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à Ilo^^c ! à Clarisse! au l>ravc tics bra^ves! à la belle des belles ! Le vin d'Aï pélillait, les bouchons canonnaienl le plafond el bondissaient dans lasalle. Puis, on but à la gloire des armées françaises, à l'afiranchisscnient de la Pologne, à l'émancipation du monde. On but aussi à Napoléon. — Puissent les cendres du grand homme reposer un jour sous la colonne! s'écria le capitaine Gérard en noyant une larme dans son verre. — Le bon M. Vallone trépignait d'enthousiasme; il y avait si long-temps qu'il n'avait assisté à pareille fêle! Celui qui serait venu lui parler des forges de îUanfort l'aurait surpris d'une façon étrange. 11 avait complètement oublié Blanfort et les forges et sa femme. 11 n'avait pas oublié Bussy cependant, mais ce n'était plus qu'une p(;nsée confuse qui lui apparaissait dans les vapeurs du vin, comme un réverbère h travors le brouillard. Au dessert, les convives devinrent
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plus gais et plus expansifs. On servit le cafc, les liqueurs et les cigarres; nos deux braves s'étendirent sur un divan de forme circulaire, et là, au milieu d'un nuage de fumée, pareils aux héros d'Ossian, ils se mirent à chanter leurs prouesses. Ils passèrent en revue leurs amours et leurs duels, leurs duels surtout; 3'aime à croire, pour le repos de leur consscience, que, de tous les gens qu'ils exterminèrent ce soir-là, il en est plus d'un qui se portent bien à cette heure.
Ces mœurs querelleuses , ces habitudes fanfarones, qui ne sont plus aujourd'hui celles de l'armée , étaient fort à la mode durant les premières années de la Restauration, époque à laquelle M. Valtone avait abandonné le service. Lesofficiers, qui avaient traversé l'Empire ou seulement assisté au déclin de cette période militaire, durent s'acclimater difficilement dans le repos. Du tumulte des camps
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aux loisirs de la. paix la transition avait été trop brusque. Pour ces hommes élevés au milieu des ciiances de la guerre, amoureux des dangers , qui avaient eu long-temps l'Europe entière pour garnison , ce dut être d'abord une horrible existence que celle qui les condamnait à parader sur les places publiques, à fumer dans les estaminets, et à traîner sur le pavé de nos villes leurs sabres désœuvrés. Aussi les vit-on chercher, dans des luttes individuelles , les émotions qu'ils ne trouvaient plus sur les champs de bataille. Ajoutez à cela que ces aimables conquérans avaient rapporté de leurs campagnes certaines façons d'agir, hautaines et dominatrices, qui ne plaisaient pas à tout le monde et qui trouvèrent dans la jeunesse une opposition vigoureuse. Limoges, Poitiers et d'autres cités, gardent encore un douloureux souvenir des rixes fréquentes qui les ensanglantèrent, pen-
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danl ces temps de lenle fusion cnlrc le civil et le militaire. Aujourd'hui , tout est bien changé, seulement il reste par-ci par-là quelques grognards, comme le capitaine Gérard et M. \ altone , qui regrettent le temps passé. M. Valtone raconta l'histoire du dragon embroché, cette fameuse histoire queNoëmi avait refusé d'entendre. 11 en raconta bien d'autres ! De son côté, le capitaine était prompt à la riposte et ne restait pas en arrière. Rien n'était plus touchant que de les voir déterrer leurs morts et s'en faire réciproquement honneur. Comme il arrive nécessairement dans toute conversation de ce genre, nos deux compagnons renchérissaient à l'envi l'un sur l'autre. Toutefois , il arriva un instant où M. Yaltone, ayant vidé le sac de sa mémoire, — de son imagination peut-être — force lui fut de brûler silencieusement son cigarrc et d'écouter i'anai Gérard qui n'était
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pas au bout de sou rôle. L'ami Gérard , en honiiue habile, avait gardé ses plus belles histoires pour la fin, si belles en véritéi, cfue l'ami Valtone, en les écoutant , ne put réprimer un sentiment de jalousie, d'autant plus \if, que l'ami Gérard assaisonnait son discours de plaisanteries excessivement spirituelles sur les bourgeois, qu'il appelait des pékins. Car il enétait encore là, l'ami Gérard ! 11 professait un profond mépris pour tout ce qui n'était pas militaire , et n'imaginait pas que le courage et l'honneur pussent être indépendans de l'uniforme. Ces récits exaltaient l'ardeur de M. Yaltone , en même temps qu'ils le piquaient à l'endroit de son amour-propre. Par instans, il était le jouet d'hallucinations étranges. Comme au festin de Balthazar, il croyait voir sur les murs de la salle une mainmystérieuse, reproduisant en caractères giganlcs(iucs] les railleries auxquelles il avait
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servi de but dans la lettre de George. H lui semblait entendre Bussy lui-même qui lui ricanait aux oreilles. Le hasard voulut (juc, parmi les nombreuses épopées du capitaine, il s'en trouvât une si frappante d'analogie avec la position où se trouvait M. Valtonc, que celui-ci put la prendre aisément pour un apologue. Voici l'histoire en deux mots. — C'était à Poitiers. Le capitaine Gérard avait pour son colonel une amitié qu'il poussait jusqu'au fanatisme. Ce colonel était vieux et laid , sa femme était jeune et belle. Le prestige de l'uniforme commençait à s'évanouir, et, pour être admis dans le cœur de la beauté, l'épaulette et le shako n'étaient déjà plus de rigueur. La femme du colonel se laissait courtiser par un jeune homme de la ville. Nous en étions à la réaction do In fogo contre répéc. L'époux était sans délîance , mais le diable de capitaine veillait sur l'épouse avec la sollicitude du chien
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qui garde la porte de son maître. H ne tarda pas à découvrir la liaison des deux amans.
— Oui, Valtone, oui, mille tonnerres ! s'éj cria-t-il, en jetant avec indignation le bout de son cigarre. Ils s'adoraient, les traîtres! Celte femme aimait un pékin; la femme de mon colonel! Et quel colonel! Tu l'as connu, Valtone : un colonel de la grande armée, une vieille moustache blanche; un homme perclus de rhumatismes, souvenirs glorieux de la Russie! un guerrier crible de blessures! un pied gelé au passage de la Bérésina! cinq coup de sabre sur le crâne, trois décorations sur la poitrine! un vieux brave, un vieux lapin ! Eh bien ! sa femme le trahissait! Pour qui? Pour un mirliflor de vingt ans! Pour un beau^fils ii h taille de guêpe, au visage rose, aux mains blanches et parfumées!
"■— Le beau sexe est volage, dit M. Valtone, fet plein de contradictions de ce genre. '"'^^
— C'est possible; tu dois savoir cela mieux que moi, puisque lu es marié. Je doutais encore du malheur de mon colonel, quand le hasaid fit tomber entre mes mains une lettre du muscadin à la belle. Avant de l'ouvrir, mon premier mouvement fut de remettre le poulet au mari. Mais le rôle de délateur n'est pas le iait du soldat français. Mon second mouvement fut d'aller trouver l'amant et de lui passer mon sabre au travers du corps. Mais de quel droit et à quel titre?
— Oui, répéta M. Valtone, de quel droit et à quel titre?
— Je ne sais quel démon me poussant, j'ouvris la lettre et je la lus. Quel style! Valtone, quel style! Des niaiseries, des fadaises, comme n'en écrirait pas le trompette du régiment. Je dois convenir pourtant que le gaillard mettait assez bien l'orthographe. Je bâillais à la quatrième ligne et j>allais dormir à la huitième,
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lorsqu'au milieu des ange dénies rêves, âme sœur de mon dme, rosée du cieU soleil de mes jourSj étoile de mes nuits, et autres fariboles, j'aperçus le nom du capitaine Gérard . Tu comprends que j'eus la fantaisie de savoir ce que je faisais en si belle compagnie.
— Oui , sans doute, s'écria M. Valtone, vivement intéressé, que diable faisais-tu là?
— Mon cher, reprit le capitaine après avoir lampe un verre de rhum, j'étais là comme la crème fouettée après le rôti , comme le vin de Champagne au dessert, comme la petite pièce après la grande. On s'amusait à mes dépens; on se raillait de ma vigilance. On avait cru jusqu'alors que Cerbère gardait les enfers et non les Champs-Él^'sées.Tu comprends, Valtone? Une allégorie : les Champs-Elysées, c'était-elle; Cerbère, c'était ton serviteur. J'étais aussi le dragon qui veillait à la porte du jardin des liespérides. Quelle bévue! moi qui
n'ai jamais servi ({ue dans les hussards!
— Au fait! dit M. Yaltone, au fait!
— A (}uoi bon! Je pouvais venger d'un seul coupTIionneurdemon colonel et le mien. Puis- (jue me voici, le reste se devine.
— Tu t'es battu! s'écria M. Valtone.
— Comment, si je me suis battu ! Le grand saint Georges, qui ne détestait ni les coups d'épée ni les calembourgs, a dit : — Ne manquons point ceux qui nous manquent.
— Tu t'es battu! répéta M. Yaltone d'un air préoccupé.
— Ah! ça Valtone, qu'est-ce à dire? astu laissé la raison au fond de ton verre, ou , depuis que tu fabriques du fer, ne saîs-lu plus t'en servir! Si je me suis battu , mille diables ! Un blanc-bec qui volait l'épouse de mon ami, et qui, par-dessus le marché, me mettait de planton devant la grille du jardin des llespérides ! Un drôle qui m'appelait Cer-