LE DEPART
Le moment du départ était venu. Les fugitifs ne devaient pas quitter les Tuileries tous ensemble. Il était convenu que ce seraient le dauphin et sa sœur, accompagnés de Mme de Tourzel, qui partiraient d'abord. Quelques instants après, le roi, la reine, Madame Elisabeth sortiraient du château chacun séparément. Vers dix heures du soir, au moment où le comte et la comtesse de Provence étaient encore aux Tuileries, la reine se rendit dans la chambre de sa fille, et lui dit de se préparer. Elle lui fit mettre une robe d'indienne brune, qui avait coûté quatre francs dix sous.
La jeune princesse avait auprès d'elle sa première femme de chambre, Mme Brunier, que Marie-Antoinette instruisit de ce qui allait avoir lieu. « Je désire, dit-elle, que vous nous suiviez. Cependant, comme vous avez votre mari, vous pouvez rester. » Mme Brunier n'hésita pas un instant à répondre qu'elle suivrait partout la reine. Il fut convenu qu'elle serait du voyage, ainsi que la première femme de chambre du dauphin, Mme de Neuville ; que toutes deux partiraient, sur-le-champ, dans une voiture spéciale et rejoindraient la famille royale à Bondy.
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Mario -Antoine! lu p.i ., ,,, «!-■ la chambre d 1 1 tille dans oelle de son (ils pour le réveiller* I , lui
dit elle l pour aller dans une place de guerre où vous commanderez votre régiment. » \ ces mots I faut sortit du lit, eu «lisant : i Vite, vite, dépêcho nous ; qu'on me donne mon sabre, mes bottes, et p tons. » Ce qu'on lui donna, oe n'étaient ni des bottes ai un sabre, c'était un habillement de petite tille, un»' robe et un bonnet que la gouvernante des enfants de France, Mmo de Tourzel, avait fait taire pour lui en prévision de circonstances qui rendraient un déguisement a< saire. Le passeport dont allaient se servir les fugitifs portait que Mme de Korff était accompagm « de ses deux filles. Il fallait donc que le dauphin fût censé St re la sœur de Madame Royale. « On habilla mon frère en petite fille, a dit cette princesse, dans sa relation du voyage ; il était charmant. Comme il tombait de sommeil, il ne savait pas ce qui se passait. Je lui demandai ce qu'il croyait qu'on allait faire. Il me dit qu'il croyait qu'on allait jouer la comédie, parce que nous étions déguisés.» Etrange comédie, en effet, et qui devait finir par un terrible drame !
Les deux enfants partirent, ainsi que leur gouvernante, Mme de Tourzel, par l'appartement du duc de Villequier. Il y avait devant le château trois cours : la cour des Suisses, qui donnait sur le pavillon de Marsan ; la cour Royale, qui donnait sur le pavillon du centre ; la cour des Princes, qui donnait sur le pavillon de Flore. L'appartement de M. de Villequier avait une porte par laquelle on descendait dans cette dernière cour, et, comme il était inhabité depuis que le duc avait émigré, on n'y mettait plus de factionnaire. Marie-Antoinette voulut surveiller elle-même le départ
de scs enfants. Elle les conduisit jusque dans la cour des Princes, ce qui était beaucoup s'exposer, ainsi que Madame Royale en fait la remarque dans sa relation. Au milieu de cette cour un grand fiacre stationnait. Sur le siège était le comte de Fersen, déguisé en cocher. Cette voiture devait conduitre les enfants jusqu'à la barrière de Clichy, où les attendait la grande berline destinée au voyage. Le dauphin, sa sœur, Mme de Tourzel, montèrent dans le fiacre, et la reine rentra au château. Le fiacre sortit de la cour des Princes et vint, par la rue Saint-Honoré, au Petit-Carrousel, vis-à-vis de la maison appelée l'hôtel de Guaillarbois, près de la rue de l'Echelle et de la rue Saint-Nicaise. C'était le rendezvous où le roi, la reine et Madame Elisabeth, qui devaient quitter les Tuileries à pied et séparément, se proposaient de rejoindre le dauphin et sa sœur.
Cependant, le coucher du roi venait d'avoir lieu suivant le cérémonial ordinaire. Louis XVI s'était immédiatement relevé. Il avait mis une perruque pour se déguiser, et il s'était revêtu du costume sous lequel, pendant le voyage, il comptait se faire passer pour le sieur Durand, intendant de la baronne de Korff. Accompagné de M. de Valory, il sortit tranquillement du château par la plus grande porte, celle du pavillon du Centre. Les factionnaires ne le reconnurent pas. On le prit pour un des nombreux individus qui tous les soirs, à la même heure, c'est-à-dire vers minuit, quittaient les Tuileries, après le coucher du roi.
La reine et Madame Elisabeth sortirent, l'une après l'autre, par la porte de l'appartement du duc de Villequier. Marie-Antoinette portait une robe brune en forme de tunique. Elle avait pour coiffure un chapeau noir à la chinoise, garni d'une longue dentelle servant
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<lr voile, M. de Moustier lui donnait le bras, < i < • m. de Maldeo qui donnait le bras .1 Madame Elisabeth
Pendant oe temps, le tiacre où m trouvaient le dauphin et sa sœur, avec leur gouvernante, stationnait au petit Carrousel, devant l'hôte] de Guaillarbois. ■ Mon [rare, a dit Madame Royale, était oouohé dans le tond d(^ la voiture, sous les robes de Mma do Tourzel. N< vîmes passer M. (l<i La Fayette, qui était au coucher de de mon père ; el nous restâmes là à attendre au moins une grande heure, sans savoir oe qui se passait . Jamais 1<> temps no m'a paru plus long... Enfin, au boul (Tune heure, je vis une femme qui tournait autour de la voiture. J'eus peur qu'on ne nous découvrit ; mais je fus rassurée en voyant que le cocher ouvrait la portière, et que c'était ma tante. »
Quelques instants après, Louis XVI arriva. Il ne manquait plus que la reine. Chaque minute de retard était pour les fugitifs une angoisse inexprimable. Ils se disaient que Marie-Antoinette avait sans doute été reconnue, et comme, à aucun prix, ils ne seraient partis sans elle, ils se croyaient déjà forcés de renoncer au voyage.
La reine n'avait point été reconnue, mais elle avait perdu son chemin. Le vaste emplacement qui sépare les Tuileries du Louvre, et qui forme aujourd'hui l'une des plus belles places de l'Europe, était alors un labyrinthe dans lequel s'entre-croisaient une foule de rues : rue du Carrousel, rue Saint-Nicaise, rue de Rohan, rue de Chartres, rue Saint-Thomas-du-Louvre, rue des Orties, etc.
La reine s'égara dans ce dédale. Elle venait d'être saisie d'une grande frayeur, en voyant paraître la voiture du général de La Fayette, qui sortait des Tuileries,
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où il avait fait ses dernières rondes, après avoir assisté au coucher du roi. L'apparition d'un spectre n'aurait pas plus effrayé Marie-Antoinette. Plusieurs laquais entouraient le carrosse de flambeaux allumés, qui jetaient une lumière si grande que la fugitive, persuadée que le général allait la reconnaître, quitta tout éperdue le bras de M. Moustier, et s'enfuit du côté opposé. M. de Moustier essaya de la rassurer, en la priant de remarquer que les flambeaux placés entre elle et les yeux de M. de La Fayette éblouissaient les yeux de celui-ci, de telle façon qu'il ne pouvait la reconnaître.
Dans sa frayeur, la reine se trompa de route, et se perdit au milieu des rues qui environnaient le Carrousel. Au lieu de prendre à gauche, elle prit à droite, et se dirigea du côté du pont Royal, par une nuit profonde, et sans savoir où elle allait. M. de Moustier ne pouvait la guider, et ne retrouvait pas non plus le chemin. Il fallut se résoudre à le demander à une sentinelle du pont, puis revenir sur ses pas, repasser sous les guichets du bord de l'eau, longer la cour des Princes, la cour Royale, la cour des Suisses, pour arriver enfin au coin de la rue de l'Échelle, devant l'hôtel de Guaillarbois, où stationnait le fiacre dans lequel étaient enfermés les autres fugitifs.
Se voyant enfin tous réunis, après de telles angoisses, ils remercièrent la Providence. La portière du fiacre se referma. M. de Fersen, qui servait de cocher, fouetta les chevaux, et gagna la barrière de Clichy, où l'on devait retrouver les trois gardes-du-corps et la grande berline dans laquelle le voyage allait s'effectuer.
On était dans la nuit la plus courte de l'année. Le jour commençait à poindre. Il était environ deux heures du matin. On eut d'abord de la peine à décou-
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vtît l'endroit où étail la berline, i i Louis XVI d dit du tiaore, oe qui inquiéta beauooup m Camille. Enfin M. <!«• Fersen pevinl avec la berline. Lesporti< des deui voitures ayani été placées rune oontre l'autre, l«i roi, la reine, leura deui enfants, Madame Elisabeth e1 Mme <l<i Tourzel p ni du fiacre d
la berline. Le Bacre fui laissé sur la route, sans personne pour lr garder. La berline était attelée de «inq ohevaux. \h\ domesl ique de M. de Persen la oondui en postillon. M. de Persen lui-même monta sur le si« ainsi que les deui gardes du corps, MM. de Mousi ier et de Malden. Le troisième, M. de Valory, était parti à cheval, pour préparer les relais à Bondy. « Allons, hardi ! menez vite ! » cria M. de Fersen au postillon.
Les chevaux galopèrent à fond de train. On arriva très promptement à Bondy, où l'on relaya. M. de Fersen y prit congé de la famille royale. Il devait, le lendemain, partir pour Bruxelles ; mais, auparavant, il voulut rentrer à Paris, afin de s'assurer par lui-même que la fuite de la famille royale y était encore ignorée. Quand il y arriva, en plein jour, il alla à l'Hôtel-de- Ville, à la mairie, à l'état-major de la garde nationale. Tout lui parut calme dans ces trois endroits : il en conclut qu'il n'y avait encore aucun soupçon. Pendant ce temps, Louis XVI et sa famille poursuivaient tranquillement leur route, et le voyage qui devait si mal finir commençait bien.
MARIË-ÀNTOINÉÏTE. II. — 9