‹ Marianna (volume 3)Chapitre 8 sur 37 · I. S'"^ (?dit · texte numérisé non relu

I. S'"^ (?dit

belles jeunesse denosdépartenienls venir s'étioler et mourir dans l'almosphère de la capitale, qu'il se félicitait, pour cet enfant, de la condition bornée qui lui promettait du moins le repos dans l'obscurité. Dos années s'étaient écoulées, et George avait fini par ne plus savoir si Henry Felquères existait encore, lorsque, par une matinée de novembre, comme il était à peine éveillé, il vit entrer dans sa chambre un jeune homme qui s'avança vers lui d'un air brusq^ue et timide à la fois, et qui lui dit d'une voix douce :

— - Je suis Henry Felcjut^res : ne me reconnaissez-vous pas.'

- George lui ouvrit ses bras , et ils .s'embrassèrent avec effusion.

— Comme te voilà grand cl beau! dit Bussy , en le regardant avec attendrissement; cav il se sentait remué par mille toucbans souvenirs. Il l'avait quitté presque enfant, et

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Il le retrouvait paré de tous les charmes de la jeunesse. Henry n'était point beau, quoique George en eût dit; mais il y avait en lui une telle aristocratie de gestes , de maintien et de langage, tant de grâces innées et tant d'instinctive élégance, qu'il eût été difficile d'imaginer que c'était là un collégien libéré, débarqué à Paris pour la première fois. Sa taille était souple et flexible comme la taille d'une femme; sescheveux blonds cendrés tombaient négligemment sur son front sans en voiler l'éclatante pureté; ses yeux étaient bleus, et il s'en échappait le l'cgard de sa mère, ce regard si triste, si doux et si limpide, que George avait tant de fois rencontré , comme une étoile bienveillante, au-dessus de son berceau! Quand même Henry ne se fût pas nommé, Bussy l'aurait reconnu infailliblement à son regard aussi bien qu'à sa voix , à cette voix «louée et caressante qu'il tenait aussi de sa

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mèro, ol qui réveilla dans le cœur i\o Ceovç^o. loulcs les mélodies de son enfanee. Il le lit asseoir près de lui, et ils eausùrenl des jours passés; puis Henry raconta les espérances qui Tavaient conduit à Paris. Voué au barreau . parla volonté paternelle, ilétaitundeces mille jeunes gens que l'éducation et l'orgueil des parens poussent hors de la condition où ils sont nés. 11 arrivait pauvre, mais riche de toutes les ardeurs , de toutes les illusions de son Age. George ne put s'empêcher de sourire en .songeant (jue tout cet enthousiasme devait aboutir à quel(}ues maigres plaidoyers de province sur une haie vive ou sur un mur mitoyen. Mais lui, Henry, que savait-il de l'avenir? H lui semblait qu'en trois ans il allait conquérir le monde.

L'heure était venue pour Bussy de mettre à l'œuvre les sentimens de reconnaissance qu'il avait voués ù la mémoire de la femme

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suitiloqui l'avait élevé, de s'acquiller envers le lils des bienfaits de la mère. II accepta d'abord Henry comme un devoir et ne larda pas à se prendre pour lui d'une tendresse véritable; mais il était tropjeune lui-môme pour (juc cette affection fût assez grave et assez austère. Henry était une nature tendre et poéti({ue : il y avait en lui beaucoup des séductions de la femme, quelque chose de frôle cl de gracieux qui invitait la protection, et, par-dessus toutes choses, une lïeur de jeunesse qui l'entourait comme d'une atmosphère sympathique. George eut pour lui tout l'orgueil, toutes les puériles vanités de l'amour. Au lieu de le laisser épanouir dans l'ombre, il l'exposa aux feux du grand jour. Oubliant qu'Henry n'était plus un enfant, (pi'il n'était pas encore un homme, il fit de lui le compagnon , le confident , le témoin de sa vie toute entière, et c'est ainsi ((u'à dix-

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neuf ans, ce jeune homme so trouva mêlé au drame donl j'ai conté le dénoùraent.

L'élude des passions observées sur le vif est funeste aux jeunes cœurs : elle les remplit d'agitations et de dévorantes ardeurs et ne leur est profitable en enseignemens d'aucun genre : car la présomptueuse jeuucsse désigne toujours à ses triomphes la place où ses devanciers ont succombé. Henry suivit pas à pas toutes les phases de la liaison de ses deux amis, retlet brillant ou sombre de leurs bons ou de leurs mauvais jours. Mais bientôt, à son insu, son âme se troubla ; il perdit l'égalité de son caractère, et la limpidité de son regard s'altéra. Il recherchait la solitude, fuyait George el Marianna, et nourrissait contre le premier je ne sais quelle irascible humeur qu'il ne s'expliquait pas à lui-même. George et Marianna remarquèrent à peine ces bizarreries; d'autres soins les préoccupaient :

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déjà leur cliaîno était lourde à porter. Henry assistai l'agonie de cet amour; confident du désespoir de Mariaiina , il fut le vast; où tomba goutte à goutte le trop plein des douleurs de

eette infortunée. Sa pitié fut noble et désin-

léressée : s'il eût l'allu son sang pour ranimer la tendresse de George, il eûl donné son sang, et son cœur, et sa vie. Mais quand, le soir, il quittait cette leiiime après l'avoir vue, belle et désolée, sangloter cl pleurer sur ses mains, pourquoi donc allait il, la iiuil, sur les quais déserts, seul , senltut avec une joie sauvage la bise et la pluie qui lui ibuettîrient le visage , et cherchant à dompter, par la laligue du corps, les pensées tumultueuses (pii l'agitaient? Pourquoi d'autres (ois mordait-il son lit avec rage, enviant les trésors que dédaignait Bussy, déplorant tant de biens perdus, heureux et misérable des pleurs qu'il avait vus couler, maudissant George cl le bé-

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nissant, s'accusanl et ignorant son crime, blasphémant le ciel et la terre, et, à chaque crise nouvelle de cet amour expirant, se déchirant la poitrine avec colère, comme pour en arracher un horrible sentiment de joie?

Marianna, qui n'avait jamais vu dans Henry qu'un enfant tendre et gracieux, était bien loin de se douter que les orages qui la brisaient troublaient le repos de ce jeune cœur. Elle pleurait dans son sein, sans songer, l'imprudente, qu'il suiïit qu'une larme tombe sur un lac pur et paisible pour en rider les ondes et en dépolir la surface. Quant à Bussy, il n'avait rien compris : il trouvait tout simple et tout naturel qu'Henry se fit le courtisan de la douleur de Marianna, et môme il lui savait gré de la sollicitude qu'il avait pour elle. Parfois cependant il avait observé avec une vague inquiétude le changement ({ui s'élait opéré dans ce jeune homme, mais sans chercher à

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s'en rendre compte. La nuit des derniers adieux éveilla ses soupçons, le ramena sur les jours écoules et lui expliqua bien des choses qu'il avait laissé passer presque inaperçues. Demeuré seul, la réflexion fortifia ses doutes et les changea presqueen certitude. Sapremièreimpression fut toute d'égoïsmc.

Il comprit que l'affection d'Henry allait lui échapper et il fut jaloux. H avait assez \écu pour savoir qu'entre deux hommes , et des mieux unis et des plus fortement trempés, dont l'un aime la femme que l'autre a possédée , il n'est guère d'amitié possible. Un sentiment de pudeur instinctive leur impose visà-vis l'un de l'autre je ne sais quelle froide contrainte, et quand bien même cette contrainte ne serait pas assez forte pour les diviser, la femme , qui n'a jamais rien à gagner aux confidences du passé, s'arrange toujours de façon à ne point leur laisser de place.

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