‹ Marie-Antoinette aux Tuileries, 1789-1791Chapitre 14 sur 29 · LES PRÉPARATIFS DE LA FUITE · texte numérisé non relu

LES PRÉPARATIFS DE LA FUITE

Atteint profondément dans sa dignité de roi et dans sa conscience de chrétien, Louis XVI était à bout de patience. Le décret du 5 juin 1791, qui venait de lui enlever le droit de faire grâce, avait mis le comble à ses humiliations. « On a ôté depuis longtemps la liberté au roi, disait Madame Elisabeth, et voilà qu'on lui interdit la clémence. » Le malheureux monarque n'avait plus qu'une idée : s'enfuir. Depuis longtemps déjà, ce projet d'évasion le préoccupait. Des souvenirs historiques l'en avaient d'abord dissuadé. Il se rappelait Charles Ier conduit à l'échafaud pour avoir combattu le parlement et Jacques II perdant la couronne pour avoir quitté son palais. Mirabeau avait conseillé un départ de Paris ; mais il voulait un départ qui ne fût pas une fuite, un départ qui ne ressemblât en rien à une évasion, « car,

disait-il, un roi ne s'en va qu'en plein jour, quand c'est pour être roi. » Le temps n'était plus où l'on pouvait agir ainsi. Une sortie en plein jour était chose impossible. En juin 1791, Louis XVI ne pouvait plus partir que nuitamment, comme un fugitif, comme un condamné qui s'évade. La force aurait été inutile et du plus grand danger. La ruse même n'était pas sans de grandes difficultés, et la ruse restait comme l'unique ressource.

Les obstacles à vaincre paraissaient presque insurmontables. Comment tromper une surveillance chaque jour plus rigoureuse ? Comment échapper à un espionnage incessant ? Comment quitter le château, et traverser la ville sans être reconnus, sans être suivis ? Tous les jours, six cents gardes nationaux montaient la garde aux Tuileries. Deux factionnaires à cheval étaient constamment devant la porte extérieure. Il y avait des sentinelles partout, au dedans comme au dehors. On en trouvait jusque dans les issues qui conduisaient aux chambres à coucher du roi et de la reine, et jusque dans le petit corridor noir pratiqué dans les combles, où aboutissaient des escaliers dérobés. C'étaient les officiers de la garde nationale, presque tous des révolutionnaires, qui faisaient l'ancien service des gardes du corps. Ni le roi, ni la reine ne pouvaient sortir sans être accompagnés d'un certain nombre d'entre eux. Outre cette surveillance publique, il y en avait une autre, peut-être plus périlleuse encore : c'était celle des domestiques. Presque tous étaient des espions. Marie-Antoinette avait la conviction que, parmi tous ses gens, elle ne pouvait compter que sur ses premières femmes de chambre et sur un ou deux valets de pied.

Au premier abord, l'évasion semblait absolument

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e1 ils préparèrent patiemment toute une série de stra tagàmes, pour échapper à l'inquisition de leurs pr< I dus défenseurs, qui n'étaient plus que des geôliei

Devant les portes des chambres du roi <i de la reine, les gardes nationaux, qui veillaient la nui! comme !«■ jour, mettaient des matelas. Il ne fallait donc point songer à passer par ces portes. Mais, heureusement, il y avait une porte condamnée depuis longtemps, et que masquait un meuble facile à écarter. A forée de chercher l'endroit par où Ton pourrait sortir du château avec le moins de risques, Marie-Antoinette avait découvert qu'une de ses femmes, Mme de Ronchreuil, occupait une petite chambre qui communiquait par un corridor avec son appartement, et qui pourrait être utilisée pour le projet d'évasion. Cette petite chambre donnait dans l'appartement du duc de Villequier, qui avait une issue sur la cour des Princes, et une autre sur la cour Royale. Le duc de Villequier venait d'émigrer, et son appartement n'était plus occupé par personne. Marie-Antoinette s'en procura la clef. De là, on pouvait espérer sortir du château sans être reconnu. Les sentinelles qui garnissaient les cours étaient nombreuses, mais il n'y en avait point à la porte de l'appartement de M. de Villequier ; et, d'autre part, à certaines heures, elles étaient accoutumées à voir sortir des Tuileries beaucoup de monde à Ja fois surtout vers onze heures du soir ou minuit, lorsque le service du château finissait.

Le plan de Louis XVI était de se rendre à Montmédy, ville fortifiée touchant les terres de l'empereur et à portée de la citadelle de Luxembourg. En cas de

malheur, la retraite dans ce boulevard, estimé le plus fort de toute l'Europe, était facile. Un autre avantage était la possibilité de recevoir des secours d'une armée, autrichienne, si cela devenait nécessaire. L'empereur Léopold, frère de Marie- Antoinette, régnait depuis un an, et annonçait l'intention de servir les intérêts de sa sœur et de son beau-frère.

La ville de Montmédy, comme le reste des frontières françaises, depuis la Moselle et la Sambre jusqu'à la Suisse, était placée sous le commandement d'un royaliste ardent, le lieutenant général marquis de Bouille. La campagne d'Amérique lui avait acquis la réputation d'un officier de premier ordre, et la fermeté qu'il venait de montrer dans la répression des troubles de Nancy avait encore accru sa renommée militaire. L'Assemblée nationale le craignait, et le ménageait. Ne voulant dépendre que du roi seul, il avait refusé d'entrer en rapport avec le comte d'Artois et le prince de Condé. Le baron de Breteuil, qui, dans l'émigration, était l'agent secret de Louis XVI, persuada le souverain que le marquis de Bouille était l'homme de la situation, et fut autorisé à lui faire des ouvertures, au nom du roi.

Ces ouvertures, M. de Bouille les accueillit avec transport, heureux de concilier son zèle monarchique avec les intérêts de son ambition. Une correspondance chiffrée s'établit entre le monarque et le général. Par malheur, le souffle révolutionnaire avait déjà passé dans presque tous les rangs de l'armée de l'Est, et M. de Bouille ne pouvait guère compter que sur la fidé lité d'une vingtaine de bataillons de troupes allemande et de trois ou quatre régiments de cavalerie. Il proposa d'abord au roi la route de Flandre, comme la plus courte et la plus sûre pour sortir du royaume, et se

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l 'i dre à Mon1 aaédj par l'exl érieur. I '.•■ projet fut w jeté, le roi ne voulant, sous auoun prétexte, sorl ird< Etats, ce qui aurait pu donner lieu à un d< oret de dé chéanoe. Alors M. de Bouille conseilla la rouir dé Reims, qui offrait l'avantage d'avoir peu <lr rill< traverser, et d'être tacile à oouvrir. Mais Louis XVI objecta qu'il serait dangereux pour lui de | par

Reims, où, depuis l<i sacre, sa tigure était si connue. ( ta renonça donc, à cette route, et Ton oonvint de celle de Châlons-sur-Marne, de Clermont et de Varennes.

Il fui convenu, en outre, que le roi se chargeait de tous les soins du voyage depuis la sortie de Paris jusqu'à l'arrivée à Châlons-sur-Marne, et qu'à partir de cette ville jusqu'à Montmédy, M. do Bouille prenait la

[>onsabilité de la seconde partie du voyage. Le 27 mai 1791, Louis XVI lui écrivit qu'il partirait le 19 du mois suivant, entre minuit et une heure, qu'il irait dans une voiture bourgeoise jusqu'à Bondy, à une poste de Paris, pour y prendre sa berline, qui devait l'y attendre, et qu'un de ses gardes du corps lui servirait de courrier. Le général réunit un petit corps d'armée sous Montmédy, et prit soin d'échelonner quelques troupes sur la route, depuis cette ville jusqu'à Châlons. Le régiment de royal-allemand était à Stenay, un escadron de hussards à Dun, et un autre à Varennes. Deux escadrons de dragons devraient se trouver à Clermont, le jour où le roi y passerait. Ils étaient commandés par le comte Charles de Damas, qui avait reçu l'ordre d'amener un détachement à Sainte-Menehould. En outre, cinquante hussards, venant de Varennes, devaient se rendre à Pont-de-Somme-Vesle.

Le 15 juin, M. de Bouille reçut une lettre du roi lui annonçant que le départ, retardé d'un jour, n'aurait

lieu que dans la nuit du 20 au 21 juin, entre minuit et une heure. Ce retard avait pour motif la nécessité de cacher les préparatifs de la fuite à une femme de chambre de la reine, démocrate ardente, dont le service ne finissait que le 19. M. de Bouille en fut contrarié. Il avait déjà donné des ordres pour le départ des deux escadrons qui devaient se trouver à Clermont le jour du passage du roi, et il fut obligé de doubler le temps de leur séjour dans cette ville, ce qui pouvait faire naître des soupçons.

Pendant ce temps, Louis XVI et la reine achevaient péniblement leurs préparatifs d'évasion. Leur principal auxiliaire fut le comte de Fersen. Ce seigneur étranger servait la France, en qualité de colonel-propriétaire du régiment royal suédois. Il avait été, dans les jours heureux, l'un des favoris de Marie- Antoinette, l'un des familiers du Petit Trianon, et avait voué à la reine un de ces sentiments profonds, exaltés, qui naissent dans les cœurs romanesques et chevaleresque, et remplissent toute une existence.

De son côté, Marie- Antoinette, si l'on en croyait les calomniateurs, aurait eu pour le beau Suédois plus que de l'amitié. On retrouve comme une trace de ce soupçon dans les Souvenirs et Portraits du duc de Lévis, qui, parlant de M. de Fersen et de son rôle dans le voyage de Varennes, fait cette réflexion malicieuse : « Il était inconvenant, sous plus d'un rapport, que M. de Fersen occupât, dans cette occasion périlleuse, un poste qui devait appartenir à un grand seigneur français. »

Marie-Antoinette avait raison de compter sur le dévouement de ce gentilhomme, qui avait l'âme d'un paladin. Ce fut lui qui organisa les préparatifs du dé-

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part. Le ministre des affaires étranger dans la oonfidenoe, la première; difficulté était .1 obtenir un passeport pour hi famille royale. M. de Pei se ohargea de <•«' soin. Une grande dame russe de amies, la baronne «l<i Korff, était sur le point de qoil la Franoe pour retourner dans son pays. Elle devait emmener avec elle ses deux enfants, avec, un domestique et deux femmes d<> ohambre, et, en oonséquenoe, elle avait fait demander un passeport au ministre des affaires étrangères par la légation russe. Aussitôt qu'il lui fut délivre, elle le remit à M. de Fersen. C'est ce passeport qui allait servir à Louis XVI, à Marie-Antoinette, au dauphin, à Madame Royale, à Madame Elisabeth, et à la gouvernante des enfants de France, Mme de Tourzel.

M. de Fersen s'était chargé en outre de commander, toujours au nom de la baronne de Korff, la voiture dans laquelle devait s'effectuer le voyage de la famille royale. C'était une grande berline, dont la commande avait été faite, dès le 22 décembre 1790, à un sellier de Paris, et qui coûta 5,944 livres. Sa structure seule aurait pu donner du soupçon, car, le roi ne voulant pas se séparer de sa famille et Mme de Tourzel persistant à être du voyage, il fallait une voiture exceptionnellement grande, et l'on y avait ajouté des accessoires qui devaient attirer l'attention. Au surplus, il était convenu que les fugitifs ne monteraient dans cette berline qu'à Bondy, et quitteraient Paris dans un grand fiacre, conduit par le comte de Fersen qui se déguiserait en coche; .

Louis XVI avait décidé, en outre, qu'il se ferait accompagner par trois de ses anciens gardes du corps, licenciés après les journées d'octobre 1789. Il chargea

le comte d'Agoult de choisir parmi eux pour cette mission si difficile trois hommes particulièrement énergiques et dévoués, d'une discrétion et d'un courage à toute épreuve. M. d'Agoult désigna MM. de Valory, de Moustier et de Malden, qui, lors des journées d'octobre, s'étaient distingués à Versailles, en défendant, au péril de leur vie, les appartements de la reine. Ils saisirent avec enthousiasme l'occasion de se dévouer encore, et furent présentés secrètement, le 17 juin, à Louis XVI et à la reine, aux Tuileries. Marie-Antoinette leur demanda à tous les trois quels étaient leurs noms de baptême, leur disant que chacun d'eux, pendant le voyage, serait désigné par le sien, attendu qu'il fallait qu'on les prît pour des domestiques. Tous trois devaient être vêtus d'une veste jaune taillée dans la forme de celle des courriers. Le roi leur donna en détail toutes les instructions qui étaient nécessaires, et tous trois jurèrent à leur maître un dévouement sans bornes. Les préparatifs étaient tous achevés, les fugitifs attendaient avec impatience le 20 juin, date fixée pour leur évasion, et demandaient à Dieu de favoriser leur projet.

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I \ JOURMÉB I>U 20 JUIN 1791

La journée du 20 juin 1791 ne se passa point sans inquiétudes. C'était le soir, à minuit, que devait s'effectuer le départ, et les fugitifs craignaient à chaque instant que leur projet ne fût dévoilé. Des soupçons vagues circulaient dans la ville, et, aux Tuileries, la domesticité s'en entretenait tout bas.L'un des trois gardes du corps qui devaient accompagner comme courriers la famille royale, était lié avec le major général de la garde nationale. M. de Gouvion, qui était le confident de La Fayette, et qui avait un logement au château. M. de Valory alla lui faire une visite le matin, pour pressentir si Ton se doutait des intentions de Louis XVI. M. de Valory ayant fait allusion aux alarmes que semaient les journaux : « Je parie ma tête, répondit M. de Gouvion, que le roi n'a pas la moindre envie de quitter Paris. Il est assuré qu'on n'en veut point à sa personne, et qu'une fois les changements dans le gouvernement opérés et assurés tels qu'on désire qu'ils le soient, il sera plus puissant que jamais. » M. de Valory se rendit ensuite auprès de la reine, pour J'mformer de ces paroles rassurantes,

Au moment où M. de Valory entra par une petite porte donnant sur l'obscur corridor qui divisait en deux les appartements du rez-de-chaussée, Marie- Antoinette lui dit : « J'ai cru reconnaître le pas de M. de La Fayette. Cet homme m'effraye au point que je me persuade sans cesse ou le voir ou l'entendre. » Instruite du propos tenu par le major de la garde nationale : « Je vous remercie, ajouta-t-elle, du calme que vous m'apportez, j'en avais besoin. Eh bien ! nous approchons du terrible quart d'heure. Pourrons-nous sortir d'ici sans être reconnus ?... M. de La Fayette a doublé les gardes partout. » « Madame, répliqua M. de Valory, cette précaution est plutôt mise en œuvre par lui à dessein de rassurer les esprits inquiets et de faire taire les aboyeurs qu'à raison de ses propres craintes. J'ose proposer à votre Majesté de me permettre de revoir M. de Gouvion dans l'après-midi. Si je lui trouve la même sécurité, M. de La Fayette ne pouvant manquer d'en avoir une semblable, il sera plus qu'à parier que nous exécuterons notre sortie du château sans obstacle. »

Le roi survint alors, et dit : « S'ils ne se doutent de rien, nous sortirons effectivement sans peine... Vous êtes officier de mes gardes du corps. Arrivons heureusement, vous et vos camarades ne serez pas oubliés... J'irai coucher demain 21 à l'Abbaye-d'Orval. M. le marquis de Bouille m'attend avec un corps d'armée, en avant de Montmédy. De forts détachements de hussards et de dragons sont postés à Pont-de-Somme- Vesle, à Sainte-Menehoulde, Clermont, Varennes, Dun. Vous courrez devant ma voiture. Lorsque vous arriverez à Pont-de-Somme-Vesle, vous demanderez après M, le duc de Choiseul ; c'est lui qui commande l'esca-

(Irmi des hussards d< I lauzun, qui y est p tera parler à un aide-de-camp de M. I»* manniin de Bouille, auquel vous dur/, de ma part, d'exécuter les ordres qu'il a reçue. ■ Louis \ VI donna ensuite I M. de Valory des recommandations détaillées, el lui «lit, en le congédiant : i A ce soir, à onze heures et demi*

Cependant, rien n'était changé <;i l'étiquette et aux habitudes du château. Aucun incident remarquable n'attira l'attention dans le oouranl de la journée. A on/o heures du matin, la reine assista à la messe, et, en sortant de la chapelle, elle ordonna que sa voiture fût prête pour Une promenade à cinq heures du soir. Madame Royale (la future duchesse d'Angoulême) a consigné dans une relation curieuse les impressions qu'elle ressentit pendant les heures qui précédèrent le départ . « Toute la journée, dit-elle, mon père et ma mère me parurent très agites et occupés sans que j'en susse lefl raisons. Après le dîner, ils nous renvoyèrent, mon frère et moi, dans une chambre, et s'enfermèrent seuls avec ma tante. J'ai su depuis que dans ce moment-là ils l'informèrent du projet qu'ils avaient de s'enfuir. » A cinq heures du soir, Marie-Antoinette alla se promener avec ses deux enfants et deux dames de sa suite dans les jardins de Tivoli, au bout de la Chaussée d'Antin. « Pendant la promenade, ajoute Madame Royale, ma mère me prit à part, me dit que je ne devais pas m'inquiéter de tout ce que je verrais, et que nous ne serions jamais séparées pour longtemps, que nous nous retrouverions bien vite. Mon esprit était bouché, et je ne compris rien du tout à tout cela. Elle m'embrassa, et me dit que si ces dames me demandaient pourquoi j'étais si agitée, je devais dire qu'elle m'avait grondée, et que je m'étais raccommodée avec elle. Nous ren

trames à sept heures. Je retournai chez moi bien triste, ne comprenant rien du tout à ce que ma mère m'avait dit. J'étais toute seule. Ma mère avait engagé Mme de Mackau d'aller à la Visitation, où elle allait souvent, et elle avait envoyé à la campagne la jeune personne qui était d'ordinaire avec moi. »

C'est maintenant le comte de Provence, le futur Louis XVIII, qui va nous apporter son dernier entretien avec Louis XVI. Monsieur devait partir aussi dans la nuit et se rendre en Belgique, d'où il avait l'intention de rejoindre le roi. Dans la soirée il vint aux Tuileries, avec sa femme, pour prendre part au souper royal et recevoir les ordres de Louis XVI. Les deux frères, qui croyaient se revoir dans le courant de la semaine, allaient se quitter pour toujours.

Avant de souper, Monsieur causa quelques instants avec sa sœur, Madame Elisabeth, qui n'avait été informée du projet de fuite que dans l'après-midi. « Je la trouvai tranquille, a dit le comte de Provence, soumise à la volonté de Dieu, satisfaite, mais sans explosions de joie, aussi calme, en un mot, que si elle eût été instruite du projet depuis un an. Nous nous embrassâmes bien tendrement. Ensuite, elle me dit : — Mon frère, vous avez de la religion, permettez-moi de vous donner une image, elle ne peut que vous porter bonheur. Je l'acceptai, comme on peut bien le croire, avec autant de plaisir que de reconnaissance. Nous causâmes quelques temps de la grande entreprise, et, sans me laisser aveugler par ma tendresse pour elle, je dois dire qu'il est impossible de raisonner avec plus de sangfroid et de raison qu'elle le fît ; je ne pouvais m'empêcher de l'admirer. »

Le comte de Provence descendit ensuite dans l'ap-

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partement <lr la reine. Comme il embra

tir avec effusion : i Prenez garde de n'attendrir, ria Marie-Antoinette, j<i ne treui pat qu'on roie que j'ai pleuré. » Ensuite, l<" prince et sa femme soupèrent avec le roi et Madame Elisabeth. Ni les uns, ni les autres ne se doutaient que o'était là le dernier rej qu'ils devaient prendre ensemble. Ils restèrent à causer ions les cinq jusqu'à près de onze heures du soir. Quand le moment de se quitter fut venu, Louis XVI, qui n'avait pas encore tait part à son frère de l'endroit où il se dirigeait, lui déclara qu'il se rendait à Montmédy, et lui ordonna de se rendre lui-môme à Longwy, en passant par les Pays-Bas autrichiens. Puis les deux frères se dirent au revoir, avec l'espérance que, dans quatre jours, ils se retrouveraient en lieu de sûreté.

Le moment du départ approchait. En définitive, la journée s'était bien passée. Point de dénonciation ; point de soupçons graves. Le coucher du roi s'accomplit suivant le cérémonial habituel. Les coutumes du château avaient été scrupuleusement observées. Les ordres aux gens de service étaient donnés pour le lendemain. On ferma les portes à clef. On éteignit les lumières. Les membres de la famille royale s'étaient couchés. Au bout de quelques minutes, ils se relevaient.

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