CHAPITRE IX
tic larmes nous avons racheté nos erreurs, vous penseriez vous-même que nos yeux ont assez pleuré. Si vous pouviez savoir que de regrets mêlés d'amour nous vous rapportions à BlanCort, vous-même jugeriez avec qucl([ue indulgence un entraînement passager qui n'a détourné notre tendresse de la vôtrequepour l'y rattacher bientôt par un nœud plus étroit et plus sûr. Maintenant, nous sommes bien à vous, oh! bien à vous, ami! L'orage nous a faites amantes du repos. Averties assez tôt pour pouvoir rentrer au port , nous y rentrons, à jamais guéries des folles ambitions et des folies chimères, ramenées à vous par l'impulsion de notre cœur, plus encore que par le cri de notre conscience; car, vous le savez bien, c'est vous que nous aimons, c'est vous que nous voulons toujours aimer, mon frère.
M. de Belnave serra silencieusement les
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doigts (le No("ini, et posant une main sur les cheveux de Marianiia :
— Et vous, demanda-t-il , et vous, ne direz-\ous rien qui me rassure , rien qui puisse apporter quelque soulagement à celle âme (jue vous avez si profondément blessée?
— Ah ! s'écria-t-elle avec désespoir, je suis une malheureuse, indigne de votre pitié. Que voulez-vous que je vous dise?
— Marianna, reprit-il, je ne demande qu'à vous pardonner; mes bras peuvent s'ouvrir encore avec joie pour vous recevoir. Dites, ah ! dites-moi que le senlimcnl de vos devoirs n'était pas le seul qui vous ramenât à Blanfort, dites que toute tendresse pour moi n'est pas éteinte en vous etque vous reveniez moins vers un maître redouté que vers l'époux de votre cœur. Dites, Marianna, et quand j'aurai pardonné, ce sera votre tour peut-être.
-— Jamais, monsieur, jamais! s'écria-t-e|Ie :
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il n'est pas un jour do noire union qui no cric contre moi , pns un soûl (jui se lève pour vous accuser et pour m'aljsoudrc. Moi, vous pardonner! Je suis à vos pieds, quej 'embrasse. — La souiïrance est féconde en cnscigncmens, poursuivit M. de Bcinave en secouant tristement la tête; on apprend vite et beaucoup à l'ccolc de la douleur. Vous m'avez fait bien du mal, mais j'étais coupable avant vous. Oui, Marianna, oui coupable en effet, et ma place serait à vos genoux , si vous ne vous étiez si cruellement vengée vous-même. J'ai négligé à mon insu le soin de votre bonheur. Mon amour a été sans charmes; je vous ai fait une vie sans plaisirs. Hélas! je vous croyais heureuse! Vous souffriez et je ne voyais rien! Je vous aimais tant que Je ne songeais pas à vous exprimer mon amour : j'étais si sûr du vôtre que je n'imaginais pas avoir besoin d'aucun effort pour l'cnlretepir et le con-
server. Insensé que j'étais! Vous avez bien souirerl, n'csl-ccpas, pauvre enfant? Vous avez compic bien des heures de tristesse et d'ennui? Vous nous avez caché bien dcslarmcs?
— Oui! murmura-t-elle d'une voix étouffée, oui, ojii, répéta- t-elle, — oui, monsieur, bien deslarmes! Insenséequej'étais moi-même! Car enfin j'étais bien heureuse.
— Heureuse, non! Il est des malheurs qui, pareils à la foudre, nous frappent et en môme temps nous éclairent. Heureuse! Je sais bien à cette heure que vous ne l'étiez pas. J'ai fail sur le passé un retour impitoyable; j'ai médité sérieusement sur notre position; je l'ai envisagée sous toutes ses faces, dans le présent et dans l'avenir. Ne nous le dissimulons pas, cette position csl affreuse. Nos blessures ne se fermeront pas en un jour : le pardon est aisé, l'oubli est moins facile. Mais ne pleurez pas ainsi; trop de désespoir vous calomnie-