura ses lèvres, elle ne répondit pas. Après un long silence, madame Vallone essaya de nouveau de combattre la résolution de sa sœur, mais vainement, et tous les lieux communs dont peut s'armer la raison en pareille occurence se brisèrent, celte

fois comme toujours, contre la ténacité de la passion. C'était moins la passion que l'orgueil qui semblait dominer Marianna; et certes, il y avait bien quelque noblesse dans cet exil volontaire qu'elle s'infligeait elle-même : car, dans sa douleur, elle s'interdisait tout espoir de retour, sinon vers Tamour, du moins vers l'amant qui l'avait perdue; mais l'impitoyable Noëmi lui disait alors ;

— Pauvre enfant, vous présumez trop de vous-même. Si vous avez succombé dans votre force, comment résisterez-vous dans votre faiblesse? Si nos bras amis n'ont pu prévenir votre chute, comment vous relèverez -vous sans une main qui vous soutienne? Si votre pied a glissé dans le sentier de vos devoirs , comment marchera-l-il d'un pas plus sûr et plus ferme dans le chemin de vos erreurs?

A ces paroles, madame de Belnave baissait le front, mais sa volonté demeurait inflexible,

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