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eue des paroles bonnes et tendres. Si elle a besoin d'appui , tu la protégeras } tu seras son
f père et son amh Je le prie ptmr dUyj0rai|ifiée pour toi^ ear tqqs êtes à tous dcM^ loule aia (eiiclresse et toute osa soUicitude^i BfeD q^ue vous ne TOUS connaissiez pas^ je tous don6e Tui^ à Fautre, et il m^est doux de penser que vbus garderez loog^-temp» l'un {>our Tautre iln reOeC de rami qui neTivra plus <|u'(m vous.
Et sans laisser h Henry le lemp$ de répliquer » il lui paftsa son bra& autour du col, et le contemplant avec une inelTable expressidit de tendresse :
— Je taime , lui dit-il d'une voix caressante. Il y a autour de toi un cbarnie^ que je ne saurais exprimer , un parfum* du sot narlafl qui réveille en mon caàur toutes les seiisatîdtifi du jeune âgQ. Parfois , en f examinant ,. il me semble que mon être est dooble : Pun aii amltim de la vie, Tautre au déclin de toutes choses^ d celui-ci, las et découragé, sbarittristemeot/aa premier, rempli d^a^deur et d'espérance« Je me demande souvent si ce n'est pad moi que j aime en toi : j'ai peur d'être égoïste en t'ai*^
mant. Mais comment ne t'aimerais*je pas? Tu ressembles tant à ta mère ! Son reg;ard était doux comme le tien, sa voix douce comme la tienne. Regarde-moi ; Fazur de tes yeux réfléchit les joies de mon passé. Parle-moi ; ta voix est récho des mélodies de mon enfance.
Et il le pressait doucement sur son sein. A les voir tous deux ainsi , Tun dans la fleur de ses grâces natives, adolescent au front virginal, au regard limpide , à la taille mince et flexible, heureux enfant, pour qui Texistence n'avait encore eu que des sourires : Fautre, éprouvé par la douleur, au visage déjà sil* lonné ; on eût dit un jeune bouleau près d'un chêne frappé de la foudre.
On n'a pas oublié , peut-être , que George nourrissait pour Henry une vive affection. Ha* bituellement fraternelle, l'expression de cette amitié était , ce soir-là, passionnée. Ce soir-là , Geopge avait reconquis toute l'énergie de ses facultés. Ce n'était plus l'homme de la veille. Il avait vingt ans , il aimait ; il aimait sans ef-
fort ) comme on aime, à vingt aûs. II y avait en lui un débordement de tendresse qui 1 inondait de toute part. Son aroe 9 long-temps engourdie , frémissait et secouait ses ailes. 11 reprenait à la vie par tous les ndbles sentiraens. Cette vie qu'il avait tant de fois blasphémée , il la bénissait à cette heure. Il surprenait mille secrets de bonheur qu'il avait jusqu'alors ignorés. Il découvrait mille perspectives nouvelles» toutes charmantes, toutes imprévues ; des^oli-^. tudes embaumées, des asiles aimés du delt où des vois^ heureuses remejcciiaient Dieu d'avoir donné à l'homme la verdure, ks fleurs et le so« leil. Près de nous échapper, la vie est si riante et si belle ! Quand il faut mourir, on a toujours vingt ans , et George sentait qu'il allait mou^ rir. N'espérant pas que M. de Belnave s'abusât sur rétendue de son malheur , ne comptant même pas sur la chance des armes pour tromper la justice dii ciel, il était prêt à laver de son sang Thonneur qu'il avait outragé. Il attendait, calme et résigné. Seulement, près de se voiler
àjaitteis ^ t etisiehi^e se parâii peur lui de &es plus riches atours; l*avenir, près de se fermer^ kii léf était lotis ses trésors ; le pas^é iùi reproebait les joies donl il n'avait pas su jouir , et le regrel des jours mal employés se mêlait dans soa cœur ^a pressentiment de sa destinée.
Il se leva /ouvrit une fenêtre ek se prit à re* garder les nuages blancs qui couraient dans le cieL Henry se leva à son tour, et s'appuya Sur répaule de George^
-^ Là-bas , dans notre vallée y sous le coin dé ciel qui nous a vus naître, la soirée doit être belle , dit Bussy d'un air préoccupé*
->*• Oui , répondît le jeune homme. La lune se lève derrière lés grands peupliers ; le rossignol chante dans nos traînes ; la brise s'éveille, le feuillage s'agite ; les concerts de la nuit commencent. C'est l'heure où nous allions tous deux, vous déjà grand, moi encore enfant , probiener dans les prés fleuris. Quand nous avions perdu de vue la flèche du clocher de ia vttle, nous nous couchions dans les hautes
herbes , el là vous m'entreteniez de vos rèveSi de vos espérances et déjà de vos souvenirs. Au tintement A^V Angélus^ nous revenions par le bord de l'eau. Nous marchions lentement , escortés de nos chiens qui .gambadaient au-* tour de nous. D'un côté , la rivière coulait paisiblement sous un tapis de nénuphars; de l'autre , les prairies , baignées d'une blanche vapeiu*, se déroulaient au loin en nappes ar^ gentées. Bientôt, nous apercevions, à^rayers la chevelure bleuâtre des saules , nos deux toits qui nous attendaient y^ et nouç nous disions que le bonheur était là et que c'était là qu'il nous fallait vivre ensemble et mourir, dans ces lieux où reposait la cendre de nos mères.
— Je me souviens qu'un soir, dit, George en souriant^ nous rencoptrâmes un fol essaim de jeunes (illes de la ville. Leurs voix fraiches et joyeuses éclataient en notes perlées dans le silence de la nuit , et nous « blottis dei^rière une haie d'églantiers ^ ojous écou-* tions ce que disaient ces voix charmantes.
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Rappelle-toi leur frayeur de nymphes sur* prises au bain, quand nous nous dressâmes, comme deux fantômes, au-dessus de la haie! Les belles efTarouchées prirent aus« sitôt leur volée comme une compagnie de perdreaux , et nous restâmes , tout ébahis , à suivre du regard leurs robes blanches qui fuyaient à travers la feuillée. Dis-moi donc ce que sont devenues ces compagnes de mon jeune âge, toutes ces blondes et brunes têtes qui me faisaient déjà triste et rêveur?
— Toutes mariées , dit Henry , toutes heureuses. Vous les rencontreriez à cette heure , se promenantsur le bord deTeau, appuyées sur le bras de leurs époux et tenant par la main des enfans beaux comme elles.
-—Oui, dit Bussy avec tristesse, oui, c'est là qu'était le bonheur, là qu'il fallait vivre et mourir. Âh! si le ciel me rendait les jours que j'ai perdus! Si je pouvais revepir sur mes pas et me retrouver au matin du départ, avec l'expérience des sentiers parcourus ! Je ne vous quitterais
pas , domaine où je suis ne ! Ah ! j'ai mal vécu y j'ai mal usé des biens que j'avais re çus en naissant. J'ai vécu dans les coupables amours , dans les vaines agitations. Pourquoi ^ hélas ! pourquoi ? Cur j'étais fait pour les af fections durables , pour les joies de la famillci . pour les chastes et paisibles délices du foyer domestique. J'aurais aimé les longues veillées autour de Tâtre , les causeries du soir , les en . fans jouant à mes pieds ou suspendus au col de leur mère. E)n me faisant un cœur pour ces félicités , le ciel les avait semées autour de mon berceau ; il les avait placées sous ma main , comme une grappe de fruits mûrs« Quel fatal génie m'a poussé hors de ma voie? Pourquoi , sourd à mes instincts et rebelle à mes goûts y ai-je méconnu le but de ma destinée et follement dissipé les dons du créateur? Pourquoi , lorsqu'en m'asseyant sur le seuil de ma porte j'aurais pu trouver le bonheur ^ suisje allé chercher au loin la satiété , l'ennui et le dégoût?
n demeura quelques inslans encore a contempler mélancoliquement le ciel; puis, quittant brusquement le ton de Téfegie, il s^etendit sur lés coussins, et attira Henry à son coté,
— C'est qu'en vérité , s^écria-t-il gaiement , je n^étais pas né lé moins du monde pour être un héros de roman. Les orages du cœur n'étaient pas mon élément , et je ne sais , ma foi ! pas ce que je suis allé faire dans cette maudite galère. Quel démon m'a poussé? Je l'ignore. Si j'aVais obéi à ma nature , je serais à cette heure bon père et bon époux ; j'aimerais ma femme, je prendrais plaisir a voir grandir mes enfans , je planterais des peupliers , je visiterais mes métairies, et je chasserais lé renard. Pétais né pour cette vieJa ! Et au bout du compte , Henry , nous sommés jeunes ; iï est temps encore de réaliser les rêves de notre enfance. Partons, fuyons Paris. Allons revoir les prés fleuris , allons vivre dans noti'e village. Qu'es-tu venu faire ici, mon pauvre enfant? Tu ne sais pas les désenchantemens qui t^at-
tendent. ÎPartons ! J'aî conservé là-bas quelques débris de ma fortune. Viens , nous avons detanl nous un long avenir dTi^urcQX jours. Ndos nous marierons , Henry : nous aurons de bonnes petites femmes qui égaieront notre mé« Bage y de joyeux petits drôles qui nous grimperont aux jambes. Nous aurons des chevaux, des chiens, des fusils, des cigarres. Nous boirons avec nos métayers , nous danserons avec leurs filles ; nous parlerons politique avec le garde champêtre. Je serai maire de la commune , tu seras mon adjoint et nous ferons des Rosières. Voyons, tout cela ne t'agrée-t-îl pas?
Un sourire efSéura les lèvres du jeune homme.
-i- Tu ne sais pas , poursuivit George , ce que Paris te réserve de douloureux et d'amer. Crois-en ma vieille expérience. A Theure du départ, nous avons tous la prétention d'échapper à la loi commune et de frayer de^ routes nouvelles ; mais, à peine au milieu de
la course 9 nous reconnaissons, hélas! que nous cheminons dans Tornière. Viens; là*bas, du moins , nous marcherons sur Therbe de nos prés et sur la mousse de nos bois. Ici y que ferais-tu? Ton droit achevé, iras-tu grossir la tourbe des médiocrités bavardes qui étourdissent la province? Non; tu resteras sur le grand théâtre. Tu voudras tenter Famour, la fortune et la gloire. £h bien! tu te perdras , Henry , tu te perdras ! Ah !, viens , enfant, partons. La gloire est menteuse, la fortune ne rachète pas les illusions; il n^est point d'éternelles amours. Tu verras quelle bonne vie nous mènerons dans notre chère vallée et comme nos jours couleront dans une p^ix charmante!
—La gloire me sourit peu, dit le jeune homme, la fortune encore moins, et Tamour est partout. Le voulez-vous? partons.
— - Tu consens 1 s'écria George avec transport. Tu consens * nous partons! Ah! je sens que je vab reverdir avec nos bois , au premier
souffle du printemps. Je sens germer eu moi une seconde jeunesse, toute prête à s^épanouir au soleil qui chauffa mon berceau!
Gomme il disait, un coup sec retentit à la porte. Henry pâlît, George se leva. M. Valtone et le capitaine Gérard entrèrent. Il y eut un instant de silence et d'hésitation , durant lequel ces quatre personnages s'examinèrent mutuellement.
•—Messieurs, dit enfin Bussy, veuillez vous asseoir. Personne n'est ici de trop , vous pou*^ Tez parler sans crainte.
—* Monsieur, dit M. Yaltone, je serai Ikref. On m'a communiqué une lettre de vous; dans cette lettre, je me trouve insulté. Vous êtes trop galant homme pour ne pas m'en faire raison. Mous nous bat-> trons demain matin , à cinq heures , au bois de Yincennes. Je vous laisse le choix des armes.
•~ Monsieur ^ répondit Bussy , vous seul êtes juge de votre propre honneur* D^ailleurs^
il n/âst paç^ dan^ mes b^Hudes de i^c&isçr réfNE^raitipfl^ 9 Vhoïnme^ de oc^^r qinî «ve la demande. PermqUez,. toutefois , (|ue jiV jpip*!^ BOire re^coiUre. Une persoia#e que TOUS eonDaiase;;^ a sui? ^ous droit de prioritié.; cetl^ peFsoDiiie satistaile, croyiez^ Hioi^i^ur^, ijue Je serai lout ik rotse àia^^ilioxïé
— Mille toncierresl voilà qui est parler! s<^ cria le capitaine Gérard. Si vous aviez ici 4^9 djg^rres et du v\mm , nous pourrions^ aichever agréableoient la soirée.
George offrit au capitalsue un ppiM*<€Îf aère d^uoe rare él^pce; celui -*ci Toitvpii et ea^ tira iipe.dgarette mince et fiLoelte coffin^e un;briA de clM»ija«. Après raywr ^EaœinM a vee oa ;)ic de mépris mêlé de (Curiosité» illa>flt âédB» gneusement rentrer daosrson. étuidepaitte dû MaoiUe.
— Monsieur^ répli<|u^ Mu Valipiifii^ tout ajournement est inutile. La personne que-notm cgnnaissoDs ne se battra pas ; je vous eH' dxuine ma parole»
. — Vous m'assurez, dit Çussy, . que je puis jouer ma vie, sans risquer de frustrer une ven^ gcance inscrite avant la vôtre?
— Très-bien! s écria le capitaine Gérard,
d'un Ion d'approbation paternelle.
— Je vous le jure, répondit M. Valtone.
— Songez, monsieur, que s'il en était autrement, nous disposerions Pun et Tautre d'un bien qui ne nous appartiendrait pas.
— Bravo! s'écria le capitaine.
-— Monsieur, je vous ai donné ma parole, dit froidement M« Valtone en .appuyant sur chaque mot.
-—Demain donc, monsieur, à cinq heures du matin, au bois de Yincennes. Il sera fait ainsi que vous le désirez.
— Vos armes ?
— Seront les vôtres.
L9 -^ ' epee.
-^ C^cst entendu*
Mi Valtone et son compagoon se levé?
rent.
4*^ Monsieur, dît celui-ci en s^adressant à George , je tous tiens pour un brave , et si vous êtes tué, vous emporterez là-haut Teslime du capitaine Gérard. Cela ne vous nuira pas dans l'opinion du Père Éternel. Ce petit bonhomme est monsieur votre fils ? ajouta-t-il en désignant Henry, dent la tête reposait sur un coussin du divan.
«— Mon ami, mon témoin, dit George*
<— Au besoin votre second , ajouta le jeune homme.
•— Mon petit ami, répliqua M. Gérard, si demain le soleil est trop chaud, vous pourrez vous mettre à Tombre sous mes moustaches.
Henry se tourna nonchalamment vers le capitaine , et lui jeta, pour toute réponse , un regard si dédaigneux , que le capitaine se sentit
mal à l'aise devant cet enfant. M. Valtone Tentraina*
— Où donc en étions-nous , dit George ,
quand ces messieurs sont venus si mal à propos
nous interrompre?
— Nous retournions à noire village, répondit tristement Henry.
— Eh bien ! ajouta George avec gaieté , nous y retournerons k la manière des héros antiques. Comme eux , nous quitterons le glaive pour la charrue , et le soir , au coin du feu , nous raconterons nos batailles.
Après sa glorieuse expéclilion> JW. Valtone se sépara du capitaine Gérard et se rendit à son hôtel. II entra dans la chambre de sa femme. L'aspect de Noëmi, reposant paisiblement, le ramena subitement à des idées plus calmes. Madame Yahone, s'éveillant h demi, lui tendit la main et l'attira doucement a elle. Il la baisa au front : ce baiser le dégrisa. Il se
in
f^étito d^nS tftie eteifubra Vâiinlê é( t\à farda pdl il i"eùà^ttn\ti tfveû Idconsiiteiice qu'il avait ùAi uhé sbUlë^« Il h'^fi ùùfïûïi t)as »Aoiii!i dd sdm-^ fneil du jd»lë< Il àtâk iâii^sé &é9 Tefiêlt'e» ôùtet^ tes; Tâir fraiîidu ^àtitî le rérèifb^ àiit pv^tùlérê rayons de Taube. Il s»6 lèta bf dÀqitôméHI ^' Mttirtië poÛrSiûM pëv un lÀautat^ réve« Il lîrut en érn^t qGe e'éiaît un rêve } maia ^n riissefd^ biânc s€» sduyenirs^ il àe (i^ouira face k fucedYec la fédtitë* Lei furtiëea du tm ^taiem ûmïpéeil atec ell«a fes bdlliqiiètiae^ mfluettced du càpl^ laine Gérard^ et bréti qiTil lui i*e»ifti au eœiir tin vif reiietiiimânt dé l'impUTiité de Bâsfsy^ il ae demanda ai I>ied hii atàit cônSé lë aoiti dé sa juatice, ou M^ de Belnàve celui de sa ven^ geance* Il en' éùSt si rqgfretler son êcfafalurfcmrée, lorsque le capitaine enl^a* Quaerd même M« Yâbofie eut élé décidé k retirer fA provôcaljon^ ranNmr'prapre Tefu^ail néceaaflHK rement ramené à sa résolution de la' vetlle<i^ Une voUbre ailendaiC à la porte : ib aôf tirent ^ pas étoffés f afin de m paa év4ilIIK
Noêmi. M. Valtone tenait sous son manteau les deux épées qu^il avait apportées de Blan* fort. Ils montèrent en voiture et se firent conduire au bois. George et Henry les attendaient à la porte de Saint-Mandé. Tout se passa de la façon la plus convenable.
Au bout de quelques heures, M« Valtone était de retour auprès de sa femme. Tous deux s^acheminèrent vers la demeure de leurs amis. Ils trouvèrent Marianna seule ; M. de Belnave était sorti de grand matin. Les deux sœurs s'embrassèrrat. M. Valtone avait Pair con-* traint : quand Marianna lui tendit la main, il se troubla et n^offrit pas la sienne. Marianna pensa que c^était mépris et son cœur se gonfla.
Quelques instans après, M* de Belnave ren-* tra. M. Valtone évita de lui parler et mit un étrange empressement à hâter Theure db départ; mais il était écrit là*haut que Marianna ne partirait pas.
• On servit le thé : le déjtiunef fut silencieux^ M* Valtone ne mangea pas \ il était smnbre et
préoccupé. Noémi en ayant fait tout haut It remarque, il se leva avec humeur et s^approcha de la fenêtre pour voir si les chevaux d« poste arrivaient*
Enveloppée de son châle, Marianna se le^ nait assise, les bras croisés, pâle et immobile; on eût dit la statue de la Douleur. Elle atten« dait, prêle et résignée, et sûre en même temps que son départ ne s'accomplirait pas. Quel obstacle , quelle barrière devait surgir tout-à* coup entre elle et Blanfort? Elle Tignorait; mais cette organisation nerveuse frissonnait sous le vague pressentiment de sa destinée.
Cependant le pavé de la cour résonnait sous le pas des chevaux. Les postillons sifQaient en attelant et faisaient claquer leur fouet. M. de Belnave, M. Valtone et Noémi s'étaient le* vés ; Marianna seule n'avait pas changé d'attitude. Elle était toujours a la même place, le regard fixe, le corps immobile, comme étrangère à ce qui se passait autour d'elle. Ils demeu* rèrent long-temps à la contempler avec tris-^
gfglQ et rapide } iion yi^age s'alJHîfl^il ; ^e& yçux brillaient d'un éclat maladif* .
— Ma ^Q^w, dit e^Qn Woçmi çfl ^'^Rpujpnt leBcIrement sur elle, woy^ partons, rou$ rfs-
tqui rioi)^ ^ Plqnforl.
m» A {lianfori? demanda Marianne 4'Mn ^ir ^Ji^truit, AhVoui, ajou^'Hlte ^ --• W Von pleui c\* Xe rappfiUeMM, Naerni, que le matin, eq pliant |i)3( c^n[)pst nous trQuvionsi unç la^cne à çh^« 9Uf^ fcrw d't^erhç? Ç'^l que, ^ PH^t, j^ifai^ passé j^rU^*
j^^4^^ y^H^Ae ImI prit la wain et ^'aj^çr-
•r^ ISle YQWç sie!;He;?;-\Qu^ p,li\s la YOÎonié. de be^oitt de Iput mon CQUMge.
ei comme en se parlani à cUe^méitoe; ami, tous êtes bon, vous éles ud noble cœur. Ahl le ciel m^esl témoin que je n'en ai jamais dooid I Je u étais pas cligne dé vous. La destinod toua devail une compagnei meilleure i la destinée est souvent injuste. Je prierai Dieu qnll voud récompense de tout ce qMvolis atet souffert à cause de moi. Oh! oui, vous éie^ un noble cœur! Ma sGdW aussi e^t bonne; c'est un ange, ma sœuri cost TéfxMi^ cfull votts MMu Vous êtes bons tous trois , votrd talez nlièoi que moi. Et pourtant^ je ne suis pa^ m^lianle: tous savez bien que je vous dtoié. Vous faip peiet^vnus qu'àBbnfort j^éiaM tottd àikiiti Tous trois, roua in'ap|eliez aimii: votft» ^tn fant y votre enfant bienlriatél
— Allons , allons l tié&ia hfUè^ummxA jU . Va lione, les pesiillom ëoni en aelle;i la ronid ou long«àey BMfcs awosa baiMap^ 4& eatlier.
-- Voiia sAxe^ i^iJQwa QMra evfebt liîeti^ mée, dit M. de Belnave. Venea^ uén^ iêùtim Fons de vot^ gpaéirtr4
-~ Oh! oui» je guérirai, dit-elle avec un me* lancolique sourire. Soyez sûr que je guérirai! Mais pourquoi les chevaux ne marchent-ils pas? Il me semble que la voiture est toujours à la même place. Dieux! que le soleil est brù<* lant! Le ciel est embrasé; une mer de feu nous entoure. Je sais une vallée où Tair est si frais et si pur !
*-— A Blanforl où nous allons, ma sœur, dit Pfoëmi, qui cherchait à la ramener au senti-* ment de ses devoirs.
<— Plus loin 9 plus loin! s^écria Marianna. Là bas , où j^ai goûté la vie , aux lieux où la vie est si belle! Regarde, Noëmi, ne vois-tu pas blanchir à Thorizon les cimes couronnées de neige? Écoute, c'est le bruit des cascades. Viens t'asseoir près de moi , sur la bruyère en fleurs : j'ai tant de choses à te dire !
M. de Belnave et Noëmi échangèrent un re« gard de découragement. Il se fit un long et pénible silence.
i— - Renvoyez les chevaux, dit enfin M. de
Belnave : Marianna n'est pas en état de partir aujaurd'hui.
— Ce n'est rien , absolument rien, s'écria M. Yallone avec impatience: un peu de fièvre que le mouvement de la voiture dissipera; partons.
En effet, le pouls de Marianna devenait moins rapide, sa peau moins chaude, son re^ gard moins ardent.
— Oui, partons, dit<elle, en reprenant ses sens. — Elle essaya de se lever, mais ses forces trahissant son courage^ elle retomba sur son siège.
Au même instant , un étranger entra dans la chambre et demanda k haute voix madame de Belnave. Marianna tendit la main : il y dé* posa une lettre et sortit.
M. Yaltone devint tremblant; M. de Bel* nave , par discrétion , s'éloigna de quelques pas.
Une vive anxiété se peignit sur la figure de Noemi.
Marianna rompit précipitamment le cachet ) puis, avant de déplier la lettre , elle appuya fortement une main sur sa poitrine, comme si elle eût craint que son coeur n'en bri«At les parois.
Au bruit que firent les feuillets en s'ouvrant, chacun de ces quatre personnages sentit un frisson courir dans ses os.
Cettelettreétait celle que George arait écrite, kl veille , à madame de Reinave y alors qu il attendait la provocatidn du mari. Cétaient ses derniers adieux a Marianna, Sies derniers adieusi à la vie : car il jurait de respecter les jours de M. de 6>elnave. Au bas de la dernière pag%en post^sqripium , se trouvaient les lignes sim^ varies :
Madame,
Mortellement blessé, George voudrait vous voir avant d'expirer. Hâtez-vous.
Henry F.
Marianna lut chaque feuillet dW sçv^ f%
Çsu*4. Cfi (ïi( Vatfaire d'uue ^cand^ : mm i*^* pjde es| I9 lueur de Téclair* EHe 9e leva d ua bond, Tceil epflaïQmé et la bouche iremblanle. Elte w^rcha» commç v^ne iipppe, 8ui Al. d^ Gel* nave, et le saiçissaot par le bras :
— Vous l'avez lue, sccria-t-elle : vous êtes \ip inf^uiçl Vous raye% tué, un homme san^ défense, up homme que vous avie^ promis d'épargner, que vous aviez juré de ne jainais revoir! Vous Vavez tué! Âh! vous êtes infàone! Pour qui donc consentaU-jeà vous suivre? Pour ^|ii rejtournai^-je à Bianfor^? Pour qui me réaignai^*je à reprendre ma chaîne? ËUU*ce po^r "^QXf^ çupiourlul? Eh! que me fait, ^moi, votre Çlaafoi'i où Ton meurl? En rcLournani à vous» çclaii lui que^ j'aimais. £h bien! nous sommes ^uiUes ! You3 Tavez lue trop lard, j'avais prisi SÇin de vous absoudre. Vous m,ç trompiez, je vous trompais aussi. J usurpais voire pardon^ \ou^ ne rameniez sous votre toit qu'une épouse flétrie. Nous étions diigne^ Tun de Tagitre! El; maintenant, adieu ! 11 était le seul lien qui m'ai-
tachât à TOUS. Je vous suivais pour le sauver ; pour le sauver, lui, mon sang, lui, ma vie, je m'abaissais jusqu'à vous abuser sur ma pureté et sur mon repentir. Car, si je vous trompais , ne croyez pas que ce fût lâcheté , remords ou retour de tendresse ! Je n'étais lâche que pour lui. Mon seul remords était de le quitter. En le quittant, je lui laissais toute mon ame. Maintenant que vous l'avez tué , je ne vous crains ni ne vous aime. Bourreau, je ne te connais plus!
Elle sortit, sans que personne songeât à la retenir. M. de Belnave demeura à la même place, sans voix, sans mouvement, at«téré, foudroyé, changé en pierre. Noëmi se crut un instant le jouet d'un horrible rêve ; mais ayant tourné les yeux vers M. Yaltone, elle comprit tout aux traits bouleversés de son mari, et se frappant la poitrine avec déses* poir :
— Ah! malheureux, s'écria-t-elle , c'est toi qui nous as tous perdus !
Si vous avez aimé ; A Tâge dés regrets a remplacé pour vous la verte saison des espérances ; sll ne vous reste plus que des sentiers effeuillés où croissent seulement , sous les ga^» zons flétris » les pâles fleurs d'automne ; laissez tomber ce livre , et vous-même achevez, avec vos souvenirs , cette triste et trop longue his«
toire. Qui de vous ne porte ensevelis, dans le linceul de sa jeunesse, des liens rompus, des adTections éteintes? Qui de vous n^a pas en lui des voix qui pleurent et qui lui diront comment se brisent les amours de la terre?
George ne mourut pas. La blessure était grave, mais non mortelle. Ses jours furent en danger ; mais le zèle éclairé de la science , et mieux encore la sollicitude d'Henry et de Marianna , le rappelèrent à la vie. Ce fut à son chevet qu'ils se virent pour la première fois. Ces deux cœurs, qui jusqu'alors avaient vécu étrangers l'un à l'autre , se fondirent dans un même sentiment de désespoir et de tendresse ; ils se rencontrèrent dans Bussy. Tous deux se disputèreni la gloire de le sauver, et tentèrent de se dérober mutaeltemeitc leur part de dé** Tonement. Mais vainement Henry supplia Madame de Bèlnavé de se reposer sur lai du soin de veiller sur leur aniî; vainement Marianna insisfa pour .que cet enfant se retirée parfois et prit qoelquê sommeil : m l'un m
laulre ne consentit à céder sa place près du lit du blessé.
Durant les premiers jours, tout leur être fut exclusÎTement absorbé par d'inexprimables an* goisses« Ils échangèrent à peine quelques pa* rôles, de furlifs regards de terreur. Madame de Belnave ne songeait même pas à se demander quel était ce jeune homme qui partageait avec elle le douloureux bonheur de veiller son amant|7 Henry, de son coté, ne s'inquiétait pas de savoir si Marianna était jeune et belle , et digne de Tamour qu'elle avait inspiré* Leur vie tout entière semblait suspendue au souRle d'un mourant. Cependant les symptômes alarmans disparurent; Finflammation s'éteignit; la blessure se ferma. Un rayon d'espoir éclaira ces deux âmes qui ne se connaissaient encore que pour s'être nourries silencieusement de la même douleur. Dès-lors, elles s'observèrent Tune l'autre avec intérêt; échappées au même danger, elles se reconnurent pour sœurs au jour de la délivrance, et ne tardèrent
pas à se répandre en fraternels épanchemens: La convalescence de Bussy fut longue. Henry et Marianna passèrent ensemble à son chevet bien des nuits sans sommeil. Une fois rassurés sur le sort d'une tête si chère, ils trouvèrent à ces longues veillées mille charmes qui en abrégaient les heures et en allégeaient la fatigue. Quand George reposait doucement, et que sa respiration , paisible et mesurée , per* mettait à ses deux amis Tespérance et la sécu-» rite , retirés dans un coin de la chambre , à la lueur voilée de la lampe , tous deux s'entrete* naient à voix basse et mêlaient leurs confidences dans le silence de la nuit. Marianna aimait tout ce que disait Henry, car les discours de ce jeune homme étaient pleins du nom de Bussy, et Timage adorée y revenait sans cesse. Elle aimait à le voir remonter le cours de ses années, à chercher avec lui, Sur chaque rivage, les traces que George y avait laissées. Elle se plaisait auit suaves récits des joies de leur enfance. Elle lui faisait raconter Thistoire de leur intimité , et
celle histoire , Henry ne la raconiait pas , il la chantail comme un poème : car il élail encore à cel âge où le cœur épanche dans Tamilié Ta* mour sans but qui le tourmente* Marianna écoutait avec ravissement le langage exalté de celle tendresse. Intérieurement, elle remerciait Henry d'exprimer ce qu'elle n^eûl pas osé dire elle-même. Elle s^entendait parler en Fécoutant. Et puis , dans TafFection passionnée de cet enfant pour Thomme qu^elle aimait, n^entrevoyait* elle pas en même temps la justification de sa faiblesse ? N'était-il pas digne dç tant d'amour , cet homme qui savait inspirer des sentimens si nobles et si chevaleresques ? Étaitelle donc criminelle en l'aimant? Et, sans y, songer, elle ramenait Henry sur les mêmes détails, le suivant pas à pas, heureuse, enivrée, d'orgueil ) et comme suspendue à ses lèvres j
Puis venait son tour de parler « Elle disait comment elle avait rencontré George à.Bagnè^ res, par quel aurait irrésisti|>le elle s'était sentie attirée vers lui, quelle^ chastes délices avaient
pre5^ye aux premiers jours de? celle fiaîsion. Ëiîé disaiï aussi les solutres Crislesses qui Tavaiéttt consumée af ant de lé connaîire ; (|ùWk avait voufu mourir, et qu'enfin il était Venu lui i^^féler îa vie. Èffe élisait loule son âme; et quancf pur/bis ette s eFfrayalt des suites cfê sôîi égarement , elle cherchaîf une excuse ^àiîs le coéùr d'Henry : tien sure cPy Irouver îîfa êûéôùragetoent, elle demandait si deorge ne ffiéfîtâit pas le sacrifice d^une existence (but entière. Et parfois alors etU feignait le doute, pdiif se laisser ^mfeàttre : elle s^âccùsait, pour qifoû fa jùstil^âl ; dé Son conBdent elle faisait un tomplite.
fifenfy l^ecdutâît avideméhl et feùvaît déjli âUi sources âmerés. jf àriannà élait si belle 6t si étrange f SI prèmpie k f entfioiisiasme , si soudaine en ses àlfectioiis ! ïl y avait si bléh ëfi èllë tout ce qbi peiit émouvoir et Irôuoler mê ïrhâgi&à(ibfi de vingt ans ! JD'àuf ahl plus dangereuse que chez elle là passion absorbait 1^ Sfexfe , et qu'èilë se livrait atVéc Un Incroyable
abandon ë iorH ké rnoitVeimMâ 0e^ siofi e^r.
elfe^PâMoifiâM k iéis ères hi^ei é'avMiiK A eeflé arae hùgAéiÈfi Get&pi4à)^' Tréfre alHàé M étiffisaiC p4^4 If l«â Aillafe et fnêmè iSgitrj^ imnê ame étélêViféA dkâi kM}M^ ett^ |iKïit ataer ut|ê éecoâde ft>iiÉ MtrMiaiii* E^ Mi^ ttmlW^ le toraée'Mtlar fift Ihiaârjr ^ tant rite ienmii eh élte-i»é«ie fin amoop profoiiéy 'watoÊtù^^ v/a amour il eMteâii^ h ttonte. D'aiHe«#S) il hti àenibiali ^^eiMMalle m, Ùeùt^é^ Henry serait tm Uett depki^y en que, gardteq de ieâr tendresse, il en nûpi^plrak h flamme. l\ aâràft^ part dr )^ benhéiir i il ^àaseoirah , edli(nife un hète, ïu^bainquât de leurs p^&dtéà} eti :fiaftegeant teurd joiea , il lès eemplA^erait^ Hent*y â^abàndennak sans défiance au' cbai^
Éie de ceè eàtrAi^s \ mais a son insu « il y pèfdak déjb là aëipébitti liéëà jean^ae» It sentait Mott eil )6} dëb dësii« ëaM^ beft^d^^ fl ab defflandiB(lt^dù<.poily«{« ^enit cëtf 4 inquiétude
sane nom qui f Agitait pat*fbii< .
11 arriva qu'une nuit Madame de Belnave , épuisée d'insomnie , succomba } ses paupières se fermèrent , sa tête se pencha doucement sur son épaule, et le sommeil la prit ainsi et l'en'- TeLoppa de ses invisibles ailes. Son pâle visage» qu'éclairait la clarté mate de la lampe, reposait au milieu des boucles épaisses de sa chevelure. De ses lèvres eQtr'ouvertes un soufQe pur Vexhalait ; son sein se soulevait et s'abaissait tour à tour, comme la vague mollement bercée par la brise. Une de ses mains étreignait les doigts amaigris de George; sur l'autre , son front s'inclinait chargé de fatigue , mais encore rayonnant d'amour. George était plongé dans une léthargie profonde : Henry veillait seul. TanI; que dura le sommeil de HHarianna, .cet enfant demeura debout à les contem- . pler 9 . avec un indéfinissable . s^t^ûnepat de spuffrajace, se disant que cette femme était biaii belle , cet homme bien heureux j et que ce n'était pas trop d'un , coup d'épée dans la poitrine pour payer un n grand bonheur^
Une autre nuit , Henry s*élait endormi sut lé divan. Vers le matin , Pair fraîchissant, Marianna jeta sur lui son châle et Ten couvrit comme d^un manteau. Par je ne sais quelle perception y Henry , en s'éveillant , devina , sans le voir, le frêle tissu qui Tenveloppait. Il fris* sonna des pieds à la tête et feignit de dormir encore, pour cacher son trouble et s^enivrer en même temps du mystérieux parfum qui le pénétrait. En effet , ce fut d'abord une sensation enivrante ; mais par degrés son sang s'alluma ; ses artères battirent à coups redoublés , une chaleur dévorante lui monta du cœur au cerveau. Il lui semblait avoir revêtu la robe 'de Déjanire. Sans rien comprendre à ce malaise, il se dégagea violemment et se leva d'un air effaré. Marianna lui ayant demandé la cause de ce brusque réveil, il répondit, en rougissant, qu'il avait fait un mauvais rêve.
La convalescence de George fut pour les trois amis un temps de sécurité , d^illusion et de
ipjOpgj^ipô. jGeorge^tait daas c^ ^^t^ pju^ d^ux igu^ la sant£*, oùTame, afTaiblie paria doulfur^ p'a de facultés que pour se 6enlif yiyre et ^it toute entière dans le seolimept de sa conservation. Il ne chercha pas à se rendre compte de la présence de Marianna ; ce futpour lui coramp lin r^yon de solçil à son chevet. Lorsqu'on lui expliqua la rupture de madame de Beinave avec son mari , il accepta cet événement sans en ^prévoir les conséquences , sans se rappeler que^ quelques jours auparavant, il avait tout/ait Dour le conjurer. De son côte, niadamede Beinave vivait toute entière de la vie de son an^aqt. ■t •« . ■ • ...
La guérison de Bussy remplissais si bien ce cœur^ que le remords n'y trouvait pas déplace. Elle savait que son ipari n'était poii)^ coupjable
. du sang répandu ; les lettre^ de Noëmi , aussi
bjyen qjie Jes jjisçours d'Hepry , avaient toijt révélé. Mais il n'était plus temps de revenir sur un fait accompli, et, dans le mystère de s^s pensées , peut-être Mariani)a s'applauditèlle alors d'uhe erreur qiii l'avait autorisée
à brij^r pour j^^mais lç$ l^ens ^i^i l^eysseii^ eQçhaiaée àjBl^nrort.
M., de Beinave, M. Val tope et 7îo£nii avaient quitté j^aris^ sans qu^elle ^e6t consenti à les revoir. Quelques jours apre^ .leur départ, elle écrivit à son mari une lettre nieine de di-
^nilé ; la réponse fut plus digne encore. La se-
paratipn des deux époux s^accomplit librement, d^un mutuel accord, sans Tintervention scandaleuse de la loi. Avec la liberté, M. de Bel«uave restituait k sa femme 4a dot et toute la fortune qu'elle avait apportée à la çommiunauté, se réservant seulement, dans Tintérêt de Marianna, fadministration de ses triens et s'entagéant h lui en servir le revenu. De si nobles procédés ne s^adressaient pas à une ame ingrate, et Marianna fut touchée sans doute; maisfétourdissemeni et Vivresse de là passion lui permirent a peine de les apprécier dignement. Elle proGta des premiers loisirs que ioî laissa la santé de Bussy pour s'occuper de son installation. EHé choisit siir le quai, non
loin de l'hôlel qu'habitaient George et Henry, un petit appartement qu'elle fit disposer ellemême avec un goût exquis. Mariette était demeurée avec sa maîtresse, moins à la sollicitation de Noëmi qu'à Fmstigation de son propre cœur. C'était une fille de la Creuse; élevée à Vieilleville avec les deux sœurs , elle avait conservé pour la plus jeune un attachement véritable, et, sans s'informer des desseins de Marianna , elle l'aurait suivie aveuglément , jusqu'au bout du inonde.
Il semblait qu'avec la vie George eût retrouvé la jeunesse. Faible encore et languissant, il souriait aux projets que lui soumettaient ses deux amis. Il se laissait bercer par leurs douces paroles; souvent il y mêlait les siennes, et c'était un touchant
specl^acle que l'association de ces trois âmes
unies par tout ce que Dieu a rais de plus saint dans sa créature, par l'amour et par l'amitié. Mais il n'est pas donné à l'homme de se reposer dans un pareil bonheur. Ce bonheur
est au cie} et la terre n'en a que le revei?
L'heure du désenchantement devait sonner pour Bussy. Cette heure arriva çt George entrevit nettement la position dans laquelle il était engagé. Ses yeux se dessillèrent; el son égoisme, un instant assoupi, se ré« veilla en poussant un cri de révolte. Mais vainement il s'agita dans le cefcle inflexible qui le pressait de toute pari; Bussy comprit bien vite qu'il était aux prises avec l'irréparable : il se soumit , il accepta avec courage la position qu'il ne pouvait éluder sans honte.
Ce courage lui fut d'abord aisé; la vanité pansa les blessures de l'égoîsme. Les dernières aventures de George avaient eu , dans un certain monde , quelque retentissement. On savait vaguement qu'une femme jeune et belle avait tout sacriGé pour le suivre. Celte histoire se racontait diversement; mais de quelque façon qu'on la racontât , chaque récit mettait au front de Bussy une auréole poétique. Les femmes , qui sont si indulgentes pour les faiblesses
voUëeS;^eparclonivsQtpas w^ faule^ iclatanles gui serabiem dénoncer Içur se^e à la défiaççe. Elles ,blâmai(^t hauteiQent ^Marianna^ mais Georgç éveillait ÇQ elles .de mystérieuses sympalhies. Up ialépêtromanesgue s^attacha bjeiit,ùt à son jiom : on s^entretint de ses voyages , de $es duels et de ses amours. George accepta par ampur-proprjB le rôle que lui imposait le monde* Il fut amené par Toigueil à le prçndrjc lui-même au sérieux. Ainsi , Marianna put croire a la réalisation de ses rêves et les premiers jours furent resplendissons de bonheur,
JHenry ne.tardapas fi s'éloigner de ses amis. Le bonheur et Tamour sont si essentiellement .égoïste^ que les d^ux amans remarquèrent à peine les chanjjemens qui s'opérèrent alors dans ceje.une bomme. Cependant , madame de *Belnavp le guestipnna plusieurs fois sivec la tendresse d'une ipère. Mais l'enfant savait-il ce qui • ■ ■ . >
se passait en lui?
I^es joqrs heureux se comptent vile.
Gciprge fut bîenlpt Jas de son ro|e ; bientôt 3Pn cœur s^affaissa de découragement , de fatigue et d'ennui. Cet homiçe fut juste^ mept puni. L'amour ^ cette source divine de dévouemens et de sacrifices , n'avait ctë pour lui qu^un puits dWgueil et d'égoisme : x|uand ses lèvres voulurent y boire , efles ne trouvèrent que du gravier. Mais Marianna, ^rand Dieu! que devint-elle, lorsqu'elle vît pâlir ce bpnheur auquel elle avait tout sacrifie? Que de vbt-elle, hélas! lorsqu'elle sentitia tendresse de George se glacer et que ni ses baisers ni ses larmes ne purent la ranimer? ïllle criit que le soleil s'éteignait dans le ciel et que la terre lui manquait sous les pieds.
George tenta de longs efforts pour tromper Klarianna. t>ans les âmes épuisées , mais'honnêtes , il survit à la passion un instinct de loyauté tout aussi impérieux que la passion même. ^Mais ce n^était pas IMarianna qu'on pouvait abuser de la sorte. 'Les cœurs qui ^li'anmerit pas, senties seuls qiii àe prennent
aux seniblans d'amour. Nui ne saurait dire le désespoir de Bussy , lorsqu'il comprit qu'il ne pouvait plus rien pour la destinée qu'il avait brisée ; nul ne saurait dire ce qu'il endura de remords, avec quelle rage il se débattit sous le sentiment de son impuissance. Que de fois, dans l'amertume de ses pensées , il regretta de n'avoir pas succombé à sa blessure! Que de fois il blasphéma les soins qui l'avaient sauvé! Que de fois il répéta avec une sombre tristesse ces paroles qui lui * étaient échappées un soir : — mieux vaut s'en* sevelir dans la fraîcheur de ses illusions re« naissantes que de survivre à une seconde ruine! Au lieu de ménager par une tendresse indulgente cette ame fatiguée, madame de Belnave acheva de l'épuiser par d'imprudentes exigences. Sa passion inexpérimentée consuma en quelques mois les derniers débris de cette nature appauvrie. Ses espérances trompées s'exhalèrent en empor-* temens. Pleine d'ardeur, de sève et dejeur
nesse ; pouvait-elle comprendre que le cœur vieillit, s^use et meurt comme toute chose ici bas?
George supporta d^abord patiemment ceâ révoltes d'un esprit justement irrité. Mais bientôt son caractère s'aigrit, son humeur s'altéra. La douleur de Marianna lui devint odieuse; l'ennui le rongea jusqu'aux os. Il feut que cet ennui, qui naît de l'obsession d'une affection non partagée, soit quelque chose de bien atroce , puisqu'il pervertit les plus nobles instincts et qu'il étoufTe même , dans l'ame qu'il élreint, tout sentiment de pitié^ de convaaance et de délicatesse. Sans admettre qu'il pût jamais se séparer de madame de Belnave , Bussy se montra dur, colère ^ acerbe, impitoyable. Marianna pleurait et se retirait chaque jour avec la mort dans le cœur , mais aussi avec l'espoir que George l'aimerait le lendemain. Parfois en effet George semblait reprendre à l'amour ; parfois encorejj comme des rayons de soleil à travers la pluie |
de Éeaux jours ïuisaîent sur teur Vie tdufmentëe : mais ce n'étaient que rfès tueurs passagères qui s'éteignaient dans de nouveau* orages et îa lufte recommençait.
Ce fut alors quiÈtenry se rapprocha dé ses amîs : leur bonheur Tava^t étoîgné , \e\ît malheur le rappefîa. Marîànrta rîîlparrdît tout son cœur dans celui de ce jeune hortraé, et, s'il est vrai qu'à son ifisu flenfy fttt éptîs dqà de madame de Belnavé , soii aiïiôuf , qui se àeraît effsfrotiché de Soû propre aivecr , put grandir tout II son aîse sous ïe Éiarileait de la pitié.
Entre les deux amans la position devenait dfe moins en moins tehàble. L'idée de ïa séparation finit par se présenter k l*e^f il de Bussy, mais il la repoussa avee horreur. Pôuvaît-fl, sans se condamner à un remords éterneï, abandonner lâchement madame de BelnaVe dans la voie funeste où il Tavait entraînée?
Cependant George comprit quîl en avait dé- Vidémént fini aVdc ramouf ; que l'amour tf eit
pas fa vîë tout entière, et que Thedre était arrivée pour ïui (fe dîTiger ses facultés vers un au(re but. f( sentiit que Marianna était uite entrave qu^tfatlait briser & tout prix. Ce serait sans Joute une action mauvaise, mai^ Ta neiressité justice tout. If rassura sa conscience alarmée ; madame de fielnave souflTrifait moins d^une rupture que d^une liaison dToù s^élaii reth^é fout espoir, et mieux vafait en (idir d'un seul coup que de prolonger un si cruel martyre. Il se dît quM y avait un monstrueux égoîsme a torturer ainsi cette femme et que, lie pouvant rien pour elle, il devait la ren- '^dré à Isi liberté. Il âé dit âUssi que madame de Êetûâvé âé ti'ouvalt dans une position de foi^ tune indépendante, qu'elle était sfisseai jeune entôft pour se refaire une vie nouvelle, qu*etle le bénirait plus tard de Favoir délivrée d'une pas* stûii fbtàte o se consuùiatt sa jeunesse. D'ail* leurs, il se promettait bien de demeurer pour elle un frère et on ami. Leur affection, en changeant de nature, n'eâ serait pas moins éterneUe;
le fond en resterait le même. Il veillerait sur Marianna; sa sollicitude pour elle ne connaîtrait point de bornes : l'amitié tiendrait les serments de Tamour. Ainsi modiûée, leur union rapporterait plus de bonheur. En perdant le droit d'être exigeante, Marianna apprécierait davantage la tendresse de George. Affranchie du devoir, la tendresse de George deviendrait plus douce et plus expansive. Enfin, il écouta toutes les voix qui le poussaient à rompre sa chaîne. liât si bien, qu'il arriva à trouver l'excuse du coup qu'il méditait dans la conduite même de Marianna vis-à-vis M. de Belnave. Il se dit que si Marianna n'était pas coupable pour s'être séparée d'un mari qu'elle n'aimait pas, il ne saurait être plus criminel lui-même en se séparant d'une maîtresse qu'il n'aimait plus.
t>écidé à rompre, il mit tout en œuvre pouf hâter l'heure de sa délivrance. Mais cette heure se fit long-temps attendre. Plus George se détachait de Marianna , plus rinfortunée se
cramponnait à son idolet La chatne se tordait; mais ne se brisait pas. L'amour est ppipià"» Ire et ne sait pas mourir. Brisée , meurtrie ^ foulée aux pieds, Marianna se relevait avec Iç sourire sur les lèvres; elle baisait la main de son amant ; elle pleurait aux genoux de George. Les scènes de désol(t||ion se renou* velaieut chaque jour. Enfin^ par une nuit sombre, dans la chambre de Bussy, alors que le vent sifflait tristement et que la pluie foueltaii les vitres , une scène éclata qui les résuma toutes , et ce fut la dernière.
Dénouement si facile à prévoir , que nous n'avons pas craint de le placer en tête de ce livre, comme • une lueur sinistre destinée à en éclairer les pages I
On se souvient qu'après avoir dit trn àeti Wiet adieu à Bussy, après Tavoir prié de pardonner le mal qu'elle avait pu lui faire;) *— car, en amour, c^est toujours la victime qui s'accuse et qui s'humilie , — madame de Belnave sortit, appuyée sur le bras d^Henry^
aos
pUt B^ftttni alm une jele simvsgj^ ^ ve^t Un? ttU» «t Iraid du rontiii. Ëlie marchait lu
fbr aoD 8aon6c«. Maia, à peme eQirée (1aq4 sadiaiAbràvette iéntit ««Kèer «w «e» épaul0s i)m glacé de la âqlituâe. ^m c«pw ()$ «Htm €» ses twee» Maitdf^èpent. Alors, elle ^ lappï^'si fiw» ^^««6 > ^le se ïftppeU» «fUI iépcmx, Noëtni, sw tiea»? -frère, ce* lr«*8
«qI^ *«^s qq'f^le aïî^|t d^îjwisée». U* ti<w-
se souleva ei eMe éclatt) f^ s^glcxts.
— Ya-t-en ! s'écria MarfiBAS^ en Ip rçpousjfi^^t^ T^ ^ur 4^e qt^'il sod^ biçn veogés ! Va leur dtfe <l»e fP' ^^ per<ilWi ^'iï 9(6 We reisie nlus qvi'^ çooivir 1
.^ r<j9|us,iii^,ari:9Da eo^emble, m^ao^e , dit J^^ieUe ei;i pres^as^ Alaria^iPia sur son sc^in....
nave et la porta silencieusement à ses le* vres.
— Cher enfant ! dit-elle en levant vers lui ses yeux baignés de larmes , que Dieu vous garde de pareilles douleurs !
Le soir du même jour, George était assis au coin de son feu, moins préoccupé de la desti*" née qu'il venait de faire à Marianna que de celle qu'il avait, sans le vouloir , préparée à son jeune ami. Henry le trouva plongé dans ces réflexions. Il entra dW air grave , prit place devant le foyer, et se mit à remuer silencieusement la braise, dont les refléta rougeâtres
éclairaient seuls la cbaniibre. Ils dciueurèrdbt long-temps sans échanger une parole.
•*- Tu m*as trouTe bien dur et bien cruel, dit enfin Bussy. C'est que, jeune et plein d'illusionsî tu crois avoir assisté à quelque exception niaU heureuse. Puisses-tu ne jamais comprendre que le drame qui s^est joué devant toi est un abrégé de l'histoire de la passion ! Ce que M arianna souffre, avant elle je Pavais souffert; Marianna se vengera plus tard. Ah! si tu savais de com<* bien de douleurs je fus abreuvé, tu me par» donnerais peut-être ! Si tu pouvais savoir ce que mes yeux ont versé de larmes^ tu t'étonnerais moins de les trouver secs et ari« des ! Toi , cher Henry, lu seras plus heureux; Le malheur de tes amis n'aura pas été stérile : tu auras l'expérience de leurs maux : ta raisoit germera, fécondée par leurs pleurs; le soirre** nir de leurs tortures réprimera en toi cette bouillante impatience d'aimer qui tourmente toute jeunesse. Aimer est chose diffidie : potir l'aborder, crois-moi, ce n'est pas trop de toute
3td
PÀiergiê àkne vMHté pniaraal». OaMtoi^toi surtout et f€tt KanDM fiiaetlM a» MH li^t <(U9 àâsofdre et déchirement. Né jette pasies trésarsdetonaraeauirefitdbV^uIfèrâv^ ee vent «foi Hctril toiii ce qu'S touche, qui paas«» tofmne le feo ^ ciel, sw 1» fiMafile» k dbpep^ sftot ou aettaiit dans ileà anin là hoi)t«« le d«^ sespioir et 1^ plaiea «tcMee q^ hi lobge»!.
dwaitk ,. |Mwi 1k iemt» que iMi p0Wtw m jem wDMr el p»e^igiP ^ la. (f^^ dM !1M>«^
bMBMS (fHftlMWS; «Qt^llim, «Q«l« «V^fd» |E»H
an
peine de rapprQodta^ y^upéH^nqQ 99 9ff <lfl moitis anére, ^ j* pimysii^ \$t foirai fff xir à diriger tes pas. Oui, tu (R'b<|Hièl^i '^^f^îHl déjà bien triple ^1 bie^F^ffitn*! Ti^^is.tes
amis, tu rech^cebq^ |î^ &0\[i\v^. Qife se passe* t-il ça ton aiii«? iié&^oiée oe^ ytlgH^ trisl6s$e» qoi fidirai^iil ^^t ^'épefv^r. ^i^^tf au dang^reu^ p^li^i^ «^ l'eatra|iip 2( }^ rpr verie ; traTai i)^^ qiiiifi^'lpi d^f^s. r4to#> et ^{Uf je puisse revivra ea lo} ime s^p^od^ yi|Ç^ plus utile, niieifx rping)!!;, mfHl^ four^eutj^ que la première*
— En vérité, s'écria Henry, si vous, aviez la barbe blaache de Menter, jç me prendrais pour Télémaque. PoursHÎvez, éloq^^jQt yieillai'd \ la sage9se parle fm^ yotre b,ou^|))p^
— Je çrojs qfx^ tu te poq^,^ d^ i^oi^ ^t Bussy : ^jarfor^ «érijçu^pieof. Q^pis j|ix mois lu ne feis ripp. Gçpep}ianl ^ ^ jsr^it |îr»-
dent de i?oijger à tpn ayjenir. C^te aijpçe ^t
la dernière de ton séjour à P^rif • . .
"-— Pourquoi donc la dernière? interrompit brusquement le jeune homme.
— Il me semble, reprit George, que ton Droit s^achèye cette année.
i— Eh bien? demanda Henry.
— Eh bien! ton Droit achevé, tu retourneras au pays. Ne m^as-tu pas dit vingt fois que ton père te destinait Tétude de maître Planet, et, dernièrement encore , qu'il ne t'avait envoyé à Paris que sous la condition expresse que tu reviendrais, au bout de trois ans, culli" ver la procédure dans Tétude du mailre» en attendant le jour où tu pourrais le rem«
placer ?
— Dans un an, je serai majeur, dît Hetiry avec assurance, et d'un air presque mutin,
Oui, tu auras Tâge de raison , répliqua
Bussy, et tu en profileras pour faire une sottise. Mais je connais ton père ; le cher homme ne consentira pas à t'entretenir plus long-temps i^ Paris. Il te coupera les vivres et te prendra par la famine.
«- Et la fortune de ma mère?
«^ Ta mère était pauvre comme la mienne.
•'— Et mes brasP et mon cœur? et ma tête? N'est-ce donc rien que tout cela? Je travaille* rai, je ferai comme tant d'autres qui ont souf« fert et combattu, et qui n'ont pas succombé dans la lutte. Allez, j'ai bon courage ! Pensezvous que la misère m'eflraie? Mieux vaut vivre ici misérable que d'aller s'enterrer là-bas, dans l'antre de la chicane. Que Tannée s'achève, je ne partirai pas.
— Tu n'as pas toujours parlé ainsi, dit George. Je t'ai connu plus modeste dans tes am« bitions, plus docile à la volonté paternelle. D'où te vient cette sainte horreur de la province, ce violent amour de la capitale? Te voilà bien changé, Henry!
— C'est possible, répondit le jeune homme en rougissant. Mais vous-même, Bussy, vous ne m'avez pas toujours tenu ce langage! Que de fois ne vous ai-je pas vu sourire, lorsque je vous en« tretenais de l'avenir que me réservait mon père!
3li
-— Écoute, Heary ! dit Gôoi'g^ efk âlef ant la Toix et d'un Ion solennel. Ta mèrdi qui fcft aussi la mienne, ta sainte mère, au Ut demort, me confia le soin de ta destinée. Je n'étais alors (|u'qa enfant; mais je n'ai pas oublié ses paroles. Quand je paraîtrai devant elle, j'aurai a lui ren» idre compte du dépôt qu'en mourant elle m'a donné à garder. C'est donc en même temps de ton bonheur et du mien qu'il s'agit h celte heure. Le parti que tu prendrais contre toimême, tu le prendrais aussi contre moi. Dtons gommes responsables l'un de l'autre. £b bien ! si tu m'aimes, tu renonceras aux folles idées qui te perdraient, tu reviendras à des inteptiens plus sages. En persistant dans ta funesie résolution, tu me laisserais le remords étemel d'avoir poussé pour toi l'ir^dulgence jusqu'à la faiblesse. Tu ne voudras pas me faille repentir de t'avoir trop aimé, Henry I
-^ Mails ^ Geovge^ s'éôi^ia eeliii-ei» vous s^dz . bieii Toii^-mêiiia qm l6 henbwr ne m'aUeBjd poîi»i Rnbas !
^ Jesfiis que le malheur ç$L ici qui t^atkend« Ah! ta ne les connais pas, ces luttes que dé* ^ ton ardeur 1 Tu revêts la misère d'imagina^ lions poétiques el lu l'ëcries. avec enthousiasme que la misère ne t'efîraie pas. La misère est affreuse, Henry! Cest un monstre hideux qui flétrk lentement le cœur qu'il étreint de sa main de glace. Tu as foi en ton courage ; mais sais-tu seulement si tu as du courage? Parle : jusqu'à présent, quels combats as-tu soutenus? Quels sauvais jours as-tu traversés? A quelles épreuves Ca soumis le sort? Tu n'as encore rencontré sur ta route que des visages amis et des regards bienveillans. Disparaisse le charme (le j^eunesse qui t'environne ; arrive l'heure où tu te sentiras seul, sans autre appui que toimême, aux prises avec la nécessité, corps à corps $^ec le destin ^ et nous verrons alors si tu as waiipQnt du courage ! Va, pauvre enfant, de plus f()rt6 que toi ont succombé sans profit et sans l^loire. C'est qu'il faut de robustes épaules pour s'ouYf ir un passageau travers de 1«) foule; une vo-
lonlé de fer pour écraser les obstacles et con-^ quérir une place au soleil. Et combien de ceuxlà qui, après Tavoir conquise au prix du re« pos , ont trouvé leur soleil bien pâle et se sont tournés avec regret vers le champ de leurs pères! La médiocrité est bonne : heureux trois fois le cœur modeste qui sait la comprendre et Taimer !
—George , dit Henry d'un ton pénétré, vous avez été pour moi le plus tendre des frères. L'amede ma mère doit être satisfaite. S'ilm'arrive malheur , je serai seul coupable. Je vous aime, George, et Dieu sait qu'il m'en coûte de me montrer rebelle à vos conseils. J'apprécie vos intentions prudentes, mais je ne saurais m'y soumettre. Mon parti est irrévocablement pris : je ne parth^ai pas.
Bussy se leva et se mit à marcher dans la chambre. Henry demeura à la même place, le front appuyé contre le marbre de la cheminée.
— - Henry, dit George enfin après un long si^ lence, est- il vrai que tu m'aimes? Puis-je
compter sur ton affection en échange de toule la mienne ? '
— Georges , vous le pouyez.
«-^Eh bien 1 Henry ^ je suis triste, chagrin, en-* nuyé ; l'hiver est long , Paris est sale. Je t'ai toujours connu avide et curieux de voyages. Fartons, allons chercher le soleil sous des cieux plus indulgens. Tiens, ajouta-t*il en lui jetant une carte du monde, tout le globe est à nous : Grenade , Florence , Venise , et la Grèce où tant de fois ont voyagé nos songes ! Parle , ordonne , choisis; à la voiture qui doit nous emporter atièle ton caprice. Je te suivrai partout.
Et comme Hemy restait muet :
-^ Que réponds^tu à cette proposition, jadis sollicitée par toi avec une si vive impatience ?
— Mais , George , y songez*vous ? dit le jeune homme d'un air contraint. Si vous souffreE) Marianna souffre aussi; ses blessures sont toutes vives et ne serait-il pas cruel à moî^ seule consolation qui lui reste, de la délaisser à
— Ainsi, répliqua Bussy, tu preMÉi piMi pour elle conlpe moi?
«—Me cOBseiUértet-toui de me éédiet pour la force cmitns la feible^se?
--^ El; en neibses <l6 m'aoœnfngMar ?
Henry ne répondit pas.
VMM
~ To i^s^B de m'aceiwipigner, ipoi, Mm aflfis ; mot ^ toa frcre j moi , ton viesK cMiàvçde, €[ui , poar t'^pargocr un cbagrio ^ irais à fîed an bout du mmictei Commeaft iiea&>4ti ique je parte sans toi? Et toi-mèoie^ Bmaj , eomiMilt viTTas-lQ durant mon abtem»? Nans nons sommes fait l'un de Tautre une si longue 6t si douce habitodei Akl Tiens, oe noaa Mpstons paK. Pense donc int boobemr de TÎsiler ensemble queiqn'uBe de ces belles contréss, aimées, du eid et des poètes !
£t camiBÊ Jiemrjr restait ainel.
<~ Ainsi ) t^ m'aocoBopng^nes? dit George B^ec héshatioii.
iie^ry né répofidct pas*
<t^ iiaiisi è^ten , poilrsuivit G€ot^é , «i la pitié tente lé pelJdDr ^ croU-BK>i , lu peux partir satis réméré. Le ilcu^s seul guérit les plates de
Pamour, et la vraie pîlié se tient à Fécart;
— Merveilleux système pour absoudre Tégotsme impitoyable ! sMcria le jeune homme avec ironie.
— Moins merveilleux que le tien pour servir ta passion bypocrile,répliqua froidement Bussy;
€es deux phrases jaillirent et se croisèrent comme deux glaives. A la lueur que jetait le foyer , George et Henry se regardèrent l'un fàuti*e avec effroi.
•^— Ah! tu pleures sur Marianna! s*écri;a ©ussy avec emportement. Va , va, garde tes larmes; tu les retrouveras plus tard. Ahî tu pleures sur Marianna ! répéia-t-it. Va , ce n'est pas eHe qu^it Faut plaindre , mais bien le jeune kisensé qui kiî apportera son cœur en holocauste. C'est celui-là que je plains ; c'est celuilà que je voudrais sauver. Car il ne sait pas ce
que l'avenir lui réserve; il ne sait pas que j'ai
tari la source où tendent ses lèvres avides. Il ignore , le malheureux , que j'ai semé la mort dans ce sein , et que c'est lui qui la recueillera ; qu'elle l'abreuvera de tout le fiel dont je l'ai abreuvée ; qu'il souffrira tout ce qu'elle a souffert ; qu'elle se vengera sur lui ; qu'elle sera sans pitié pour lui^commej'ai été sans pitié pour elle. Il ne sait rien , te dis-je ! A ce fatal amour il laissera sa jeunesse, comme les trou** peaux leur 'laine aux buissons. Il y perdra tout orgueil et toute dignité. Il en sortira meurtri ^ flétri, brisé; il aura des jours où il se déchirera la poitrine avec ses ongles , où il maudira les flancs qui l'ont porté. Ses joies même auront été mêlées d'amertume; le souvenir de ses douleurs s étendra sur le reste de sa vie comme un crêpe funèbre. Ah ! pauvre enfant, que de tristesse I que ta croix sera lourde h porter ; ton calvaire rude à gravir! Que de fois, les pieds en sang et le visage en sueur, tu le rappelleras avec désespoir les cris que l'expérience aura vaîne^ ment poussés pour t'arrêlerl
Après avoir essuyé d^ùn air Impassible ces paroles de Bussy , Henry se leva- gravement , et, prenant un flambeau, il se retira en silence.
George demeura quelques instans immobile, le regard attaché sur la porte par laquelle il était sorti.
— Aime et souffre, dit-il enfin; accomplis ta destinée , c^est celle des nobles âmes.
Puis, s'^accoudant sur une table : — O poète, tu Pas dit , s'^écria-t'il ; Pamour est le m&l de la jeunesse , mais la guérison est encore plus amère. Jeunesse , amour! printemps et soleil de la viel je vous dis un dernier adieu. L'éternel hiver et Téter nelle nuit ont commencé pour moi , et tu me restes seule , ô liberté , inutile trésor que je ne perdrai plus !