‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 10 sur 37 · M A R I K- A MO I N F.TT F · texte numérisé non relu

M A R I K- A MO I N F.TT F

époque, M. de Lamotte proposait à un sieur O’Neill , ami de sa belle-sœur, de passer avec lui eu Au{fleterre; mais celui-ci ayant demandé quelque répit, ce voya{je fut remis au mois d’avril, et eut lieu en effet à cette époque. O’Neill n’accompagna M. d<‘ Ijamotte que sur les instances réitérées de madame de Ijamotte

Avant de quitter Paris, M. de Lamotte s’était rendu chez le banquier Perregaux, et lui avait apporté une somme de 2,000 écus, que celui-ci avait convertie en une lettre de crédit sur Ijondres*. Ce fut vers le 10 avril qu’eut lieu le départ. Trois jours après, le père Lotli, revenant d’un voyage à Bruxelles, alla visiter les époux Lamotte; il ne trouva que madame, qui lui dit que son mari était en Berry pour recueillir une succession. Quelques jours après il dînait chez elle; la conversation étant tombée sur M. de Lamotte, madame de Lamotte lui dit (ju’il était en Poitou; enfin, à la fin du même mois, elle se décida à lui avouer qu’il était en Angleterre, où il avait gagné 1,000 louis dans un pari pour une course de chevaux*.

Lamotte était en effet eu Angleterre, mais ce

* Information : Déposition de Jean O’Neill, àjfé de <jiiaraiite-neuf ans, capitaine au réjfiiucnt de West, à l’ile «rOléron, à Paris, rue du Four.

* Information : Déposition de François-l.ouis Perreyaux, âyé de trente-neuf ans, banquier, rue du Sentier.

’ Confrontation du cardinal avec le père J.oth.

n'était pas de chevaux qu’il s’occupait ; à peine arrivé à lionilres, il se rendit chez le joaillier Gray, et, pour entrer en relations avec lui, il lui montra un gros diamant ayant la forme d’un cœur, en le chargeant de l’appareiller. Le joaillier n’y put réussir. Lainotte voulut alors le vendre 30,000 livres, mais Gray n’en voulut donner que 20,000 livres, et rien ne lut conclu ' .

Cependant leurs relations n’en restèrent pas là, et les pièces suivantes donneront une idée des affaires qu’ils firent ensemble.

DÉCL.'tR.\TIO>' DU SIEUR GRAY, JOAILLIER*.

U Londres, le 15 iiovciubre 1785.

Je, William Gray, fils et associé de Robert Gray de Bond Street, à Londres, certifie par les présentes que les principales circonstances de mes opérations avec le comte de Valois sont comme il suit.

Dans le courant d’avril dernier, époque de ma première entrevue avec lui, il lut amené dans ma boutique par M. O’Neill, capitaine au service de France, et me montra en différentes fois diticrxes parties de diamants d'une immense valeur. Il me les proposa tous à acheter, me disant qu’il les avait en hérita<je de sa mère, <jui venait de mourir, et qui les portait en pièce d'estomac. Je consentis à acquérir plusieurs de ces pierres, et comme je lui en offris

* Information : Dé|>osition d’O’Neill.

* Pièces justificatives pour M. le cardinal de Rohan, accusé.

M ARIE-AMOrNKTTK

meilleur prix qu’on ne lui en avait offert nulle part, il désira conclure avec moi, et je lui en pris j)our la valeur de plus de 10,000 livres slerliny, que je lui payai partie argent comptant et partie en divers articles de l)ijouterie, ainsi qu’il conste du décompte ci-joint.

Les pierres que M. de V^alois m’a vendues ressenihleiit si exdctemeiil tant en poids qu’en fùjure à relies du collier fait récemment à Paris (tel qu’il m’est connu par un dessin qui m’a été remis par M. Bartliélemy, cliaijfé des affaires de France, et par nu détail qui m’a été montré ensuite), que je n’ai pas le plus léger doute qu elles n’aient été enlevées du collier.

J’ai joint ici une copie du susdit détail, et en marge j’ai noté non-seulement les pierres que j’ai achetées, mais encore celles qu’il m’a montiées uni- (juemeut et que je u’ai |)oint acquises.

Tous ces diamants étaient démontés quand M. de. Valois .me les apporta, et ils étaient si endommagés dans leurs tailles, que je comprends qu’on les aui’a arrachés à leur monture avec un couteau ou quelque instrument semblable.

A la marge du détail, j’ai noté l’article 2 comme en ayant monté les pierres, savoir ; quarante et un lirillanls formant les trois festons, etc. Les trois festons étaient, je crois, compris en totalité dans le nombre de soixante pierres que M. de Valois m’apporta à la fin du mois de mai deruier, avec ordre

de les monter en un collier et une paire de boucles d’oreilles, qu'il tue dit destiner à madame la comtesse; ces soixante pieires étaient certainement toutes prises de différentes parties du collier originaire, ainsi que je le reconnais par le dessin et le détail de ce bijou.

Le 26 du mois de mai, jour où je le vis pour la dernière fois avant son départ d’Anglctcire, il me dit que lorsque ce collier et ces boucles d’oreilles seraient achevés, il désirait que je les envoyasse à M. Sykes, à Paris, pour lui être remis. Mais je re{;ardai ces bijoux comme d’une valeur trop considérable pour être confiés à une voie ordinaire de transport, et nulle occasion favorable ne s’étant présentée, ils demeurèrent en ma possession jusque vers le 20 août dernier, que M. de ralois vint lui-même dans ma boutitiue et les em/torta.

Lors de ce dernier voyage de M. de Valois, je ne le vis que deux fois, et dans l’une de ces entrevues il se plaignit que l’épingle de diamants en étoile qu'il avait aelietée pour madame la comtesse, étant entièrement montée à jour, elle en avait par accident perdu deux ou trois pierres en la portant. Il me fit mention en même tem|>s de plusieurs autres articles que je lui avais vendus comme êlaitt employés à Bar-sui-Aidte ou y ayant été laissés, mentionnant en particulier les deux belles épées d'acier notées dans le compte ci-joint.

..l’aurais dû faii-e mention (|ue vers le commence-

M A R I E- A NTO tN ETTE

ment de juillet, je reçus une lettre de M. de Valois, datée de Bar-sur-Aube , par laquelle il me prévenait qu’une personne, dont j’ai oublié le nom, viendrait dans ma boutique demander le collier et les boucles d’oreilles, et il me donnait ordre de les lui remettre. En effet, peu de jours après, cette personne m’apporta un mandat de M. de Valois, sur moi, de huit quinées, somme que je lui devais pour balance de notre compte de bijoux; mais comme il me devait lui- même davantajje pour la façon de la monture du collier et des boucles d’oreilles, je refusai de payer les huit ffuinées.

J’ai dit ci-dessus que M. de Valois prit de moi comme portion de payement divers articles de bijouterie; j’ajoute qu’/7 prit aussi une grande quantité de perles, et il parlait ordinairement de tout cela comme de choses destinées à madame la comtesse (car c’est la dénomination qu’il employait toujours), ou propres à l'ameublement de sa maison. En général, la nature des articles dont il faisait emplette et l’ensemble de sa conduite et de ses discours dans tout le cours des affaires qu’il a faites avec moi , me l’ont toujours fait regarder comme agissant pour lui-méme, et je demeure toujours dans la très-parfaite conviction et opinion qu'il n'a pu être l'agent d'aucune autre personne, et n’a vendu les bijoux au compte de qui tpie ce soit autre lui-même.

Signé Wiu.iam Gray. »

KXTRAIT ET COPIE VÉHITABI.E DU C.RAND IJA'RE DE M. GRAT , TIRÉS ET ATTESTÉES PAR MOI JOSEPH KIRKEP, COMMIS DE M.M. GRAY ET FILS*.

Monsieur le comte de Valois, à Londres, doit à Robert Gray.

• âO mai 1 1IH5.

Liv. St. Schellings. Deniers.

Un médaillon d<- diamants 230

Une bagfiie de diamants 94 10

Un nceiid de perles jioiir une dame. . 52 10

Un écran à feu 1 4

Un entonnoir et son verre 6

Une bourse 4 14 6

Une très-belle é|)ée d’acier 100

Une très-belle épée d’acier 45

lieux étuis à cure-dents 12 12

l’n grand couteau à découper et sa

fourchette 1 4

Une paire de boucles d’acier bleu. . 18

Deux mille aiguilles 1 10

Une case lie? forte 5 5

Un anneau de diamants en jonc. . . 13 13

Quatre rasoirs , . 1

Monture d’une bague de diamants. . 1 8

Ètui pour les bagues 8

Portefeuille de soie garni de si's instruments 12 12

Un tire-bouchon 12

Une belle épingle de diamants en

étoiles 400

Une paire de pincettes i asjierges. . . 2 12 6

Une montre d’or 38

* Pièces jiistlficalives pour M. te cardinal de Hohan, accusé.

9(» M AniE-ANTOINETTE

Liv. St.

Srhrllings. Deniers

Une btmrse

Un cordon de canne

Une paire de balances à diamants. .

Un sipbon

Une paire de pincettes de paresseux.

Un collier de perles

Mille huit cents perles

Une aigrtûle du diamants en rose. . .

(ÎO

Une paire de IjoucIcs d'acier

Une cliaine de montre

Une belle paire de boucles d’oreilles

de diamants

GOO

Une ba(pie en brillants

Uni* tabatière en diamants

Une agrafe de chemise en diamants. .

Une paire de boucles

Une antre

Une ]>artie de semence de perles et

autres perles pour broderie

Sorti de la cais.se en argent. . . . . .

Total

. st. Gsch.

Somme pareille en valeur Je divers

arlieles de diamants 10,397 1. st. 6sch.

Monsieur le comte tic Valois doit à Robert Gray.

23 juillet 1*785.

^lontagc' d’un collier à brillants et de boucles d’oreilles par lui laissés à

M. Gray, le 2(> mai préeédtmt. . . 2i

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