‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 13 sur 37 · COLLIER · texte numérisé non relu

COLLIER

tine. Le 1 juillet, Bette demanda a madame de

’ " .',1 . > 'Il . * ■ T Ll I V ! z:!! I -I

Courville si elle pensait »[ue le mariage aurait lieu le 15; elle lui répondit affirmativemeut, et que M. le cardinal restait à Paris dans ce but. Mais le 15 passa encore. Madame de Courville voyant riiiquiétiide

(le Bette, lui promit de lui procurer une nouvelle entrevue avec le caidinal. Le 18 ou le 20 juillet, sur les onze heures du soir, il trouva effeetivemeiit M. le cardinal chez madame de Courville ; il était vêtu d’iiiie petite lévite violette. 11 dit à Bette de ne s’en pas prendre à lui si le mariage n’était pas fait, et que c’était de la faute de madame de Coiuvillc. Alors cette dame lui avoua que M. le cardinal lui avait promis 500,000 francs pour le mariage, et que tant que les 500,000 francs ne lui seraient pas comptés, elle n’irait pas plus loin. Bette fit part de cet entretien au baron de Panes.

Vers cette époque, madame de Courville alla

passer quelques jours a la campagne , et 1 y invita ,

ainsi (luc l’abbé Mulot et le baron de F'ages. Le

mariage devait s y conclure le 12 août, (époque du

payement des 500,000 livres. Le 7 août, Belle

revenait de Chantilly, où se trouvait alors le baron

de Fages, quand il fut mandé chez madame de

Courville. Il la trouva en larmes, et elle lui demanda

de lui rapporter l’obligation de 30,000 livres sous-

çrite par elle. Bette la retira des mains de l’abbé

Mulot et la lui remit; madame de Courville la

déchira aussitôt et la brûla, ajoutant que si elle ne

MARIE- AN TOI NETTE

sortait pas de Paris, elle était perdue; elle le pria de la suivre , en lui promettant que son absence ne serait pas longfue. Vaincu par ses instances, il céda. Madame de Courville l’envoya alors retenir une place pour Saint-Omer, sous le nom de Waiiiii, c’est ainsi qu’on l’appelait dans sa maison; elle lui fit observer qu’il n’était pas prudent qu’ils parlissent ensemble ; qu’elle voyagerait dans sa chaise et s’arrêterait à Arras, où elle l’attendrait. Arrivés là, elle lui dit quelle allait quitter la France, et que s’il était prudent il en ferait autant, parce qu’il se trouvait mêlé dans une grave affaire, le cardinal étant arrêté depuis la veille et conduit à la Bastille; elle lui offrit même de l’emmener à Londres avec elle. Bette s’informa alors des causes de la détention du cardinal, et madame de Courville lui dit qu’il avait acheté un collier de diamants; qu’il avait mêlé à cette négociation le nom de la Beine, et que son but était de se procurer les 500,000 francs nécessaires à son mariage , et de se faire (juelqucs ressources à lui-même, et que les diamants qu’elle lui avait montrés et qu’elle lui montrait à l’instant même dans une boîte, provenaient du collier.

Bette refusa d’accompagner madame de Courville à Londres, dans la crainte que ce voyage ne le compromît; îl luî demanda le payement des 30,000 francs; elle lui répondit que la demande était juste et qu elle y satisferait à Saint-Omer, s’il ne consentait pas à la suivre. Mais une fois qu’ils fiircnt arrivés à

un reiai, ü vit tout à coup madame de Courville retournant vers Paris en compagnie d’un homme vêtu d'une lévite bleue. II la crut arrêtée, et à son arrivée à Saint-Omer on lui confirma la vérité de l’aventure du cardinal. Imi, de son côté, se rendit à Dunkerque, où il resta jusqu’au IG septembre 1785 '.

Cette déclaration faite, le bourgeois de Saint- Omer vivant noblement et de ses biens, se fit taxer à trois livres pour sa déposition, et fut reconduit dans sa prison du Châtelet.

Le récit incroyable que venait de faire Bette d'Etienville compliquait énormément l’affaire du collier, car il était assez dificile de démêler ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans cet échafaudage de mensonges.

D’Etienville voulut-il à l’aide de cette fable masquer les escroqueries nombreuses qu’il avait commises envers les sieurs Vaucher et Loque, bijoutiers à qui il avait dérobé différents objets, ou bien était-il lui-même la dupe de madame de Lamotte?

N’est-il pas jiossible de supposer que celle-ci, lorsque le collier fut entre ses mains et qu elle songea à en vendre les débris, ehercha des gens qui l’aidassent dans cette périlleuse entreprise; mais, que d’un antre côté, ne voulant pas augmenter le

' Information ; Déposition de Jean-Charles- Vincent de Bette <l’Étieiiville, âgé de vingt-sept ans, bourgeois de Saint-Omer, à Paris, rue du Petit-Lion, et actuellement détenu au Châtelet.

M AniE-ANTOINETTE

nombre des jiersoiines à mettre dans le secret, elle imagina, avec son mari et Rétaux de Villcttc, la fable de la dame de Courville ;

Que rintcudant Jiujeard ii était autre que Rétaux de Villette ; le conseiller qui se faisait aussi

appeler Mnrsilly, M. de Lamotte, et la dnme. de Courville, madame de I^amottc elle-même;

Et que leur but, en forgeant cette histoire de mariage, était de faire vendre à Bette d’Ëtienville en Hollande les diamants qu’on ax'ait tant de peine à éeoidcr à Paris?

Quoi qu’il eu soit. Bette fut mis en présence du eardiual , (pii affirma u avoir jamais vu ni connu le personnage qu’on lui montrait*, et tpii nia avoir jamais entendu parler d’une dame de Courville*. ' Madame de liamotte, au contraire, appuya pendant quelque temps la déposition de Bette d’Étienville; elle prétendit avoir vu la dame de Courville et scs diamants, et avoir entendu dire qu’elle avait été la maîtresse du cardinal^.

Puis subitement elle changea de système et avoua positivement ne pas connaître la dame de Courville, et n’avoir jamais vu le sieur Bette d’Etienville Celui-ci voyant tomber morceau par morceau le roman qu’il avait si laborieusement combiné, finit

* Confrontations du caidinal avec les accusés.

* Interrogatoire du cardinal.

' Interrogatoire do niadaïue de Laniottc.

‘ Confrontations du cardinal avc?c madame de Lamotte.

ET UB PROCÈS DL’ COLjLIER. M»

par avouer qii’il s,’ était peut-être: trompé ^ et mêjiie par se rétracter positivnnent' .

Cet éti-anj;e. iucideat n' ayant pas eu de suite:, l’instructioa lut définiti^ ement close le; 26 avril 1786,

Un écrivain tpie nous avons eu plusieurs fois l'occasion de citer, M. Louis Lacoui\ émet su» le rôle joué pai' le cardinal, de Rohan dans l’affaire du collier les trois propositions suivantes ;

« Ou il avait a{;i pour lui , et le uora de la Reine n’avait été «ju’un piège ;

Ou il avait sen i d’intcmiédiaire à la Reine , et il avait eu eu léalitc avec elle une correspondance suivie ;

Ou c’était madame de Laniotte cpii avait pu l’ahuser au point de lui persuader (ju’ il voyait la Reine,, et lui faire accepter comme vraies des lettres évidomment fausses*. »

* Ik'tte (rEliviiville plus lard à lin;r parti dt: la

richesse de son iiiia({ination; il se fiti roinaneier. En 1788 il publia chez le librairt; Ituisson deux volumes in-I2 sous cc: titn* : LiCS Effets de la prévention, ou la Marquise de Ben.... La reine Marie-Antoinette avait et'f onvra(j<; dans .sa bibliothèque du'pelit Trianon. (Voyex P. I.acroix, Bibliothèque de Mftrie-Antoinette. au petit T’e/nnou. Paris, L Gary, 1863.) ,

En;lÈOt>i l!ett(' d’Etienville publia un nouveau roman eu plusieurs volumes, intitulé Les saerifices de C.\mour et dè tAmitié.

’ Mémoires du eointe de Lainottc- Valois ^ j>réfaec, p. .xxviii

Dans le premier cas , le cardinal était un fripon ; dans le second, un ambitieux irréfléchi; dans le troisième, une dupe des plus niaises.

Or, continue M. Lacour, comme M. de Rohan n’était ni un fripon ni un sot , il en résulte que c’était un ambitieux irréfléchi, qu’il avait servi d’intermédiaire à la Reine, et qu’il avait eu en réalité avec elle une correspondance suivie.

Nous protestons de toutes nos forces contre cette conclusion erronée, à laquelle la procédure, que nous venons de dérouler sous les yeux du lecteur, donne le plus énergique démenti.

Non, le cardinal n’était ni un fripon ni un sot, c’était, comme le dit l’auteur des Mémoires du comte (le Lnmotte, un ambitieux irréfléchi, mais sa crédulité inconcevable fut la seule cause de sa perte, et sa confiance en madame de Lamotte, dans laquelle il cnit voir une intermédiaire capable de le faire rentrer en grâce auprès de Marie-Antoinette , donne la clef de toute sa conduite dans l’affaire du collier.

On s’est beaucoup récrié contre cette confiance invraisemblable, et c’est là ce qui a fait à tort supposer la Reine de connivence avec le cardinal.

Mais si immense que puisse paraître la crédulité de M. de Rohan, il faut néanmoins l’accepter, puisqu’elle existe et que tout l’atteste dans la procédure.

Deux points seulement incriminaient le cardinal dans les dépositions des témoins :

ET r,E PROCÈS Dü COLLIER. 181

1" D’avoir dit ntt sieur de Saint-James qu'il avait xm entre les mains de la Reine une somme de 700,000// 'ancs destinée à payer le collier ' ;

2® D’avoir dit à Bassenge qu’il avait traité directement du collier avec la Reine *.

A cela le cardinal répondit : « 1“ Le sieur de Saint-^Tames est convenu qu’il s’affissait entre lui et moi d’une conversation léffcre, tenue sur une terrasse étroite où il y avait beaucoup de monde et où nous nous parlions bas de peur d’être entendus. Or, il est trcs-lacile, surtout dans une telle circonstance, de confondre au bout de plusieurs mois deux propos aussi semblables quant aux termes, l’un : J’ai xm dans les maiixs de la Reine xine somme lie 700,000 lixn-es; l’autre : J’ai xm écrit de la main de la Reine qu’elle avait 700,000 livres, pour tpi’on se permette de fonder quelque opinion .sur une base aussi chancelante; rinfluence des témoins doit être mesurée sur la nature des laits dont ils déposent. Il en est sur lesquels ils n’ont pas pu se tromper, il en est d’autres susceptibles de mille modifications incertaines, et ce sont surtout les paroles, car on ne les retient puère que selon le sens qu’on y attachait en les écoutant, et j’avoue que j’ai dû parler trèsaffirmativement des 700,000 livres, parce que je n’avais aucun doute d’abord sur l’existence , ensuite sur la disposition de cette somme destinée au paye-

* Information : Déposition de SainiJainos.

’ Récolement de Itassenpe.

MAIlIK-AMOJMvTTK

ment des joailliers, et que mou cni'iii; était alprs dans^ topte sa force '. »

U 2° Le 3 août, madame de Lamotte fait venir Çasscn{}e chez elle, et lui, annonce qu’il qst trompé, que la signature Mabie- A^TOI^KTTK DE FiiA.NÇE et Ips (^pf)roHvé sont faux. Le joaillier agité se pnisente cliez M, Ip cardinal , il le voit tran(|iiillp, son erreur n’était, pas encore dissipée : /'otre intci tuMiairc, (lit Ip sieur, Bpssenge, «p nous Iroinpe-l-il panJom les deux? M. Ip eardipaj, réfléchit et le rassure. Le sieur Bassenge ajopte dans son récolement que IVL le cardinal lui a affirmé avoir traité directement avec la, Reine : c’est une erreur, de témoin, et il est aisé de s’eu convaincre.

Personne n’était mieux instruit que Bassenge de la maniiu’p , dont les ordres prétendus de la Reine avaient été transmis à M. le cardinal. C(dle à qui le.s joailliers avaient montré le collier en décembre; celle qui les avait avertis le 21 janvier que la Reine désirait le collier et qu’iui {frandj seigneur serait c.haijfé d’en traiter pour Sa Majesté; celle qui était venue le 24 janvier, à sept heures du matin, Icspinvenir qu’il allait, paraitre et (ju’il fallait prendre des précauticuis ayec lui; celle à qui ils ont fait .leurs reipprcîments Ip 4 février ; celle à qui même ils ont pçusé à faire olfrir un présent, était bien à Jems yeux

* Mémoire pour Louis-René-Ednuanl Je Rohan, accusé, contre M. le procureur {jénêral , par, M*, Taryel , avocat, p. G8.

ET l,E PROCES DE COELIER.

l’auteur de toute l’alTaire'; voilà le tiers ou l’iiitermédiaire par lequel ils savaient que s’était formée la correspondance (juc M. le cardinal, croyait avoir avec la Reine, et l’on remarque que dans l’enti evue du 4 août, le premier mot du sieur Bassengc est celui-ci ; Voire intermédiaire ne nous trompe-t-il pas tons les deu x ? Instruit parfaitement que M. le cardinal ne traitait que par un inlerméduiirc, il le dit lui-même; il ne peut donc pas venir à l’esprit de M. le cardinal de 1 assurer qu’il a traité directe-

ment !

mil

Mais si l’on ajoute à ceci que les joailliers ont présenté un mémoire au Roi le 12 août, huit jours seulement après cette conférence, et qu’ils n’ont rien dit de ce dernier fait ; qu’ils ont présenté le 23 août, au ministre du Roi, un autre mémoire dans lentiel ils

1 1,. . ’ , ,1 li l,.. H

parlent de cette conversation du 3 août où la dame de Laniotte leur déclara que la sijjuatun; était làusse, et leur donna le conseil de s’ach-esser à M. le cardinal, et que dans ce mémoire ils n’en ont pas dit davantage; (pie le 18 août le sieur Rasscnjfc a conféTi'de l’affaire avec le sieur Serpaud, <pii en a disposé ' ; que, dans cette conférence, il a parh- de la

* Information : Philippe-Jacque.i Serpaud, à(jé de cinquante ans, ancien fennier {féïK-ral, rue Sainte-Apolline, d(5pose qu’il a connu les détails do l’affaire du collier par Rassenge qu’il a rencontré le 17 août à la f-oinédie française et qu’il a été voir le lendemain; (|ue lîasseiiye lui a fait l’éloge de la' bonne foi du cardinal, en ajoutant cependani

M A lU E- A TO 1 N ETT E

visite (lu -4 août par lui faite à M. le cardinal, de la conversation qu’ils ont eue ensemble, et que nonseulement il n'a rien raconte- de ce même fait au sieur Serpaud , mais encore qu’il a mis dans la bouche de M. le cardinal ces paroles toutes difiérentes : Oui, je vous affirme fine tout ee tjue Je vous ai (lit est vrai; si l’on ajoute encore que dans sa de-position faite au mois de septembre, le sieur Basse-uge, parlant à la justice souveraine sons la foi du serment, n’a pas retrouvé ce fait dans son souvenir, nous lui demanderons epielle mémoire nouvellement ('•close a pu lui rendre un mot si longtemps oublié ?

Quand même i! serait arrivé, ce qui n’est pas, que dans quelque conversation epic ce pût être, M. le cardinal, regai-dant les paroles qu’il croyait avoiientendues dans les jardins de la bouebe de la Reine comme une jfarantie personnelle et directe des ordres fjuc lui transmettait la dame de Lamotte, M. le cardinal, conside'-rant les lettres ejue celle-ci lui montrait comme l’expression directe de la volonté de la Reine, puisqu’elles auraient été destinées à parvenir juseju’à lui , eût dit en effet qu’il avait traité directement ; allons pins loin encore, epiand même quelques esprits mal disposés voudraient croii-e ejue ces motifs de persuasion n’avaient pas assez de

qu’il avait donne'; le'-gère-nient sa confiance, et qu’il ne répondait pas qu’il ne fût pas dupe, et qu’il lui avait iiiêine dit (au canliiial) : « Si vous ii’avez pas traité directement av(!c la Reine, je crains ejiic le tiers ne nous trompe, n

force , et que pour prendre du coi’ps à ses yeux ils avaient besoin d’être appuyés soit de l’état d’anxiété où les moindres doutes devaient jeter M. le cardinal, soit des illusions d’un amour-propre toujours bien difficile à réprimer lorsqu’il persuade une chose honorable, eh bien, que s’ensuivrait-il de cette supposition? Autorisé comme M. le cardinal aurait cru l’être, forcé par l’état de sou âme à repousser toute idée alarmante, ce serait à peine une faiblesse, et il serait aussi juste de l’excuser dans sa personne qu’il serait juste de punir dans la dame de Lamotte la cause monstrueuse de son erreur ' . »

Sur tous les autres points, Taryet, avocat du cardinal, prouva jusqu’à l’évidence sa non-culpabilité.

Mais, si M. de Rohan n’avait trempé eu aucune façon dans l’escroquerie du collier, si, au lieu d’être un fripon, il n’était qu’une dupe, il est un crime dont il s’était rendu coupable, et ce crime, c’était d’avoir ouü’agé de la manière la plus indigne sa souveraine, d’avoir ctti, lui prince, <jue Marie-Aiitoinette le recevrait à merci, parce qu’il se chargeait d’acheter pour elle un collier de diamants , et d’avoir traîué dans la fange de l’intrigue le nom de la Reine.

Quant à la correspondance échangée entre lui et la Reine, elle était brûlée. L’abbé Georgcl avait mis

* Mémoire pour Louis- René-Edouard de Rohan, acriisé, (’ontrc M. le proeureur (fénéral , par M' Tarj;el, avocat, p. 77.

au feu les lettres de Maiie-Autoinctte, et madame

, X ' Ij <n . '"I I ■ ' 11 ' ,

(le liamotte en avait tait autant pour les réponses du eardiiial.

Atissi M. de Roliàn, eraipnaiit d’a^ffjraver encore sa position et d’aiijfiiicnter rïndi;;nation du Roi et de la Reine à ’soii éfjard s’il avouait ecttc correspon-

danee, se liàta-t-il de la nier. R prétendit que madame de Lamotte lui montrait des Icttri's de Marie- Antoinette à clic adressées, que ées lettres eonteiiaient les ordres qui l’avaient déterminé à ae\ieter le collier', et (|ue c’était toujours à madcàme de Raiiiotti' ipi’il s’adressait quand il avait quelque chose à lui marquer pour le faire savoir à la Reine. Le cardinal avait en eflét heaueoup écrit à madame de

l-arnolte, etM. Reuqnot, ipii aida cette dernière, un peu avant son arrestation, à brûler quelques papiers (|ii’elle avait à Bar, a vu plusieurs de ces lettres : U C’est là, dit-il dans scs Mémoires, ipi’cii portant mes reqards sur nue des mille lettres du cardinal, j’ai vu avec pitié quel ravafjc avait fait chez ce inallicureux homme le délire de l’amour exalté par celui 'lie l’ambition. Ce.s lettres, de nos jours, un hominè ipii se respecte le moins dû monde jiourrait commencer de les lire, mais ne les achèverait jias *. »

Madame de Ijamotte les achevait, elle, et l’on doit bien penser dans quel style devait être conçue

' Coiitroiitatioii du cardinal avec madame de Lamotte. - comte fieiiyiiol.

KT I.'f; PRÔCKS r*ü eOU.IEB. Vs7

la 'cyyi¥es^)da<laiice preHctldiu; de la Reine avec le <-aidinàl.

Du rtsté, les déné{jations de M. de Roha hsnr ce point, et qui létaient pour lui une nécessité de position , n’aft’aiblissent en rien les déclarations dfe Rétaux de Villetle, qui a écrit ces letti'es. T^a correspondcinee a existé, et. Comme j’a dit le même Rétaux de Villette, elle ëst non-seulement vraie, mais eneôré ellfc est tiécessaire pCuC ameiier l’aflaire du collierj qui sans cela sciait dépourvue de vraisemblatace ' .

I.a défense de madame de Tjamotte n’était pas à beaucoup près aussi facile ü établir que celle du <aidinal.

Dme toutes les invCaisemblaïu'eS, toiites les fabIcS, toutes les ruses et toutes les Calomnies cpie cette femme artificieuse entassa les unes sur les autres, s<‘rait complètement impossible. Nous allons essayer de déjfajfer de cet Ornas (le faussetés la substance de la justification qu elle présenta.

« Je ue .Suis pour rien dans toute cette affaire, disaitelle; TjCS personnes qui m’entourent savent bien que jamais je n’ai eu riioimeur d’entretenir la Reine*, et le cardinal mieux Cncorè qu’un autre ; mais moi, < omtesse de launottc, descchdante des Valois, que l’on ose accuser de vol, je vais dévoiler le coupable, et Ce coupable c’est J’un de ces pcrsonnajjcs que le

* (kinfroiilation <tri canUn.il avec Rétaux de V'illcttc.

’ Iiiterrojfatoire de niadaine de Larfiotte.

vulgaire ignorant appelle des hommes extraordinaires : empirique dans l’art des cures humaines, bas alchimiste, rêveur sur la pierre pliilosophale, faux prophète dans les sectes dont il se dit instruit , profanateur du seul culte vrai, et qualifié par luimême de comte de Cagliostro. Oui, dépositaire de la part de M. de Rohan du splendide collier, Cagliostro l’a dépecé jiour en grossir le trésor oeculte d’une fortune inouïe. Mais pour voiler sou vol, il a commandé à M. de Rohan, par l’cmpir»! qu’il s’est créé sur lui, d’en faire vendre et d’en faire monter de faibles parcelles à Paris par la eomtesse <lc l.amotte, d’en faire monter et vendre des portions plus considérables eu Angleterre par son mari. M. de Rohan a reçu le prix des portions vendues à Paris, et en nature celles qui y ont été montées ; M. de Rohan a reçu, sur sou propre banquier à Paris, les traites venues de liOndres pour les objets vendus; il a reçu en nature aussi d’autres objets qui y ont été montés , ainsi que la note de ceux qui y sont restés pour les monter encore, et il veut croire que ce collier, toujours circulant dans ses mains, sous des formes différentes, multiplié sur lui-même, a été remis en entier, à (jui? C’est un blasphème, à la Reine ! ' »

On le voit, madame de Lainottc débutait par accuser le cardinal et Cagliostro d’avoir volé le collier;

* Mémoire pour dame Jeanne de Saint- Remy de Valois, é]K>ii$e du couile de Lamotte, par M' Doillot, avoeal.

ET LE PnOCÉS DO COLLIEP.

quant à elle, elle s’était bornée, pour rendre service à M. de Rohan, à faire monter quelques pierres à Paris et à en vendre quelques autres à I^ondres par l’entremise de son mari.

Mais alors , lui objectait-on., dans quel but avezvous fait jouer à la fille d’OIiva le rôle de la Reine, et à quoi pouvait vous servir la scène de Trianon ?

« C’est là un fait d’une absurdité inconcevable , répondait-elle par l’organe de son avocat : la dame de Lamottc a procuré à M. le cardinal quoi? Une entrevue avec la Reine, Où? Dans le parc de Versailles. A (|uellc heure ? A minuit. Dans quel temps? Au mois de juillet 1784, époque antérieure à l’affaire du collier. Ce serait manquer à tous les devoirs que d’entreprendre de réluter sérieusement une assertion si {frossièrement indécente. Quoi ! un homme de l’importance de M. de Rohan présenté par une femme qui n’avait aucun titre pour voir sa souveraine !

Aussi n’est-cc pas de lui-même que M. le cardinal croit avoir été présenté, il le croit sur la foi d’un témoin, et quel est celui-ci? le baron de Planta, <|ui a voulu une fois traiter la comtesse de Lamotte, lui soutenant qu’elle était malade, quoiqu’elle se portât bien. Il prétendait que le mal était au (jenou; elle pria M. de Rohan de ne lui plus envoyer un homme qui l’ennuyait. Eh ! qui ne voit que dans cette mascarade nocturne, c’est le haron de Planta qui apparemment aura fait voir à M. de Rohan, ou

130 MARtE-ANTOlNETTE

qui lui aura fait croire qu’il voyait ou ne sait quel fantôme à travers l’une de ces bouteilles d’eau limpide avec laquelle Cagliostro a fait voir notre auguste Reine à la jeune demoiselle de la Toui''? Dans ce rêve extravagant, M. de Rohan a-t-il donc reconnu le port majestueux, ces attitudes de tète qui n’appartiennent qu’à une reine fille et sœur d’empereurs ? »

Cependant les déclarations des témoins, les aveux de Rétaux de Villette et de la d’Oliva vinrent bientôt foreer madame de Lamotte à prendre un autre système de défense.

A l’orfévre Grenier, dont les dépositions sont si terribles contre elle, elle répond : « Ce témoin est suspect, il a été à la Rastillc pendant quinze jours, et quand il en est sorti, il n’a pas manqué de déposer contre moi par vengeance de ce (jne je l’ai mis à la porte do chez moi, et de ce «pi’il a été emprisonné relativement à moi*. "

Au père Loth : « Vous avez dérangé mon mari, vous lui avez fait voir des filles, vous l’avez engagé à faire mauvais ménage avec moi, vous m’avez volée ‘ . »

* Voyez clans les Pièces justificatives, au premier interrogatoire de madame de Lamotte, le récit de cette scène de fantasmagorie.

^ Mémoire pour ilame Jeanne de Saint- liemy de Valois, épouse du comte de Lamotte, par M” l>oillot, avocat. '

’ Confrontations de la dame de Lamotte et du canlinal.

* Confrontation de la dame de Lamotte avec les témoins.

Cependant , il fallait explitjuer d’une manière satisfaisante la scène de la d’Oliva, scène quelle avait d’abord niée impudemment, et c’est ce qu’eUe 6t en chargeant le cardinal de la manière suivante ;

« C’est vers le mois d’avril 1784 que le cardinal me fit ses premières confidences au sujet de la Reine , tantôt en me montrant des lettres qu’il disait venir d’elle, tantôt en me disaùt qu’il la voyait. Au mois de mai , je lui témoignai ma surprise de cc qu’il me disait avoir le bonheur de voir la Reine ; le cardinal me répondit : « Si vous voulez en être persuadée, je vous mènerai dans un endroit où je passe pour aller chez elle sans être vu de personne, n II m’expliqua que c’était auprès de l’escalier de marbre blanc (jui était à côté de l’appaitcment de Madame. Très-peu de joiu^ après ce propos , le caixlinal vint chez moi à dix heures du soir, il me montra une lettre qu'il dit venir de la Reine, et dans laquelle un rendezvous lui était donné entre minuit et une heure dans l’endroit qu’il savait; il ajouta : « Vous me voyez une lévite bleue, je me la suis fait faire exprès pour n’ être pas reconnu, ctpoiu qu’oniue crût attaché au Roi. »

Il pai’tit de chez moi après avoir fait un paquet de plusieurs mouchoirs enveloppés dans un, qu’il poitait à la main jmur n’être pas reconnu par le cent-suisse qui est en sentinelle ou par d’auti'cs ; il releva même ses cheveux sous son chapeau rond, toujours pour n’étie pas reconnu.

Au mois de juin et au mois de juillet suivants, le

cardinal me dit encore qn’il voyait la Reine quelquefois dans le même endroit, mais pins sonvent à Trianon, quand elle y était.

Il me raconta même qu’il entrait dans les jardins sur une planche qu’il posait sur le fossé à côté d’un gros tas de pierres provenant des travaux faits au rocher du petit Trianon.

Quand j’y allais, me dit-il, mon cabriolet m’attendait à quelque distance , sous des arbres, sous la garde du baron de Planta.

Il ajouta que la dernière fois qu’il y était allé, c’était an mois de juillet, il était tombé dans le fossé, s’était démis le pouce et avait déchiré sa calotte, ce qui avait fait beaucoup rire le baron de Planta.

Je lui fis observer qu’il était étonnant (|u’un homme de son nom et de son rang ne fût jias reçu publi(juement par la Reine , et qu’il devrait insister auprès d’elle pour obtenir cette faveur*.

Impatientée de la jactance du cardinal, continue madame de Lainotte dans son Mémoire justificatif, de scs vœux pour la dignité de premier ministre, de ses espérances de voir à ses pieds ses rivaux, humiliée enfin d’un outrage grave fait à moi personnellement, je me déterminai à une vengeance, seul reproche que j’aie à me faire : c’est la scène scandaleuse jouée par la demoiselle d’Oliva **. »

' Confronlation de inadaiiie de Lainotte avec le cardinal.

^ Sommaire pour la comtesse de V alois-LamoUe , accusée, par M' Doillot, avocat.

On sait les consét|uences de l’entrevue de Trianon. Madame de Lamotte, après avoir persuadé au cardinal qu’il avait vu la Reine, lui escroqua, à doux reprises différentes, une somme de 150,000 livres, que lui porta le baron de Planta, qui en déposa.

A cette déclaration formelle, madame de Lamotte répondu que le baron de Planta était un fou, qu’il lui avait fait la cour; qu’au mois d’octobre 1784, se trouvant avec lui dans une petite chambre où il n’y a pas de sonnettes, il la pressa très-vivement de répondre à scs désirs ; pour la déterminer, il fit beaucoup de gestes avec sa canne, et lui dit qu’il avait le pouvoir de faire paraître des millions au moment même, et qu’il lui ferait une fortune considérable. Il lui promit, si elle consentait, de n’en pas parler au cardinal ; pnis , passant tout à coup de la parole à l’action, il se mit à gesticuler d’une manière étrange et à se précipiter sur elle d’une façon efïrayante; elle se bâta de s’enfuir et se réfugia dans son salon, où se trouvaient alors sa sœur, le comte de Dolomieu et quelques autres personnes dont elle a oublié les noms : elle était si pâle et si tremblante, qu’elle faillit se ti’ouvcr mal. Une fois remise, elle raconta aux assistants ce qui s’était passé, et le comte de Dolomieu lui dit : « Vous n’aviez qu’à nous appeler, nous aurions été à votre secours ‘ . »

Il faut avouer qu’en acceptant même cette scène

' Confrontations de la dame de Lamotte avec les témoins.

MARIH-ANTOIISETTE

comme une vérité, elle ne prouverait pas eneore que madame de Tjamotte n'eût pas eseroqué 150,000 livres au cardinal, en les lui demandant par une lettre soi-disant écrite par la Reine.

On sait comment elleexpliqne les diamants qu’elle a vendus ou montés à Paris, et ceux que son mari a portés à Londres.

Qnant à son changement subit de fortyne, elle l’explique par les libéralités de plusieui*s grands personnages et par les profusions de M. de Rohan envers elle.

Nous en avons dressé le tableau suivant :

U SOMMES REÇt ES PAR MARAME DE I.A MOTTE, DE LA PART VE DIVERS PARTICLLIERS , v’aPRÈS LES INTERROGATOIRES ET CONFRONTATIONS DE LADITE DAME DE I.AMOTTE.

En janvier 1781 et en février 1782, de M. le

duc de Penthièvre 8,400 livres.

En juin 1782 et en août 1783, des mains de

Madame ellc-inême, en billets 12,000

En or 1,200

En mars 1782, de feu M. le duc d’Orléans, par un chevalier de Saint-Louis, en billets

noii's 0,000

En juin 1783, de feu M. le duc d’Orléans,

par un aumônier 6,000

En 1782, 1783 et 1784, de M. le duc de Chartres, tant par liii-iuéiuc que par un aumônier 18,000

En janvier 1782 et 1783, de niadamc la duchesse de Chartres, par deux aumôniers. . 8,000

En 1782, 178;) et 1784, de M. le duc de Choiscnl, son parent, par forme de pension , en trois fois 12,000 livres.

En 1782 et 1783, de M. de Gastries, par le premier commis de la marine, sur les aumônes secrètes 3,000

En 1783, tant de M. de Galonné que de son premier commis. (5,000

Total des sommes que madame de Lamotte

prétend avoir reçues de divers particuliers. 80,(500 liv. n

« SOMMES PRÉTENDUES REMISES PAR I.* CARDtNAI. A MADAME DR LAMOTTE, d’après l’iNTEHROUATOIRE ET LES CONPRONTATIONS DK CETTE DERNIÈRE.

1782. En mai 1782 ■ 1,220 1 ivres.

Même mois, trois billets noirs et di\-

liiiit cents livres en or et ai-{;ent, ci. 4,8(K)

En juin, même année, par son suisse. (KH)

Même mois, à elle-même 6,000

En juillet, pour son frère, en trois fois

différentes 10,000

En août, par Garbonnières , tant en or qu’eu argent, à l’Iiûtel de Reims où elle demeurait, eu présence de sa sœur malade, de la nommée Vincent, garde-malade, et des nommées Émilie, Julie et Sophie, femmes de

chambre 4,800

Fin d’août, an départ du catdinal pour

Saverne, à elle-même, en billets noirs 18,000 En décembre, à son retour, à elk’-même,

en billets noirs 9,000

Même mois, pour acquitter des lettres de change, en billets noirs 7,000

17S3. Fin de janvier 1783, à clli'-iiiôine, en

billets noirs

En mars, dans une lettre, en billets noirs, pour l'installation me Saint-

Gilles

En avril, eu billets noirs et en ar{,'ent,

pour payer ses dettes

Dans le courant de la môme année, en une seule fois, en billets noirs. . . .

Provenant de trois effets di' dix mille francs, venant de rancienne caisse de Poissy, et donnés au cardinal par CiTfbcr, à qui il avait fait avoir l’entreprise des fourrages pour le prince de Montbarrey.

1784. En mars 1784, en billets et en argent.

En mai, or et billets

Le 23 juillet, jour du départ du cardinal pour Saverne, en billets

A son retour, fin novembre ou commencement de décembre

Venant encore de Cerlber, que le cardinal avait fait continuer dans son bail.

Fin de décembre, au retour du voyage fait par le cardinal à Versailles, où il avait parlé à M. de Galonné pour l’intéresser en sa faveur

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