‹ Marianna (volume 3)Chapitre 35 sur 37 · CHAPITRE xiii. 3B · texte numérisé non relu

CHAPITRE xiii. 3B

— En vérité! s'écria Ilcniy, si vous aviez la barbe blanche de Mcnlor , je me prendrais pour Télémaquc. Poursuivez, éloquent vieillard: la sagesse parle par votre bouche.

— Je crois que lu te moques de moi? dit Bussy : parlons sérieusement. Depuis six mois lu ne fais rien. Cependant, il serait prudent de songer à ton avenir. Celte année est la dernière de ton séjour à Paris...

— Pourquoi donc la dernière? interrompit brusquement le jeune homme.

— Il me semble, reprit George, que ton Droit s'achève cette année.

— Eh bien ! demanda Henry.

— Eh bien ! ton droit achevé , lu retourneras au pays. Ne m'as-tu pas dit vingt fois que ton père le destinait l'élude de maître Planet , et, dernièrement encore, qu'il ne t'avait envoyé à Paris que sous la condition expresse que lu reviendrais, au bout de trois ans, cul-

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liver !a procédure dans l'étude du maître, en attendant le jour où lu pourrais le remplacer?

— Dans un an, je serai majeur , dit Henry avec assurance , et d'un air presque mutin.

— Oui , tu auras l'âge de raison , répliqua Bussy, et tu en profiteras pour faire une sottise. Mais je connais ton père; le cher homme ne consentira pas à t'entrenir plus long-temps à Paris. Il te coupera les \ivres et te prendra par la famine.

— Et la fortune de ma mère ?

— Ta mère était pauvre comme la mienne.

— Eh mes bras? et mon cœur ? et ma tète? N'est-ce donc rien que tout cela? Je travaillerai; je ferai comme tant d'autres qui ont soulfert et combattu, et qui n'ont pas succombé dans la lutte. Allez , j'ai bon courage! Pensez-vous que la misère m'clfraie? Mieux vaut vivre ici misérable que d'aller s'enterrer là-bas, dans l'antre de la chicane.

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Que l'année s'achève , je ne partirai pas.

— Tu n'as pas toujours parle ainsi, dit George. Je t'ai connu plus modeste dans tes ambitions, plus docile à la volonté paternelle D'où te vient celte sainte horreur de la pro- \incc , ce violent amour de la capitale ? Te voilà bien changé, Henry !

— C'est possible, répondit le jeune homme en rougissant. Mais vous-même , Bussy, vous ne m'avez pas toujours tenu ce langage! Que de fois ne vous ai-jc pas vu sourire, lorsque je vous entretenais de l'avenir que me réservait mon père!

— Ecoute, Henry ! dit George en élevanct la voix cl d'un ton solennel : Ta mère, qui fut aussi la mienne, la sainte mère, au lit de mort, me confia le soiu de ta destinée. Je n'étais alors qu'un enfant; mais je n'ai pas oublié ses paroles. Quand je paraîtrai devant elle, j'aurai à lui rendre compte du dépôt

qu'en mourant elle m'a donné à garder. C'est donc en même temps de ton bonlicur et du mien qu'il s'agit à cette heure. Le parti que lu prendrais contre toi-même, tu le prendrais aussi contre moi. Nous sommes responsables l'un de l'autre. Eh bien! si tu m'aimes, tu renonceras aux folles idées qui te perdraient, tu reviendras à des intentions plus sages. En persistant dans ta funeste résolution , tu me laisserais le remords éternel d'avoir poussé pour loi l'indulgence jusqu'à la faiblesse. Tu ne voudras pas me faire repentir de l'avoir trop aimé, Henry !

— Mais, George, s'écria celui-ci, vous savez bien vous-même que le bonheur ne m'attend point là-bas!

— Je sais que le malheur est ici qui t'attend. Ah! tu ne les connais pas, ces luttes que défie ton ardeur! tu revêts la misère d'imaginations poétiques, et tu t'écries avec cnthou-

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