CHAPITRE I
sy, et, lui monlranl la leltrc fatale : — Monsieur, lui dit-il , est-ce vous qui l'avez écrite?
— C'est moi, répliqua George avec fermelé. Ma vie vous appartient : en tout lieu , à toute heure, je la tiens désormais à votre disposition.
— Vous êtes libre de vous retirer, répondit froidement M. de Belnave.
George fit une légère inclination de tête et sortit.
M. de Belnave se rapprocha de sa femme ; ct,s'étant assis auprès d'elle, il lui prit une main dans les siennes, et d'un ton de douloureux reproche : — Marianna, dit-il, vous m'avez trompé!
— Ilestdonc vrai, poursuivit-il tristement, vous m'avez trompé! J'avais mis en vous tant d'aveugle confiance, qu'en cet instant même, si vous protestiez de votre innocence, je douterais de mon malheur. J'avais pour vous tant
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de vénération , vous étiez si bien le Dieu visible de ma destinée, qu'à cette heure encore, il m'est moins facile de croire en moi qu'en vousmême, et, m'interrogeant avec anxiété, je me demande si, par quelque faute que j'ignore, je n'ai pas méritéde voir votreamour se retirer de moi et chercher une autre tendresse. Dites? sans le vouloir, me serais-je montré l'ennemi de votre bonheur? Parlez j à mon insu, aurais-je été pour vous un maître jaloux et sévère? J'ai peut-être opprimé votre jeunesse ; peut-être ai-je été dur, égoïste et méchant ? Je ne sais 5 mais accusez-moi , car je voudrais me trouver coupable, afin de pouvoir vous absoudre; je ne sais, mais il faut bien que je sois coupable en effet, puisque, hélas! vous m'avez trompé !
Marianna avait compté sur de violentes récriminations •, son orgueil s'était raidi d'avance pour résister à la tempête. Elle n'eût point
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fl«)cliisous IccouiTOuxclu niailro ; clloso trouva sans force devant la douleur de son cpouv. C'était de ces âmes à la fois superbes el tendres qu'aucune rigueur ne saurait donipicr, mais qu'amollit aisément une larme : de cire pour fondre et d'acier pour ployer.
— Tuez-moi , monsieur, tuez-moi ! s'écrial-elle en se frappant la poitrine.
— Et je vous aimais bien, pourtant ! continua M. de Belnave. Il me semble que je vous aimais bien ! Orgueil de ma vie, joie de ma maison, votre présence égayait mes ennuis; votre sourire me délassait de mes travaux. Le jour qui vous vit entrer sous mon toit restait un jour béni entre tous. Épouse de mon cœur, vous m'étiez aussi une lille chérie, une sœur adorée. Tout me plaisait en vous; je subissais en touteschosesTinduencede votregrâce, etje me disais que c'était entre nous une affection sérieuse et profonde, et que nous vivrions
ainsi , et que nous vieillirions de h soi le: vous, le charme de mes jours, moi l'appui de votre faiblesse. J'étais si fier de vous prolrgor! si fier de vous penser heureuse! Je vous remerciais de mon bonheur, mais je vous bénissais du vôtre. A vous aussi, Marianna, ne semble-t-ilpasquejevous aimais bien? Dites-moi donc, comment j'ai mérité le coup dont je saigne à cette heure; car il faut bien queje sois coupable, puisqu'enfin vous m'avez trompé.
Marianna s'était laissé tomber aux pieds de ]\I. de Belnave; et, la tète cachée entre les genoux de son époux, elle versait d'abondantes larmes.
— Tuez-moi! tuez-moi! répétait-elle d'une voix déchirante; tuez-moi avant queje meure de honte à vos pieds !
M. de Belnave la regardait en silence, et n'osait plus interroger tant de remords et de désespoir.
CHAPITRIi IX. 2i5
— Marianna! dit-il enfin après une longue liésitalion— et les tortures de son cœur se peignirent sur son visage — Marianna , tout est-il fini entre nous? tout est-il perdu sans retour? si nous nous sommes fait du mal l'un à l'autre, ce mal est-il irréparable? ne restcl-il plus de place au pardon?
L'infortunée ne répondit que par des sanglots- Alors, inspirée de Dieu, madame \ alto ne se leva :
— 0 mon frère! ô ma sœur! dit-elle en les enlaçantdeses bras, en les réunissant tousdeux dans une même étreinte ; non , tout n'est pas perdu, tout peut se réparer. Vois, ma sœur, vois comme il t'aimait! Vois que de biens tuas méconnus! Ces biens,dont tu n'as passu jouir, l'avenir te les réserve encore: n'est-il pas vrai monfrère? Car,voyez : nous partions, nous retournions à vous; déjà nous étions plus loin de nos erreurs que nous ne l'avions jamais été de
nos devoirs. Nous partions pour aller retrouver près de vous l'eslime de nous-mêmes et la sérénité de noire âme. Nous renoncions [)our jamais à nos égaremens .quand vous avez paru, c*élaitentreeuxetnous une rupture élernelie. Nous vous rapportions un cœur épuré par le sacrifice ; nous vous revenions éprouvées et meilleures. Non , tout n'est pas perdu : notre repentir a dépassé nos fautes; nos remords vous ont assez vengé, et vous pouvez pardonner, mon frère
Et en parlant ainsi, elle s'agenouilla près de sa sœur, et lui passant son bras autour du col, elle sembla s'offrir avec elle en pardon. M. de Belnave pressa de ses mains ces detiv tètes charmantes , et un pâle la^ en du joie éclaira son triste visage.
— Nous sommes à vos genoux , poursuivit Noëmi, mais dignes'J encore de reposer sur votre cœur. Ah î si vous saviez par combien