LA RENTREE AUX TUILERIES
Le 25 juin 1791, tout Paris est sur pied. Il est six heures du soir. La berline qui renferme la famille royale arrive à la barrière de l'Etoile, et descend les Champs-Elysées, pour rentrer aux Tuileries. Plusieurs centaines de milliers de spectateurs assistent à l'humiliation de la royauté. La voiture avance lentement entre une double haie de gardes nationaux. L'entrée est plus sinistre encore que celle du 6 octobre. La monarchie est plus vaincue, plus terrassée. On était parti dans la nuit du lundi 20 juin au mardi 21. On revient le samedi suivant, en plein jour ; mais ce jour-là est plus triste que les ténèbres. La nuit, au moment du départ, c'était encore l'espérance. Le jour, à l'heure du retour, c'est le désespoir. Ah ! ce palais des Tuileries, comme il se dresse menaçant dans le lointain, avec son architecture grandiose et sévère ! En vain le soleil couchant l'illumine de ses flammes ardentes ; il est sombre, il est morose, il est funeste. Autrefois, elles étaient si belles, si triomphantes, les entrées solennelles dans la bonne ville de Paris, dans la superbe capitale ! Il y avait sur la route tant de cris de joie, tant d'acclamations !
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d'amour, d'attendrissement, d'admiration, d'extase I Et Marie-Antoinette) tout heureuse d'être sîmftj la remerciait avec un si oharmant sourire ! Les soldàtl présentaient les armes* i<<s mires prenaient dani leuri bras leuri petite entants, et leur montraient du doigt te roi, la reine, le dauphin, la jeuno Madame Royale* Lee tambours battaient aux champs. Les musique militaires jouaient VU>ê Henri IV ! Les drapeaux l'abaissaient, respectueux, devant le souverain. Les gardes du corps, avec leurs brillantes armures, les Suisses avec leurs uniformes rouges, les maisons civiles et militaires du roi et de la reine, des princes et des princesses, les grands seigneurs avec leurs cordons bleus, les grandes dames avec leurs toilettes éblouissantes et la scintillation de leurs pierreries, tout ce spectacle resplendissant, tout cet attirail de luxe et de puissance ravissait, enthousiasmait le peuple fidèle. Quelle scène lugubre éclaire ce soleil de juin ! A la place du respect le mépris ; à la place de l'amour la haine. A la place des rameaux le calvaire. Cortège vraiment funèbre ! Humiliation suprême du roi et de la royauté ! On a affiché des placards sur lesquels on lit : « Celui qui applaudira le roi sera bâtonné, celui qui l'insultera sera pendu. » Tel est le renversement de toutes les idées qu'une semblable proclamation a été regardée comme un acte magnanime.
On a d'abord suivi le mot d'ordre. A la barrière de l'Etoile, la populace était sinistre plutôt que furieuse. Les regards avaient des flammes féroces. Les bouches étaient muettes. Il y avait du sang-froid dans la haine. Mais à mesure qu'on avance dans les Champs-Elysées, la consigne du silence est violée. Les imprécations, les
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injures retentissent de toutes parts. Il fait une chaleur accablante. Une poussière enflammée, que soulève la marche d'un si grand nombre de personnes, couvre l'air comme d'un voile de deuil. La berline royale apparaît au milieu d'une forêt de baïonnettes. Les voyez-vous, tous ces visages que rendent farouches la colère et le dédain, tous ces chapeaux qui restent sur les têtes, en signe de rébellion et d'insolence ? Les voyez-vous ces gardes nationaux qui tiennent leurs fusils renversés, comme à un enterrement ? L'apercevez-vous dans les flots de poussière, le grand captif, le grand vaincu, le roi ? Le roi qui, comme un accusé, comme un coupable, va être obligé de courber humblement le front et d'implorer de ses sujets l'amnistie ! La reconnaissez-vous la femme qui, elle, ne baisse jamais la tête, qui est poursuivie par la fatalité, qui voit le malheur s'acharner sur elle comme un implacable vautour^ et qui, au milieu des crises les plus horribles, des dangers les plus épouvantables, ne perd jamais la qualité qu'elle tient de ses ancêtres, et qui est comme le fond, comme l'essence de son âme : la fierté.
Si Marie-Antoinette était seule exposée, elle serait impassible en traversant la place Louis-Quinze, aussi impassible qu'elle le sera, quand, deux années plus tard, elle reviendra sur cette même place maudite, pour y monter à l'échafaud. Ce qui la préoccupe, ce n'est pas son salut à elle, c'est celui de son mari, de ses enfants, de sa belle-sœur, de ses serviteurs. Pour elle, rien ne l'émeut, rien ne la fait pâlir. Elle plane, l'intrépide souveraine, au-dessus du danger, au-dessus de la souffrance, au-dessus de la mort. Cette foule cruelle dont elle entend les cris, lui inspire, non de la colère,