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Pour un observateur moins intéressé que ne l'était Henry, peut-être, après Tenivremcnt des premiers transports , n''eut-iL pas été difficile de surprendre, sous Texallation du langage de madame de Beinave, un sentiment moins fougueux au Fond eL moins emporté (]ue ne le révélait rexprcsi^ion. Mais qu'en savait HçnTj^fcju'en savait n^ad^me dç BGlnaye.ejle-
même ? ne croyait-elle pas a Pétemelle jeunesse de soncœiir, et, d^ailleurs , avait- elle le loisir d'^en interroger les mystères , entrainëe qu^'elle était sur les ailes de feu de la passion de ce jeune homme ? Cependant elle avait des jours où Pindicible malaise qui tenait, comme une épine, a son bonheur, se faisait intolérable, et des instans de lucidité où elle comprenait vaguement que la passion, réduite lises seules ardeurs, ne saurait se suffire longtemps à ellemême. Il est vrai que ces jours étaient rares, ces lueurs fugitives , et que les deux amants poursuivaient le cours de leurs félicités. Mais il n'^est pas d'^épine au bonheur qui ne soit une arme mortelle : il n^est pas d^égratignure a Pâme qui ne devienne bientpt une plaie.
Avec quelque expérience des lois qui président a Tordre moral , lois tout aussi invariariables, tout aussi immuables, ainsi que Pavait dit Bussy , que celles qui régissent la nature extérieure, on eut prévu bien aisément les révolutions que cette liaison devait necessai-
rement subir. Uamour^ cheas Henry, était toujours monte au ton de Pode^et du dithyrambe. Cette richesse de sentiments ^ ce luxe virginal, cette abondance de sève et de vie avaient d^abord enivré Marianna et répondu magnifiquement à toutes ses espérances* Tou* tefois, au sein même de sa plus grande ivresse, elle s^étonna de voir que Pâme humaine, si vaste pour la douleur , fut si limitée pour la joie. Confondant d^ailleurs le besoin avec la faculté d^aimer , suppléant , à son insu , la force par Tardeur, Fénergie par Penthonsiasme , la puissance par le désir , elle n^était pas restée au dessous de ses ambitions : elle avait suivi la passion d^Uenry dans son vol. Emportée par ce brûlant essor, elle ne sentait pas encore que Georges lui avait à demi fracassé les ailes. Mais bientôt des symptômes de lassitude commencèrent à se déclarer et un jour, elle fut prise d^une subite défaillance.
Ce fut par un de ces mauvais jours que nous signalions tout à Pheure. Le frère de Mariette,
)wdBnîer de BImfcNrI, «nWéj h tetlle, si Plupîs peur afiairei, »^^sÀt présenté, lematki, dàM madame de Bekiare^i II s^appelait Lécmard ? une figure kentiéle et niaise , h^méte et niais comme sa figure^ CTëtait un garçon de la Gi^euse : il a^ait grandi avec lies deu;x soi^inrs à Yieiile^ille et suivi Marianna, après se» m»ki(j^, k Kanfoi*!. Ma^me de Bêlnaye criit voir enlrer avec h» tout Blanferl et «eut Yieil^ leviile dans sa ehambre.
•n Te vioîlà , Léonard! dâlheHiS; d^une voix Iit>i4>lée et h^ front couvert de rongeur*
Léonard , sans plusc de façon , TembraESsa; 9» L -une et Fautre joue , puis 3r sintova» avee iiisisiMice do ki santé de s^ jeune' mattr-esse > car, swk foi de BL de Beluwve (|iites(Ji^q[uaii ainsi rudisence de Marianna , il croyait pieu-* sèment cpi'^eUe n^avait cpiittë JHanfwt ^o pour yeaait se i^^tablir à Paris*
— Il faut que voue ayk^^ là une ftère malsh dtOv^ ajouibart-il , car voilà kmg«ten^ «fuo ça duMé. Bùnanefao damier, aous la raoië#, I0
i5i pËtit Battdran,'I< fdrgeiron , îtsiiù-ftit éttaidkt' goguenard qae tods étiez malade conime lui. Je TOUS lui ai [danté^, sauf votre respect, sur
la joue gauche une giroflée qui n'a pas attendu le printemps pour fleurir. C'est pourtant vrai, tout de même , notre jeune maîtresse, que vousêtes plus malade que vous en avez Pair. On ne se douterait pas, à vous voir, que vous deptïrisséï depuis tantôt trois ans. Pas vraî , monsieur, qu'on ne s'en douterait guère ? rc'pcta-t-il en se tournant vers Henry, présent à cette entrevue-
Henry prit son chapeau et sortit.
— ^ C'est monsieur votre médecin? demancb' Léonard d'un air béte.
Marianna éprouva une vive Fantaisie de le^ faire jeter h la porte. Comme elle ne pouvait se dispenser de s'informer de M. de lîclnave ,■ et qu'elle n'osait prononcer ce nom , elle prît le parti de demander des nouvelles de la Maison.
— Âh! dame, notre jeune maîtresse, répon-
dit Léonard en roulant sous ses doigts les larges bords de son chapeau , tout est bien changé depuis votre départ. Conune le disait , Tautre soir , la mère Loriot , vous étiez la joie de Blanfort; la mère Loufcil ajoutait même que vous aviez emporté avec vous le soleil du pays.
-^ Je vous ai laissé ma sœur, interrompit Ittarianna, qui se reconnaissait indigne d'^inspirer de semblables regrets. .
*— C^est précisément ce qu'^a répondu Denise , la blonde aux yeux bleus , répliqua Léonard. Mais quoique ça , la mère Boulu a feit comprendre que ce n^était pas la même chose. C^est pourtant vrai , notre jeune maîtresse , que TOUS étiez un charme pour tout le monde! Les CcWtonniers disaient que, lorsqu'^ils vous avaient vue passer à cheval sur la route , et qu'^enpassant vous lesavie:^ saluéspar leur nom, ça leur mettait le cœur au ventre pour le reste de la journée , et qu'yen rentrant au logis ils étaient meilleurs pour kur femme. Quand
ISS TOUS piralssîez ^la fbi^e , appuyëe sur le bras du maître ,c'^ëtait ud rayonnement sur toos I«s TÎsa((es et le soir on en parlait à la veillée. Je
sais bien, pour mon compte, que quand vous aviez mai'ché dans mes allées , mes bordures d^œillets étaient plus fraicbes et le cœur de Léonard plus content.
— Vous ne m'avez donc pas oubliée, là-bas! dît Marianna qui sentait de grosses larmes rouler sous SCS paupières.
— Oubliée , notre jeune maîtresse ! s'écria rhoiinètc garçon en lui pressant rudement la main. Vous oublier, nous autres! La mère Bambochard , cette vieille farceuse qui a enterré trois maris sans en pleurer un seul , disait qu'elle Ferait plutôt le voyage de Paris, dutelle le faireapied, que de mourir sans vous avoir vue encore une fois. Maîs,madame, si on vous regrette au village , c'est bien autre chose sous votre toit? Il faut voir comme le maître est triste I Personne n'ose se gaudir devant lui. Au printemps dernier, vers la mi-avril , U lui
ptitkaAmie de plâitter, detnbete dkÉM(|if ^UKf jardin alignais. New en ^ufidÉûèft. {dtiiMUM' jouF&de sttitd, et eliafqae j^dur^c^élttiiM plffi^ noHteau ) <;t fioifô ne savions aa ^eL noui» aap««' réte)^« -^ Ah t noire «Satire , lui dis- je un ixià-*-
tm, k pied droit a^uy^ mr lèfierde mabé-
che , les deux bras croisés sur le tûanehe , c'^est un grànd'malheur que notre jeune dame soit ab^nte ; elle nous eut été d'un bon conseil en cette affiiire. — La dessus , monsieur tourna lés talons tons répondre ; et depuis , il n^a jamais' été (jue^ïon de jardin anglais entre nous. M. Valtonene chasse plus ; il nVpâs tué deux lapins depuis son retour de Paris. Madame Votre sœur n^'a pas l'air ^ non plus, d^étre incommodée par l'envie de rire. Denise , la blonde,
assure qu**eïle Ik voit pleurer toùs^ les diiiianctes à la messe. Marinetté, votre cuisinière, ne veut plus faire les plats que vous aimiez.' depuis votre départ, on n'a pas mangé de crêpes au châteâUr. Marie , vôtre filleule , dît que ies^ vaclies âont des ingrates de donueif de
Almn bit^ kftqiM nous n?élw pas Jàb pow le Wire. Enfin , T^rtrepauvre Léonâcdn'a p]« goût à sas plale-bandéa ; le»mfibB»iie mxai» sensc plus <|a^à la swit Medard^et pouB |p>ùi]8r diBS petits pois.,, il fout attaendre- la soini Ba))a»> kia* I^ mèpê Loutîl^ hien xaisoB dedint que vous avez emporté le solddL djGipa:y& . ^
^mr Mon pauvre Léonard !. dit Mariann»qui riait et pleurait à la &ia; eàt*-ee quetu te soè* YiABS encore de^MS jours pasoés- a YieiUjevilleP
-^ Si je m^on soumeDS , jami-^Dieu ! Jena suis cassé la jambe que void^ en sdlant dénidbchp pour vous uoe coudée de piesrgrîècheSi CTest graine, à Y0U5 quiS^Léonard a été eieûipt de la 4^nacriptjon. Je serais bien ingrat, sijenem?bii souwnaiapas;.
-^ Ce pauvro; Léonard ! répétait madâimi
deiBelnaveav^eo afttaubdssonient. Et, dis-moi ^
Lébnard, estroe que tuine songes pas à te ma*
rier bientôt ?
LéonardvdoTmt rouge comme la crête d^uv
~- Dame ! notre jeune maîtresse , j^y songe liien par-ci , par4à. J'imagine de temps en temps que Denise, la blonde, ferait une gentille ménagère. Mais j'ai consulté notre maître, et y sauf votre respect , Monsieur m'a répondu que j'étais un imbécille et que je ferais mieux de rester garçon.
— Âh! Monsieur t'a répondu cela f ditMarianna d'un air préoccupé.
— Oui , répliqua Léonard. Il me semble pourtant que Monsieur n'est pas payé pour donner de semblables conseils.
Marianna demeura silencieuse.
•— Il faut revenir ^à Blanfort, jarni-Dieu! s'écria Léonard, en frappant le parquet de son bâton de cornouiller. Les médecins de Paris sont des enjeôleurs et jamais on ne me fera croire que le brouillard qu'on avale ici vaut mieux que l'air de nos campagnes. Revenez , notre chère maîtresse : on s'ennuie Ihbas de ne plus vous voir. Votre présence rendra la gaieté au pays. Comment pouvez-vous
vivre ainsi, éloignée de ceux qui vous aiment ? c^est là votre mal , madame. Venez , Blanfort vous guérira. C^est ce que disait, Fautre jour, la mère Gillet. Vous savez , notre jeune maîtresse y que le père Gillet est mort F Un fameux ivrogne de moins! Eh! oui, eh! oui! disait sa veuve , qu'acné revienne ^ cette chère nngnonne , et nous la guérirons, nous autres ! . Mariaima secoua la tête et ne répondit pas. -^ Adieu , Léonard, adieu, dit-elle,
— Qu^est-ce qu'ail faudra dire là bas , de votre part? demanda Léonard en se levant.
— Que tu m^as parlé de Blanfort , et que tes paroles m'^ont touchée jusqu^jaux larmes.
— Oui , notre chère maîtresse.
— Et maintenant , embrasse-moi , dit-elle , en lui tendant la joue.
Après s'^étre préalablement essuyé la bouche avec le revers de sa manche , Léonard a{v« pliqua sur la joue qui lui était offerte un bai» ser robuste et sonore. Près de sortir, il revint brusquement sur ses pas*
-<- l»tii«-Dieul s^écria-tHil 9 en tirant des Istt^ pod^s de sa Teste plusieurs objets qa?il dépo^ précieusement sur une table ; j^oubliais le beau de Taffidre ! Yoilk deux bouteilles de kït que vous envoie votre filleule, une ifdette de blë noir que Marinette a pétrie pour vous, des oignons de jacynthes que f ai choisis moiméûie, et enfin un* cMffbn de papier epe uiadame votre Soeur m^a chargé de vous re-
mettre^
Ce elûffim de papier n^était -ni plus m moins qu'aune lettre de Wofeiî. Marîanna s^en einpatH et laissa partir Léonard , sans songer^k lé remercier.
Madame Ysitone écrivait â sa sdeur :
c< Ma sœur Wen aimée ,
c< Je suis à tes genoux que j^embrasse. Te seuviehs-tu d^un soir où, toutes deux assises sur tml^nc du jardin, nous nous plaignions douceÉneht a Dieu qui n'avait pas béni notre mariage. Dcùt jeunes femmes de Blanfort passaient en chan|ant dans li plaine , et diacttne
toiak un ieîtfant'erijbre ses htBs. Je paoïèbis mes plainte» au tiennes, et toi, etfieaqt à mon bonbettr le sacrifice de tes espérance»» t^ appelais "sw moi la préférence du ciel , tu t^éctials, ^ians'la généroaité dé toii ame , ^pie ' ma joie serait ta jeie , que' mon enfent serait fe ^nètre. Ttvi t^ènrSmiTien»^ taà sœur? Eh. iûen ! réjbuis^oi , tl remercie Dieu : tai es mèréi ! <t Te PavotteriuHJe f Tm poirté neuf moii œt
'espmr dsms mon sein, néitf moif je 1^ senti 'trèssaitlir dans mes flânes , saiis oser te>le dire.
Veox-tu tout savoir , à ma sceixr atdovéeP A«i
milieu de mes transports, ton sottTénir me rcn- ' dait confuse ; j'^avais comme regrel k aaa
félicité ; je tné sentais coupable envers tooi ; tu ' me troublais dans mon ivresse* Qae tef dirai-
je aifinf pour toi , j^étaisjaléiisèdemoi-mènie.
Mais après avoir senti ma vie se déehiçer:ijfams les angoisses de t^nfantement, j^ai rendu gr^oe a la bonté divine qui , en nous envoyant, un
'bonheur II partager ,• m-W arâil laissé la tache • pour t'^eh réscn&er le loisir.
« C'est bien toi que le ciel exauce ! Tu voulais une fille , 0*^681 une fille qui t'^est née : un ange , une âme toute blanche! Elle s'appelle Marie , de Tun de tes deux noms , de ton nom le plus doux. Tout le monde ici trouve déjk qu'elle teresseixJJe. Elle aura tes yeux , l'ovale de ton visage , ton fi:*pnt ou l'intelligence rayonne. Moi, je lui ai donné ma bouche pour te sourire et pour t'embrasser .
« y iens , penehe^toi sur ce berceau , rc^rde
.notre enfant; qu'elle est belle ! vois ses yeux,
qu'ils sont beaux ! vois son front, qu'il est
pur! Ses lèvres qui s'entrouvrent, t'appellent
€k te sourient; ses blanches mains te cherchent ;
. ses pieds se cacheraient dans le calice d'une
rose. Répète donc avec moi: notre enfant ! Moi,
je dis tcm bonheur à tout ce qui m'entoure, aux
arbres, aux coteaux , à l'oiseau qui vole , au
nuage qui s'enfuit , Ta fille ! Ton enfant !
•Notre enfont a nous deux !
«Va , elleest bien a toi ! ton nom sera le premier qu'apprendront à bégayer ses lèvres.
Je Y6U que sous mes baisers elle pleure sa mère absetite : je veux qu^^elle te reconnaisse , en te voyant pour la première fois . Car tu la verras, ô ma sœur bien aimée ! car tu la prèsseras sur ton cœur , car tu me disputeras ses caresses. Laisse-moi croire à des jours meilleurs 9 laisse-moi croire que Pange du retour et de la réconciliation est descendu sous notre toit! Je ne suis qu'aune pauvre femme, et j^ignore par quelles voies Dieu complétera son œuvre ; mais t'^auraît-il fait a Blanfort une félicité si grande , s'^il n'^entrait pas dans ses desseins de €y ramener un jour ?
Adieu , joie de ma joie , bonheur de mon bonheur ! Soigne ta vie qui ne t^appartient plus. Ce n'^est plus ta sœur qui le prie et qui te conseille : c'^est notre fille qui tend vers toi ses petits bras.
NOEMI.
Quelques ménagements qu^eût pris madame Valtone pour en amortir le coup, cette lettre pénétra, comme une lame , dans le cœur
de madame de Bëlnave* Màrihtina aikniâffei^ drement sa sœur ; mais , en songeant qc^ellls aurait pu avoir à elle seule et sans partage œ bonheur qui ne se partage pas et dont Noëûii lui offrait si généreusement la moitié , elle ne put se défendre d^un sentiment de poignante jalousie. De quelque réserve que la jeune mère eût enveloppé sa joie et son orgueil , madame de Belnave en avait bien compris le sens ; elle avait deviné sans efforts tout ce qui se cachait sous ces lignes de transports contenus et d^ivresse étouffée; elle avait cru voir rayon*ner sur chaque page ces lueurs qu'ion aperçoit au-dessus des champs, par les grandes chaleurs de Pété. Toutefois sa noble nature remporta bientôt , et elle remercia Dieu , ainsi que Ten avait priée Noêmî , sinon d^tine félicité dont elle se sentait indigne , du moins de celle que sa sœur avait à tant de titres méritée. Elle pressa silencieusement sur son sein cette fille qu'acné devait n^'embrasser jamais^ et son imagination sMgara en rêves jusqu^albrs inconnus.
«S3 BImCdH , égayé d^im berceau , lui a[^)snûssait sous un nouvel aspect. D^in autre côte , la visite de Léonard Tavait plongée dans ime mélancolie étrange. Cette prose boni^oise qui était venue la suiprendre dans Tatmosphère d^ardente poésie qui la pressait de toute part , avait passé sur elle connue ces brises qui s'^élèvcnt de la mer, au soir des journées embrasées. La Fontaine sous tes palmiers du désert doit être au voyageur altéré, ce que fut pour Maiiaiina ce coup de vent qui lui arrivait de Blanfort. Elle répéta avec un sourire attendri les noms que lui avait dits Léonard; les images qui, la veille encore, l'eussent peut-être effarouchée , se virent accueillies par elle avec une bienveillance inaccoutumée. Elle regarda complaisamment les présents rustiques, déposés sur la table , et son âme , brûlante et fatiguée , se rafraîclitt aux douleurs du passé et se reposa dans le souvenir des ennuis qu'elle avait si liHi^'temps outragés.
Henry la surprit au milieu deces réflexions. Sa pre'sence la ramena d^une façon brusque et irritante au sentiment dcPheure présente. En cet instant, elle trouva la passion tout aussi importune, et presque aussi odieuse qu^autrefois le devoir. Préoccupé de Timpression qu'^avait dû laisser a Marianna Pcnvoyé de Blanfort, jamais lemaladroit enfant ne répandit son cœur en paroles plus passionnées* Marianna récoutaavec une secrète impatience. Les bouteilles de lait , les oignons de jacynthes et la galette de blé noir semblaient regarder Henry d'*un air moqueur, et se rire de son langage. Faut-il le dire ? ce langage blessa les oreilles de Marianna comme un ton faux ou exagéré. La voyant triste et soucieuse, le jeune homme redoubla de tendresse et d'adoration. Vers le soir, il Tentraîna vers la fenêtre ouverte. Le soleil venait de s'éteindre ; les feux de la nuit s'allumaient au firmament ; aux jardins, dans les allées ombreuses, on pouvait voir encore, aux lueurs du crépuscule, passer de jeunes
femmes accompagnes cfenFants aux ébats joyeux etd^ëpoux au maintien grave. Desrires éclataient ça et là , et tes groupes se perdaient en causant sous le Feuillage. Henry se tenait près de Marîanna, un bras autour de la taille de sa belle maîtresse , et, soit que Tamour fût en lui comme une lave sans repos , soit qu'il cherchât encore à dissiper les fâcheuses influences qu'avait subies madame de Belnave , son cœur continua de s^épancher à flots bouillants et continus.
— Ah! BVcriait-il,cnl;iprcssantd''uncclreinle amoureuse, que tu es bien ma vie tout entière! Ail ! qu'il est n'ai que Pamoiirscul estbon, qu'il estic seul butdigne de nos efforts, et qucc'est folie, lorsqu'on l'a touche, de vouloir en poursuivre un autre ! Ah! que je sens bien que ton cœur estlavraiegloireel la vraie richesse ! Mais, dismoi , (pOcst-ce donc que ce charme i |ui va chaque jour grandissant , que chaque jour trouve plus jeune etplus enivrant que la veille ? Ta vue m'est toujours nouvelle et de plus en plus en-
chantée. 11 y a en toi une beauté qui m^enve* loppe et m^inonde de délices intarissables* Je passerais ma vie, seulement à te contempler , ma vie en ce monde et dans Tautre. La lumière me vient de tes yeux ; ton souffle est Tair qui me fait vivre. Quand tu parles, tout se tait en moi pour t^écouter ; non , tu ne parles pas , tu chantes. Ta robe 9 en reflBieu* rant, fait frissonner mon corps de surprise et de volupté. Lorsque je t^aj^roche , tous mes sens sont ravis. Je tressaille au bruit de tes pas : je me dis ton nom à moi- même. J'^avais imaginé des félicités exqiuses, mais rien d'^aussi beau ni d^aussi divin que toi* La nuit, je me réveille pour penser kmon bonheur. Ah l pour toi je voudrais mourir! J^ai honte à mon amour qui ne s^est encore exhalé qu'yen adorations stériles. Ne désires-^tu rien d^impossible? dis-le moi; je te le donnerai. Veux4u que j'^aîlle chercher, pour lamettreàton front , une de ces étoiles qui se lèvent au ciel ? Ëlles#e lovent pour te regarder. Que
tn es belle et que je f aime ! Haïs tous étei HHiilire , mon âme ; toos êtes ùlimcieiue et sombre! Qa^as-tufona remué donlooreiuement ton passe ; on Vu ramenée sans ^pàé sur tes mauvais jous* Maudits, ceux <pii t*alE%ent! Mais , ctudie adore'e , est-il un souvenir amer qui doive t^atteindre (bnsmes bras'Neles«8-t« pas reniés sur mœlèiires , 'les jeon que jea^ai pis remplis ?Né ma Tas-ta pa»dit toi - même , que ta vie ne commençait qu% moi î* Que noQs importe, k nous, Blanfbrtetlereste du monde! Sns-je , moi , s"^ est un coin de terre ok m^it* tend le toit paternel? Le passe, l'avenir, la patrie , la famille , c'est toi , c'est Marianna!
Ucontinua long-temps delà sorte. Marianna l'ccoutait à peine. Elle suivait du regard les ombres qui glissaient entre les arbres , moins préoccupée des discours d'Henry que des cris des enfants qui se poursuivaient sous la fcuille'e. Elle se rappelait vaguement les paroles de Léonard. Les noms du pays lui revenaient en mémoire , sans qu^ellc essayât de les
repousser. Elle laissait sa pense'e rôder autour de Blanfort ; elle cherchait des yeux Noëmi et safiUe. Elle entendait le bruit des forges, et le murmure de la Creuse qui sciûblait lui parler de Viéilleville. Mais Henry la tenait au bout d\ine chaîne de fer. Quand elle reposait, assise auprès de sa sœur, ou qu^elle se penchait sur lo berceau de sa nièce pour baiser au front Tange endormi, Henry tirait à lui la chaîne et ramenait videmment madame de Belnave au sentiment de la passion. Alors, elle s'^efibrçait de Fëcouter et de lui répondre; mais ses forces trahissant son courage , elle retombait dans les rêveries interrompues, pour en être arrachée de nouveau par cet amour impitoyable.
Ce fut pour Marianna une longue et rude soirée. Epuisée et n'^en pouvant plus, elle se dégagea du bras qui Fenlaçait et rentra seule dans sa chambre. Elle se laissa tomber dans une causeuse , et, passant ses mains sur son
front avec une expression de découragement indicible :
— Ah ! mon Dieu, s'^e'cria-t-elle d^une voix étouffée , comme j^ai dû souvent emmyer ce pauvre Bussy !
Cependant aucan nuage apparent n'avait encore altéré l'azur de leur ciel. Madame de Belnaven''était))iis femme à se laisser abattre si facilement. Elle avait trop sacrifie à Pamour, elle l'avait trop hautement proclamé le bien suprême, pour s'en retirera la première défaillance. Non-seulement elle sut cacher à Henry ces découragements de son âme, mais elle par-
vint h se les dissimuler long- temps a elle-même. Son orgueil était trop intéressé a ne pas donner raison à George Bussy. Elle s^opiniàlra à être heureuse ; elle fit de son bonheur une question d^amour-propre ; elle y mit de Pentctement. Mais dès-lors ce devint pour elle un travail de tous les instants , une étude incessante , une préoccupation sans relâche , le plus lourd , le plus pénible des labeurs.
Inexpérimenté , comme on Pest à son âge , Henry ne prévoyait rien. Il prenait aveuglément son amour pour celui de madame de Belnave, et ne se doutait pas qu'ail jouait auprès d^elle le rôle qu^elle avait joué auprès de son premier amant. Il ne comprenait pas que cette âme convalescente , eh dépit de ses prétentions à Finépuisable jeunesse , avait besoin de mena* gements ; que c^était un sol fatigué qui , pour donner de nouveaux fruits , voulait des années de repos. Au lieu de lui verser des ardeurs tempérées par de douces ondées et par de frai* ches brises , il Peiubrâsa de feux dévorants ; il
en brûla les germes à peine éclos; il en dessécha la sève renaissante. 11 ignorait Part d'iltcrnrr en amour le chant et le récitatif. 11 aimait mal , parce qu^il aimait trop bien : il aimait trop. Il usurpait le râle de la femme, ce que les femmes ne pardonnent jamais. U allait follement au devant de tous les sacrifices. U délaissait son avenir; il consentait a n''étre rien , ce que la société traduit par le deshonneur; il abdiquait sa place au soleil ; il désertait son rang dans la lutte. Une savait pas r[ii''il csl des abnégations que les femmes paient par le mépris; qu'elles ne sont touthucs que des sacrifices qui intéressent leur vaniic , et que leur orgueil repousse Pâmant assez insensé pour leur immoler le sien. II ne savait rien : il aimait.
Etourdie , enivrée par la passion de ce jeune homme qui ne lui laissait pas le temps de respirer , madame de Belnave en était arrivée îi ne plus sentir sa fatigue, lorsqu'^un incident , en apparence indifférent , mais dont les consé-
qpenceft feront irr^anblraMiit fimeH^s , Péclaira sar Fétat de ses forces et la mit face à face avec sa position réelle.
Informé quelasanbé de son père donnait de sérieuses inquiétudes, Henry n'hésita pas;fl partit. Ce ne devait être qu'un voyage de quelques jours : toutefois , la séparation fut touchante de part et d'autre* fiien des l«rmes furent répandues , bien des tendresses ëchangéesîHenrypromitunpromptretoar.et Marîanna s'apprêta de la meilleure foi du monde à passer le temps de l'absence dans un profond ennui et dans une amère tristesse.
H en advint tout autrement.
fl&adame deBelnave avaitaccompa^^ Henry jusqu'à la voiture^ Dominée par les im[»reftsionsdu départ, elle passa le reste du joor danâ une affliction vwitabfe; mais le lendemain , elle s'éveilla avec un sentiment de délivrance qui la fbappa de stupeur. Elle se lew par un soleil éclatant qui donnait imaîr de fête à sa< cha«tbre« Il Iw umbU respkrer phis
lifaràaaitqnc h TÔUej.n.paitriiitl Aait phu iéfiiae. EUe épronn cette aen«ttiiin.de bienêtre qaW reçoit, au sortir d'iine^nve, en se [doayeant dnmu^baiB d^eau'fraldiie. Les besras a^écoulcrent' arèc mu incroyable lapn ditëw Elle éeriTÎt h Noëioi ; elle sortit peur aller au bois; elle rentra calme et reposée. La journée s'acheva sans qu'elle eût , à vrai dire , beaucoup souffert de l'absence de son amant.
CelteabseDceseprolongea au-delà de toute prévision. Madame de Belnave la supporta avec une résignation parfaite. Ce fut pour elle nn temps de relâche et de répit , que troublèrent seulement les lettres d'Henry et l'obligation d'^y répondre. Les lettres d'Henry étaient brûlantes , celles de Marianna furent plus tendres que passionnées. Ecrire est en amour une épreuve décisive : en amour, le papier ne sait pas mentir. Henry n'était plus lîi pour la maintenir dans cet état de surexcitation fébrile qui emôt paies abuser toiuâeui : quand Marianna
Toidut traduire son cœur par la parole écrite y la passion se figea au bout de sa plume , et sa main refusa de tracer les mots que sa bouche avait tant de fois prononces sans' effort. Elle s^interrogea sur cette invincible répiignaMCr Henry, de son côté, s^interrogeait déjà avec effroi.
Le tact le plus exquis , Pesprit le plus délié , Fâme la plus intelligente , peuvent bien se tromper un instant aux regards de Tétre adoré, Il sa voix , k ses gestes, a son maintien, à son langage; à ses lettres, jamais. Le cardinal de Richelieu ne demandait que deux lignes d^un individu pour le faire pendre ; il ne faut que deux lignes de votre maîtresse pour savoir si vous êtes aimé. Aimé , tout vous le dit : les plis du papier sont amoureux; il s^en éduqipè un parfum qui vous saisit et vous pénètre. 11 y a dans Parrangement des moto un charmé qui ne peut s'^exprimer • Les caractères s'^entre^ lacent et se caressent , vous regalriient et vous sourient. L^amour se révèle , rien qv^k Tem
veloppe : vous n^en avez pas brisé le cachet, l|ue YOQS sentez les mots remuer entre vos do%ts; vous les entendez gazouiller, comme des oiseaux dans leur nid. Et, quand vous dépliez les feuillets , n^est-ce pas en ciFet comme des oiseaux échappés de leur cage , qui rama» gent en voletant autour de vous et se disputent pour vous becqueter?
En lisant les lettres de Marianna , Henry
sentit courir quelque chose de froid sur son cœur. Il était trop sûr de son bonheur pour soupçonner le coup qui le menaçnit. Cependant , il n^ouvrait jamais une lettre sans un sentiment de joie enivrante , il ne la fermait jamais sans une impression d^accablanle tris* tesse. Qu'^était-ce donc? il Fignorait. Il voulut conter ces angoisses a madame de fielnave ; mais ne trouvant pas de mots pour les dure, hpKhs de vains efforts pour en pénétrer le sens, il se résigna a les garder pour lui seul. C^est ainsi que Pabsence qui ranime ordinairement les amours assoupis, endormit celui-ci u. 12
dans taule Pardeur de sa fëHcké* Toutefois , à part le travail somrd qui se &isak ett elle, ce fut pour Marianna, ainsi que nous le dûions toiA à rheure, un tempe de trêve €A de kâsb ^ on oasis de silence et de paix.
Elle revenait insensiblement à dés idées plus calmes, à des ambitions plus seireines ; son esprit sWvrait a de nouvelles peroeptions. La vie lui révélait des aspects qu^elle avait pciutêtre trop Icmg^-temps dédaignes* Dépendue des cimes brûlantes, elle aspirait avec joie k fraîcheur de la plaine.
Elle s^était fait , après le départ d^Henrf , une habitude d^aller chaque jour an hm»^ acoompi^pée de Mariette* Elle a^y ckeeclast ni le bituit ni la foule, mais ^lelques ailées déserfes qn'^eUe ainudt k parcourir h là fom* bée de la nuît. Un soir qu^elle inwebait dans une de see sdlées dç prédîkelionf , A âÊtitk ifK. ce tcim^ ou elle n^a?taâ: jaunis tv^uvé ^ftie k.aofititdet fut soudsàQeœesrt; €»i^hi par des ffMsip^ notninretix 0t hfSiuei^* (T^eift des
wiazones qui pa^ssaj^e^i^ , cammç de belles fuerrières , au galop :de Içurs chevaux , saiYie9 de ça^iralieif empressés auprès d^elles : des calèche découvertes qpii glissaient sur le saUe; ime entre autres, où se tenait Ip plus charmante nichée de jeunes garçons et de petites filles qui se puisse rencontrer jamais. On eût dit une corbeille d'^enEans, de ces beaux enfow élégans et fiers qqi sentent leur bonne race e^ n'^éclosient qu^à Paris, dans les berceaux de la noblesse. Un cavalier escortait la voiture au pas relevé d^un alezan , et bien qu^il parût jeune encore , au regard qu'ail tenait constamment abaissé siair elle, il était facile de devmer le père de oette couvée d'^amours. Puis aucoe»sivement des ftunîlles entières, presque toujours des visage«i heuricw: et calmes, des sourires bÂenveillaos « de douces causeries que Hlihissaîent çk et Ik quelques mots &miliers, •^fttelque parole affectueuse ; de jeimes époux , /àomi le bonheur portait le front levé ; une '§eufe mèfff, blanche coomie Noëmi, qui
tenait un petit ange rose sur ses genoux , et s'^effrayait quand les chevaux imprimaîent à la voiture un mouvement trop brusque ou trop rapide. Enfin toutes les joies , tous les privilèges de la société semblaient s^étre donné rendez -vous dans cette allée. Exilée de ces biens quVUe voyait passer devant elle, madame de Belnave ne put s^empêchcr de faire un retour sur elle-même, et ce ne fut pas trop de tout son orgueil pour la défendre contre Tamertume des regrets.
Elle s'^éloigna d\m pas rêveur.
Comme elle allait sortir du bois , elle aperçut , dans un landau qui marchait au pas, une famille de la Creuse , dont le château était tout proche de Vieilleville : le comte et la comtesse de laM... avec leurs deux filles, amies Tune et Tautre de Noëmi et de Mariahna.' Elles reconnurent aussitôt madame de Belnave, et la plus jeune, par un mouvement irréfléchi, voulut se pencher sur le panneau de la voilure pour
rappeler du geste ou de la voix. Mais un régala sévère de niadame delà M... réprima cet élan de sympathie. Le landau poursuivit lentement sa marche, et il en tomba sur Marianna deux saluts silendeux et glacés. Elle n^eut pas même la consolation de voir que les yeux de mesdenioisellcs de la M... étaient mouillés de larmes.
Elle rentra : dans ce Paris qu^elle venait de traverser pour gagner sa demeure , elle n'^avait pas une âme qui put la comprendre, la soutenir et la consoler : seule , elle était seule !
Le lendemain, elle reçut une lettre d'^Henry : elle la lut d'^un bout à Pautre sans que son front s^illuminàt, sans que son cœur battit plus vite. La lettre achevée , elle la froissa machinalement entre ses doigts, puis s^accoudant sur une table, elle resta long-temps abîmée dans une profonde méditation. Cequ^elle pensa est resté un secret entre elle et Dieu. Tout ce que
nous savons , c'^est que celte lettre 'Itd ahnonçait le prochain retour de son amant*
11 revint comme la tempête : il rapportait un amour exalté par Tabscnce , irrité par Tinquiétude, aigri par les soupçons jaloux , plus fougueux, plus exigeant, plus terrible qu'ail ne Pavait été jusqu'alors.
vin
Avez-Yous jamais , sous un ciel de feu ^ entrepris k pied une longue course? Il venait une heure on, le corps ëchauffié parla marche, vous perdiez le sentiment de votre lassitude, et vous alliez , ne sentant plus vos lèvres desséchées, ni vos yeux brûlés par la poudre em- 'brasée de la route , ni vos pieds gonflés et saignans : vous éprouviez Fivi'esse de la fatigue. «Mais, si, vous laissant prendre aux séductions
de quelque bouquet d^arbresjetës5ur le bord du chemin, vous vous asseyiez a Tombre pour rafraîchir un instant votre front , quand il fallaitvous relever , crénelait fait de vos forces et de voire courage. Vos muscles n'^avaient plus de ressort; vos pieds meurtris refusaient d^avancer, et tous vos membres endoloris se plaignaient et criaient à la fois.
C^est exactement ce qu^ëprouva madame de Belnave au retour d'^Henry. Lorsqu^aprcs ces jours de vacances, il lui fallut reprendre sa tâche, son âme ressentit une accablante lassitude et refusa de se relever. Mais Henry était la , comme un créancier inexorable ! Vainement Marianna tourna vers lui un regard suppliant. Il fallut se lever et le suivre 1 Elle essaya : elle se roidit dW dernier effort; elle le suivit d'^un pas haletant.
Ce n^était pas un faible cœur, non plus quW médiocre courage : c'^était surtout un immense orgueil* Harassée ^ n^en pouvant plus I les pieds en sang et le visage en sueur |
elJe etou& le cri de 8a dë&ite. Henry Tobservair avec cette sombre inquiétude qui précède la fin du bonheur. En apparence 9 leur \ie n^avait pas changé ; c^éiait toujours la même union , le même échange de tendresse ; mais de jour en jour , Pair devenait autour d^eux plus orageux et plus lourd : Fheure n^était pas éloignée où la lutte allait s^cngager.
La lutte s^engagea. Comment? c^est ce que nul ne pourrait dire. Dans ces soites d^engagemens, on ne sait jamais d^oii part le premier coup , ni comment, ni pourquoi ; les amans Fignorentcux'-mémes. On commence d^abordpar de légères escarmouches qui semblent ranimer Tamour et lui prêter une vie nouvelle ; on continue par des combats acharnés qui le blessent, on finît par une bataille rangée où il succombe.
Henry souffrait, sans pouvoir se renckx compte de sa souffrance. Kien ne Tautorlsait à douter : Marianna semblait brûler de la même ardeur; cependant il souffrait. Ne sachant au juste à quoi s'^en prendre , il s'^en prit à
tonte chose. Son hmneiir s^aigrit , éetutt torbalente, irritable, einportëe. Doué d^une sensîbilitë makflÎTe, ce n''était pas assez d'^im amottr heureux pour Tabsorber. Il chercha dans les orages de la pasaon un nouvel aliment à Tafctivité de ses forces. 11 s^appËqua a tourmenter en tout sens le cœur de sa maîtresse ; il se plut II mouiller de larmes ces yeux qui avaient déjà tant pleuré. Elle aimait donc, puisquMls pleuraient encore! Maître du présent et sûr de TaVenir, du moins il le croyait, il se rejeta avidement sur le passé ; il en réveilla les douleurs ; il rouvrit les plaies qu^ avait fermées; tout lui fut prétexte de querelle et de discorde. A. vrai (fire, il •ne savait ce qu'ail avait ; il sedemandait lui-même •d'^où lui venaient celte inquiétude fiévreuse, ce besoin insatiable de trouble , cette impatience sans nom , cette irritabilité secrète. Il tardait autour de lui avec anxiété et ne comprenait pas que c^étaît le pressentiment de sa destinée qui Faî^llonnaitetle pressait 4c toiite part.
Ce furent d^abord des scènes €ipk vensôent Ton ne sait d^où et €pà se tenttînaîei^ par des
pleurs et des caresses ; petits ouragatis qui , tant que les larmes s^y mêlent ^ sont pour Pamoor ce que, dootant les fortes ehi^ars , est «ne large ondée pour la terre. Mais il se forma bientôt des orages oit les mots sillonnaient Fair et frappaient comme la foudre. Oki a beau les renier ensuite , ce >sont des bombes qnidorment dansle sein w elles sont eafouies, et qui tôt ott lurd «datent, Tiliuminent et le déchirent^
Les cœurs jeunes, ardôns» pressés de vivre, embarrassés d^un luxe qi}i sasnMe devoir ne jamais s^épuiser , se plaisent ^ngtitiërement k ces chocs de la passion dToii jaillissent parfois de magnifiqueséclairs ; ils y trouvent à satis^ hkte la* soif d^émotions qui les consume. Mais les oeeiMrs fetigués achèvent d^y mourir.
Souvent après ces scènes qui devenaient de plus en plus fréquentes , de jour en jour plus ^diamées , Marianna di^it a Henry :
'— Henry , vous êtes sans pitîé ! Vous jouez cruellement avec mon cœur ; vous le brisez. Vous oubliez cpie j^ai déjà bien souffert et que j'^ai droit peut-être à quelque repos. Vous n^avez pas de mënagemens , vous me tuez. Trouvez-vous votre volupté dans mes larmes? Mon amour vous est-il moins doux dans la joie que dans la souffrance ? S'^il en est ainsi , prenez ma vie , elle est à vous. Mais vous ne savez pas ce que vous faites ! non , vous ne savez pas ce que vos emportemens jettent en moi de découragement , de tristesse et de désespoir* Vous ne savez pas qu'yen ces affreux instans je doute de vous et de moimême. Henry, vous nous perdrez tous deux! Ce n^est pas seulement le mal que vous me feites qui crie alors en moi ; mes douleurs se tiennent entre elles , vous ne pouvez en toucher une seule sans qu'houes ne vibrent toutes en même temps. Encore , s^il ne s^agissait que de moi ! Si je pouvais mettre votre bonheur à la place de celui qui me manque , ces doiidcurs me se-
raient chères , et jamais je ne me permettrais une plainte. Mon amour vous irrite, ks tdr« tures de mon âme n^apaiscnt pas les agîtaiions de la vôtre; cruel enfant « vous n^étes pas heureux*
Alors Henry lui baisait les mains et les pieds, pleurant, suppliant, s^accusant luimême, sVariant qu^il était heureux entre tous, et achevant d^ëpuiser par les emportemens de son amour, le cœur qu^il venait de briser sous les emportements de sa colère. Ce qu^il y avait de plus lamentable, c'^est que la vie* time rassurait le bourreau. Lorsqu^après ces scènes qui la laissaient sans courage et sans énergie , il voyait Marianna silencieuse, absorbée , se méprenant sur le cours des réflexions qui la préoccupaient, il Tattirait à lui et cherchait, par mille caresses, à dissiper les terreurs qu'ail croyait lire dans ses yeux.
-^ Tu sais bien que je t'^aime, n^est-ce pas? disait - il ; tu sais bien que je veux t^adorer toujours? Ne t^alarme pas de me voir ainsi
Inrii9qpi^ , irvitftble ^ emporta , Uzaire ; il le pasye tn »oî iks chMes. qae je ûe* âauriis ^e ^ ^e )e ne {mim comprendre» Je ne sak rien 9 '^ ce n^est que je t'^aime d^un amour sans bornes* Va, ne crains rien, je svis bien ^ toi ! Appuie "^ to sans txembler svr mon cœor : cbasse ces terreurs <pii m'^outrajent* Ti| yivras moins, longtemps que mon amour. Ce quetumedisais^autrefbispour rassurer matent 4resse inquiète, je puis te le dke a non tour: fa'-je hors de toi une destinée possible F Me soiy-je réservé dans rarenirun autre rôle <[M fE^elui de t'^aimer , une félicité [dus grande que cçlle d^tre aimé de toi F Ma place restera vide au foy w de m»n père et le-monde ne me crar Jiaitri pas. Mariaima, mon univers^ commence etfi^ntjLtoiinuixu Et tu doutes, et tut^alarmes! Qu^oBt de Qommutt avec mon âme ces mour vemon» de me» humeur F Qn^eat-H^ après tout que ces orages qu^un rayon de tes yeux si^t ^ disperser? Le ciel n^est pas toujout^ d'axuf :mrâdemèrelttniiagQsquildvoik»t,
1« toleil ««lattabk se tieaf; «cktàtit efc ta*
Madame de Belnave s'^efforçait de sourire et de tourner vers lui un regard reconnaissant.. Biais ces paroles ne faisaient que redoubler le poids de sa tristesse. La confiance et la sécurité de ce jeune homme la rendaient odieuse h. elle-même : elle souffrait plus de la tendresse d^Henry et de son bonheur que de ses fureurs et de ses désespoirs.
- Elle luttait d^un courage héroïque : mais e'^^ii étsôt fait dans son cœur de tout charme et de toute ivresse. Cette existence à deux, ^ Favait enivrée si long-temps , ce perpétuel tête k tétC) qui Pavait si long-temps char* ittée, pesait sur elle et Tétouffiait comme les mars d^uneprisom. Cette vie d^artistes et de bohéimens qui Pavait séduite , cet échange de &xrtane et de pauvreté qu'^elle avait d^abord twmvé si poétique, ne lui semblait plus qu'aune aoéatrieitéd^ez mauvais goût , ou du moins
in
qa^un ehfmitilla^e. Elle n^osait })as le cKre à Henry qui tenait trop à ses prerogi* tives pour consentir à les abdiquer : mais quand le jour arrivait de quitter, en hiver, les lapis moelleux et les chaudes tentures, en été , le boudoir frais et recueilli oîi le soleil ne pénétrait jamais, pour aller grelotter ou griller sous le toit de la mansarde , Marianna avait bien de la peine à réprimer un mouvement d'^impatience , et presque toujours elle suivait Henry dW pied lent , revèche et boudeur. Il s'^en apercevait parfois, et c'étaient alors des tempêtes nouvelles , que Marianna n'^apaisait qu^en affectant un enthousiasme de bonheur , depuis long-tenkps éteint dans son âme. Ajoutez à cela qu^Henry se montrait de jour en jour plus soiti}>re, plus exigeant, plus inquiet, plus ombrageux. Marianna ne pouvait plus essayer une cGs* traction sans quMl ne la lui reprochai avec amertume. Comprenant enfin que ràmour ne suffit pas à remplir toutes les heiirto de la
vie , elle avait accueilli avec reconnaissance quelques hommes distingués de sa province : elle sentait le besoin de s^entourer de relations agréables et bonnes. Mais Henry montrait a chaque visiteur un visage si gracieux et si prévenant qu^on n^était guère tenté de s'^exposer souvent a une réception pamlle. Isolé dans son coin, silencieux et sombre, il jouait le rôle de ces épouvantails qu^on dressa dans les jardins pour effaroucher les oiseaux* Bladame de Bclnave , que sa position difficile obligeait vis-à-vis du monde à une cxlrcmo circonspection , ne pouvait s'^empécher de souffrir de la présence continuelle d^Hcnry et surtout de son étrange attitude. Elle ne savait quelle contenance tenir , et comprenait bien que chacun se retirait médiocrement édifié. Ce fut un nouveau sujet de di« visions, sourdes d^abord et comprimées, qui éclatèrent bientôt.
Un jour, Marianna reçut la visite dW certain
vicomte de L,.., gentillâtre marchois, gran4
If. 13
lueur de loups^ impcrlînent et sot. Il s^ëtaît présenté chez madame de- Beinavc sous un prétexte de parenté qu'acné ne soupçonnait même pas. Ils étaient cousins, afBrmait-îl ; d'^aillcurs leurs pères avaient ensemble couru le loup dans la foret de Champsanglard et dans les bois de Marsac. Il venait ii Paris, chaque année, passer trois mois d'^hîver, prétendant qu'avec la meilleure volonté du monde , il n'était pas possible K un gentilhomme de dépenser en province son argent , son esprit et ses belles manières. — Je fois des économies dans ma vicomte et je viens les manger à Paris , disait-il. — Je suis sûre , ajouta madame de Belnave , que vous faites ici de folles dépenses P — Assez folles, coushie , durant les deux premiers mois , ajouta le vicomte d'un air vainqueur. — A propos, cousin , s'écria-t-elle , il faut que je vous gronde pour n'être venu me voir qu'à la fin du troisième. — Le vicomte jura ses grands dieux qu'il n'était à Paris que depuis huit
jotiré.'*^ Yodi tnenMz , comin' , -vens mentez,
dit-elle avec un fin feontîr^. *— Il se confondît en sermens et en prote&talîons de totit genre. Quoique tueur de loups, on $e piquait d^avoir conserve les belks traditions de la g^alanterîâ fbmçMe ! (M vivait dans les bois , îHids on savait son môUKle ! S^il ne s^tsdt pâfs présenté ïès ktmédé précédentes , c^est qu^il i^ôifaît les «feiHbii^ de i»a belle cousine. Il tâcha! ^elqueè tadlus^s délicates qui amenèrent le rougé de k botité au f rofAt de Maorianna) et, pâr-^el pai^^Ib, et petits «ompliuieils qui fitisnt hùA^ dir Henry sur son siège. Le vicomte Pob- Servait avec inquie'tudé y et se demandait en luf-même quel ëtait ce jeune loup qui hii ntontrait les dents et le regardait de travers*
Près de sé rétirer , sur le âeuil de la porte , il appliqua le verre dW hkmth sur ^on oeil gauche , pM 9è toumatit du tèté #Hefiry :
«-r'C^est un pcù^ntP deuiânds-t-il à Mananna ^ asseafi haut peur être entendu du jeune homme.
— Non, monsieur, c^est un amant, 1 dit celui-ci, pale et froid de colère.
Le vicomte salua et sortit.
-r- Etes-vous fou , Henry ! s'^écria madame de Belnave vivement blessée. »
Henry se leva ; le bleu de ses yeuiL était noir, ses lèvres blanches et tremblantes. .
— Vous êtes fou ! répéta-t-elle av€ç hiw^ur. Pour qui donc voulez-vous me faire passer ici? Avez-vous résolu de chassef toutes les personnes qui se présentent chez moi L En vérité, Henry, je n'^ose pas qualifter.toti'e conduite*
— Moi, dit Henry, en lui prenant la main quHl serra comme dans un ç^u, j^oser^ qUalifier la vôtre ^ et je suis bien aise que cette occasion s'^offre enfin de vous en. dire mon avis, car voici trop longrtemps que, cela dure: Marianna , votre conduite est infâme !
^ — Âh ! laissez -moi ! s^écria r t * elle , en cberdbatnt à dégager sa main de'Umaiii 4e fer quiTétreignait.
— Vous m'entendrez, poursuivit Henry.
J'ai dit et je répète infâme ! Pour qui you-
lé-je vous faire passer ici, demandez- vous f Je vous réponds : Pour ma maîtresse. Suîs^ je autre chose que votre amant, moi? je vous le demande ^ mon tour. Si j''ai résolu de chaisser de chez vous les personnes qui s'y présentent ? je vous réponds : Oui ! et je mVtoiine seulement que vous m'en laissiez lé soin. Puisque vous voulez que je vous le dise , depuis quelque temps il se passe ici d''étranges choses , et je trouve que vous oubliez bien promptement que nous ne sommes plus de ce monde, nous autres! Lequel de nous deux , je vous prie , a dit k l'autre le premier : Vis dans notre amour ! ne livre pas tes jours à cette mer de bouc qui s'agite à nos pieds! qu'irais-tu faire parmi les hommes? cache ton âme dans la mienne ! Lequel de nous deiiï , vous ou moi . a le premier parlé de la sorte? Est-ce moi qui vous ai séquestrée de la foule? Est-ce moi qui vous ai conseillé roiibli
d^ exigences sociales , le sacrifiée de vos anibitioxis ? Je vous le dsmande ^ parlez. Youi seriez bien embarrassée pour me répondre. Ef Yoilà que maintenant liWioixr ne mous suffit plus! Vous éprouvez je ne ssâs quel besoitt intempestif d^estime et de considération ! Vous craignez qu'ion ne vous compromette! Il est temps , vraiment , de vous y prendre ! Depuis çleux mois, votre maison ressemble à une sUlée des Tuileries. Ce n^est pas assen d^y subir la présence des indifferens, il faut y supporter Tinipertinence et le mépris des aots. Eh bien, nonl je ne ¥eux pas qu'ail en soit jainsi; je ne le veux pas, niiH> vous dis^e !
-^ Vous ne voulez pas, vous ne voidezpasa.* murmura Marianna d^unair de défi.
--* Je ne veux plus rien , reprit fooidernsnt Henry ; inadame , vous êtes libre..
£t U sortit
^ri- Ah\ malheureuse! s'^écria madame de Belnave avec un profond sentiment de désespçir;, tu voiiUûs .^ivre toujt KQtioi!^ abspubée
data ramoar! Tu voulais être aûnée d|uii aoMiur jftloux « exclusif , insatiable , et qui fût là vie tout entière! Tu cherchais un cœur à toi seule ! Tu es servie à souhait; on t^aime! Ml t'aime de cet amour que tu demandais au ciel , que Ui n'*e^'ràs |dus rencontrer sur la terre : pourquoi donc pleures-tu, misérable? Elle demeura long-temps anéantie. Jamais la chaîne du devoir n'avait autant pesé sur elle. Jamais, sous riadifférence de tieorge, elle n'avait enduré ce qu'elle endurait h cette heure s«is la passion d^Henry. EUeser^qMila les paroles que lui avait dîtes Bussy , la nuit de leur séparation : ses réflexions furent amères. Elle commença par s'apitoyer sur son sort, puis^ honteuse de son égoïsme , clic reporta sa pensée sur Tenfaut rjul souffrait par elle tout «e qu'elW avait sQu$ert ; elle s'attendvit sur cette destinée qu^le aUaitbriser conune on avait brisé la sienne. A. ceUeidée, son âme se ré-rolta de tout ce qui kii restaitde vigueur. Une fois encofc aile trouva Téoei^e
et la volonté de ne pas désespe'rer d^elle-méme. Elle appela à son aide les souvenirs enchantés que lui avait laissés ce jeune homme. Elle se dit qu^il était de sa gloire de donner un démenti aux prophéties de George,' Elle attisa ses feux pàlissans, et sut en faire jaillir' de vives étincelles. Elle retrouva dans sa mémoire Famour qu'^elle eut vainement cherché dans son cœur : Torgueil , la pitié , Tatten*^ drissement firent le reste. Elle se leva , elle courut chez Henry ; elle gravit Pescaliér tortueux, comme autrefois, vive et légère. Henry était absent ; il aperçut , en rentrant, sa mai^ tresse qui Tattendait. Elle lui sauta au col ; elle lui prodigua les noms les plus tendres et les caresses les plus folles. Elle voulut demander grâce à ses pieds , mais il Tappela dans ses bi^as et demanda grâce à son ' tour. Ce fut a qui n^aurait pas raison. Ils confondirent leurs transports et jamais leur bonheur n^avait brillé d'^uii éclat plus beau : dernières lueurs de. astre près de s^éteindre !
En moins d^une semaine , leur vie avait repris son trouble accoutumé. Marianna était retombée de cet enthousiasme factice dans une atonie complète: Henry s^agitait comme un li(m blesse ; la tourmente grondait sous leur toit.
Bientôt leurs querelles ne furent plus suivies de réconciliations , et des jours entiers s'^écou'^ lèrent , mornes ,' silencieux , sur les impressions fâcheuses. Déjà leurs plus beaux jours étaient plus sombres qu^autrefôis leurs plus sombres jours. Leur oisiveté n^était plus occupée. Ils ne se plaisaient plus si remuer leurs souvenirs; ils n^aimaient plus a revenir sur leurs félicités écoulées. Trop dé mauvais détroits les séparaient du passé pour qu'ails osassent en remonter le courant. L^ennui se glissait dans leur intimité. Le . désoeuvrement d'^Henry, qui
chômait sa douleur comme il avait chômé sa joie , irritait madame de Belnave à un point
qu^on ne saurait dire. Elle s'^indignait secrètement de le voir consumer ainsi les plus belles
années de sa )eufiesse. Elle Paccusaîl d^indolence et d'^inertie. Le cœuir de la femme est ua^ merveillea& creuset ail tour a toar le plomb se change en or et Vw en plomb. Tant quo. le charme dure, Tétre aimé est plus quW Dieu pour elle : que le charme tombe , le Dieu est moins qu^un homme. La grâce prend le nom de faiblesse^ la tendresse n^estpliis que de la fadeur, la passion que de Femphase , A Toubli de s^ki-méme qu^ane absenee de dJgBÎIft*
Effrayée de la responsabilité qu^elle avait assumée , ne sentant plus en elle assez detré^ sors pour lui rendre touA ce qu'^elle lui avait enlevé , Marianna se hasardait parfois à pr&« cher à Henry le travail ; ^i cherchant a le faire rougir de sa nullité , ^lle espérait débwr^ ner le cours de cette activité >qa^elle se recoo^ naissait désormais incapable de contenir et de satisfaire. Mais c^étaient alors des foreurs sans nom , des emportemens inouïs , des reproches sanglans , d'effroyables récriminations.
— Ah ! tu pleures mes jours perdus ! s'é-