‹ Marianna (volume 3)Chapitre 27 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mit, et (Vaillcurs, le remords, raltcndrisscmenl el les larmes ne nous seront d'aucun secours dans l'œuvre que je suis venu vous proposer. Cette œuvre sera rude : vous sentez-vous le courage de l'entreprendre et de l'accomplir?

— Je ne reculerai devant aucune expiation, répondit humblement Marianna qui, pour la première fois peut-être, se sentit dominée par la parole de son mari.

Au reste, M. de Belnave était beau en parlant de la sorte; il eût été difficile de n'être point frappé de la noble tristesse de son mainlien et de la dignité de son langage. Sa voix était lente et grave, et sur ses traits resplendissait je ne sais quel caractère de grandeur, auréole que la douleur (ait rayonner au front de ses élus, il n'est point rare de rencontrer de pareilles natures, qui, assez vulgaires dans le commerce habituel de la vie, se transfor-

menl par la souffrance, et dcploienl dans les crises imprévues des qualités qu'on était loin de leur supposer et dont elles n'avaient peutêtre pas conscience elles-mêmes.

— Je vous l'ai dit , continua M. de Belnave, ce sera une rude lâche. C'est une vie nouvelle à édifier sur les ruines d'un passé douloureux. C'est un nouvel essai de bonheur à tenter avec l'expérience d'un premier bonheur évanoui. Long-temps la foi trahie se plaindra dans mon cœur : des années s'écouleront peut-être avant que la paix soit rentrée dans votre âme. Nous aurons bien des jours mêles de doute et de contrainte. Nous aurons à souffrir, vous dans votre orgueil, moi dans ma confiance. J'aurai beau pardonner, vous douterez souvent de la sincérité de mon pardon; vous aurez beau revenir à m' aimer, souvent je douterai du retour de votre tendresse. Vous vous effraierez de mes souvenirs;

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moi, je m'alarmcrai des vôtres. Encore une fois, vous senlez-vous le courage de subir ces dures ('prcaves pour tendre avec moi, d'un commun effort, vers le but de notre destinée?

— Je suis prèle à tout, répondit Marianna ; j'irai où vous voudrez me conduire.

— Nous irons ensemble et nous aidant l'un l'autre, répondit M. de Belnave.

— Et vous arriverez au bonheur, ajouta Noëmi; et ce bonheur vous sera d'autant plus cher que vous l'aurez acheté par plus d'efibrts et de sacrifices. Ah! croyez-moi, la destinée vous garde encore de beaux jours. Mon frère, Marianna, ayez foi dans l'avenir, nous serons heureux encore! Eprouvée par la douleur, votre union aura quelque chose de plus saint et de plus auguste. Votre tâche est pénible, sans doute, mais en prévoir les difficultés et ne point reculer devant elles, c'est déjà l'avoir accomplie. Yous l'accomplirez, c'est mon

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cœur qui me le dit. Quelque dures que soient les épreuves qui vous sont réservées, vous en triompliercz, ayez Jjonne espérance. Vous arriverez à l'espoir, à la confiance et à la joie, par l'échange de vos découragemens , de vos doutes et de vos tristesses. Vous, mon frère, vous porterez le fardeau de Marianna; loi, ma sœur, celui de ton époux. Et moi, je serai près de vous pour vous encourager, au besoin pour vous soutenir.

— C'est ainsi que j'entends mes devoirs , (lit M. de Belnave; vous, Marianna, comprenez-vous ainsi les vôtres?

— Je comprends vos devoirs comme des dévoûmens sublimes, les miens comme de trop justes expiations : j'accepte les uns et les autres, répondit- elle avec dignité.

— Ilelevez-vous donc, dit M. de Belnave en lui tendant la mainj tant qu'une autre image que la mienne pourra se placer entre

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vous cl moi , je n'oserai pas vous appeler sur mon cœur.

— Monsieur, dit Marianna, sans se relever el en baissant la tète, il ne m'appartient pas de vous imposer des conditions; oserai-je cependant implorer de vous une dernière grâce, sans laquelle toutes les autres ne seraient rien?

— Je vous écoute, répondit-il ; j'ai tant de foi en votre honneur, que je ne sais rien, môme à cette heure, que je puisse vous refuser.

Klle rougit, hésita long-temps, puis, faisant un pénible effort sur elle- môme :

— Monsieur, promotlez-moi , dit-elle, de ne jamais vous rencontrer avec le complice de mon égarement. Promettez-moi , comme je vous le promets, de ne jamais le chercher. S'il vous tuait , je me tuerais; si vous lo tuiez, je ne vous verrais de ma vie.

SfiO MARIANNA.

La figure de M. de Belnavc s'assombril et il demeura long-lemps silencieux.

— Vous n'avez pas à vous venger, mon i'rère, dit Noëmi d'une voix timide et suppliante.

— Je vous le promets, dit-il enfin, je vous le jure. Et maintenant relevez-vous, car dès à présent noire tache commence et votre place n'est plus à mes genoux.

Il lui lendit de nouveau la main. Elle la prit, la baisa , et, comme elle restait dans la mêmeallilude, M. de Belnave la souleva, cl, sans le vouloir, en se relevant, Marianna se trouva entre les bras de son époux. S'en arrachant aussilôt avec honle, elle y poussa doucement Noëmi.

Ainsi se passa cette scène : grave, sérieuse, sans vaines récriminations, sans atlendrissemcnt puéril. Madame Yaltone couvrit Marianna du voile de son innocence. Elle étouffa

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