PARIS, LE 21 JUIN
A Paris, la nuit du 20 au 21 juin s'était passée très tranquillement. Personne ne soupçonnait que le Roi n'était plus dans sa capitale, et même aux Tuileries il n'y avait ni doutes, ni soupçons. Suivant son habitude, le médecin du dauphin entra, le matin, vers sept heures, dans l'appartement du jeune prince, pour prendre de ses nouvelles. Il trouva la chambre vide. Il se rendit alors dans l'appartement de Madame Royale, où il pensait que le prince pouvait être. Ne voyant ni la sœur, ni le frère, il commença à être inquiet. L'alarme se répandit. On s'aperçut que les chambres du roi, de la reine, de Madame Elisabeth étaient désertes aussi. On courut aussitôt en prévenir M. de La Fayette, qui d'abord ne voulut pas le croire. La nouvelle circula bien vite dans Paris. On sonna le tocsin. Les tambours battaient la générale. Le peuple, se croyant trahi, s'attroupa autour des Tuileries, de l'Hôtel-de-Ville, de l'Assemblée nationale. La Fayette, qui se rendait en toute hâte au château, puis à l'Assemblée, fut assailli en chemin par des gens qui menaçaient de le massacrer. Cependant l'Assemblée venait
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ie réunir. Elle était présida e par Uexandre de B( harnais, le mari de la [uture impératrice Joseph m*-, il annonça la fuite <i«i la Camille royale.
L'Assemblée, oalme et grave, pri ition
toutei les mesures d'urgenoe, mande les min barre, expédie des oourriars dans les départemt al ordre aux fonctionnaires publics, sus tio-
nalee, aux troupes de ligne d'arrêter toute personne sortant du royaume. M. de Laporte, intendant de la liste civile, remit au président une proclamation que 1 louis XVI avait laissée en partant, et dont il (ut donné lecture à l'Assemblée. « Français ! disait le souverain, désiriea-vous qael'anarohie et le despotisme desclubs remplaçassent le gouvernement monarchique sousl«quel la nation a prospéré pendant quatorze cents ans ? Désiriez-vous voir votre roi comblé d'outrages, pi de sa liberté, pendant qu'il ne s'occupait que d'établir la vôtre ? » Louis XVI, dans le même document, énumérait tous ses griefs : attentats des journées d'octobre, incommodité du séjour des Tuileries, insuffisance de la liste civile, licenciement des gardes-du-corps, atteintes portées aux droits de la couronne, obstacles opposés au départ pour Saint-Cloud, obligation d'assister, le jour de Pâques, à la messe paroissiale d'un curé intrus. « Français ! et vous, Parisiens ! disait le roi en terminant, vous, habitants d'une ville que vos ancêtres se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis. Revenez à votre roi, il sera toujours votre père. Quel plaisir n'aura-t-il pas à oublier ses injures personnelles, et à revenir au milieu de vous, lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouverne-
ment sera établi sur un pied stable ! » L'Assemblée, après avoir entendu cette lecture, passa froidement à l'ordre du jour, et se mit à continuer la discussion du projet de Code pénal.
De son côté, M. de La Fayette s'était rendu à l'Hôtelde- Ville, pour y combiner, avec les officiers municipaux et le conseil de la Commune, les moyens capables de faire découvrir quelle route la famille royale avait prise. On eut l'idée de mander au plus vite tous les voituriers de Paris. L'un d'eux avait conduit jusqu'à Bondy les femmes de chambre, Mmes de Neuville et Brunier. Il avait beaucoup vu, beaucoup entendu, et ce fut sans doute son rapport qui donna l'éveil sur la direction que les fugitifs avaient prise, et décida le général La Fayette à envoyer deux de ses aides de camp sur leurs traces. Les deux officiers partirent en toute hâte. L'avance que le roi avait sur eux était très grande, et l'on ne pensait pas qu'il leur fût possible de le rejoindre.
Au surplus, il n'y avait guère que le peuple qui désirât sincèrement l'arrestation et le retour de la famille royale. Sa fuite ou, pour mieux dire, sa délivrance comblait de joie les royalistes fidèles, et, d'autre part, les révolutionnaires, orléanistes ou républicains, en étaient aussi satisfaits. Ainsi que le marquis de Ferrières l'a remarqué dans ses Mémoires, « les orléanistes attendaient de la sortie du roi hors du royaume, et des mouvements qui en seraient la suite infaillible., que le peuple de Paris et les constitutionnels, furieux de se voir trahis, se jetteraient par nécessité entre les bras du duc d'Orléans, et lui offriraient la couronne. » Tandis que les partisans de ce prince allaient partout en répétant que la fuite de Louis XVI était une véri-
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table abdication, an anéanl in ement légal <ln oonl ni iv la nai ion «'i le monarque, le i républica (jui, bien que rru nombreux encore, commençaient à lever la tête, brisaient sur les enseignes l'écussoo et chiffres royaux. Ils se télioitaienl de \<»ir que, mal] l'absence <le monarque, les choses suivaient leur train
aOCOUtUmé, que les ouvriers allaient n leur OU
que les voitures roulaient dans Paris, que, le soir, au-
oun théâtre ne faisait relâche, lu disaient que la France
la fuite de Louis XVI la suppression de la
liste civile, une économie de trente millions par an.
Les démagogues faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour exciter les passions populaires, non seulement contre le roi, mais contre La Fayette, contre Bailly, qu'ils accusaient tout haut de complicité dans l'évasion, et qu'ils qualifiaient de traîtres. Camille Desmoulins écrivait dans son journal : « Le mardi 21 juin, on apprend que le roi et toute sa famille ont pris la fuite. C'est à onze heures du soir qu'a eu lieu le decampativos général des Capètes et Capets, et ce n'est qu'à neuf heures du matin qu'on apprend cette nouvelle. Trahison ! parjure ! Le Barnave, le La Fayette abusent de notre confiance ! » Puis, pour bien accentuer l'accusation, il ajoutait : « Je revenais, à onze heures du soir, des Jacobins, avec Danton et d'autres patriotes ; nous n'avons vu dans tout le chemin qu'une seule patrouille. Paris me parut, cette nuit, si abandonné, que je ne pus m' empêcher d'en faire la remarque. L'un de nous, qui avait dans sa poche une lettre, laquelle le prévenait que le roi devait partir cette nuit, voulut observer le château ; il vit M. de La Fayette y entrer à onze heures. » Enfin, dans le paroxysme de la colère, Camille Desmoulins s'écriait : « Comme l'animal-roi est
une partie aliquote de l'espèce humaine, et qu'on a eu la simplicité d'en faire une partie intégrante du corps politique, il faut qu'il soit soumis aux lois de la société, qui ont déclaré que tout homme pris les armes à la main contre la nation serait puni de mort, et aux lois de l'espèce humaine, au droit naturel, qui me permet de tuer l'ennemi qui m'attaque. Or, le roi a couché en joue la nation. Il est vrai qu'il a fait long feu, mais c'est à la nation à tirer. »
Au club des Cordeliers, Danton lançait contre La Fayette cette invective furieuse : « Vous avez juré que le roi ne partirait pas ; vous vous êtes fait sa caution. De deux choses l'une, ou vous êtes un traître qui avez livré votre patrie, ou vous êtes stupide d'avoir répondu d'une personne dont vous ne pouviez pas répondre. Dans le cas le plus favorable, vous êtes déclaré incapable de nous commander. Je descends de la tribune, j'en ai dit assez pour démontrer que a je méprise les traîtres, je ne crains pas les assassins. »
Cependant, la masse du peuple, qui n'était ni orléaniste, ni républicaine, se montrait profondément affligée du départ de la famille royale, et désirait ardemment son retour. Elle se disait que si le roi ne revenait point, la guerre civile éclaterait, l'étranger envahirait la France, Paris serait mis à feu et à sang. Les têtes se montaient. On attendait les nouvelles avec une impatience fébrile. A l'heure où cette anxiété troublait la population parisienne, Louis XVI et sa famille continuaient tranquillement leur voyage. « Me voilà donc, disait en chemin le roi fugitif, en dehors de cette ville de Paris, où j'ai été abreuvé de tant d'amertume ! La Fayette doit être présentement bien embarrassé dç &a personne, »