‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 15 sur 37 · TION · texte numérisé non relu

TION

U L’an 1786, le jeudi 1" juin, di.\ heures de relcv('e, nous, Marie- Joseph Chéiion fils, avocat en Parlement, conseiller du Roi, commissaire au Châtelet de Paris, en vertu des ordres à nous adressés à l’elfet de faire à M. de Ca[[liostro la remise des effets, bijoux, diamants et deniers comptants, le tout renfermé dans un carton sous le cachet de madame de Cagliostro, après la description qui en a été faite par notre père et confrère au château de la Bastille, et duquel carton M. le marquis de Launay et M. le major sont chargés par procès-verbal du 5 septembre dernier.

Nous sommes transporté au château de la Bastille,

* Ardàves de CEmpirc, Y, I15I4.

011 étant dans la salle du conseil, M. le marquis de Launay a fait venir M. de Cagliostro, en présence duquel M. de l>aunay a représenté le carton renfermant les efléts saisis sur madame de Cagliostro.

Ce carton est fermé d’un ruban de soie verte faisant plusieurs tours, et sur les deux bouts de ce ruban sont deux cachets représentant une tête de vieillard.

Avons sommé M. de Cagliostro de nous déclarer .s’il reconnaît dans ces deux cachets qui sont sur ce carton le cachet de la dame son épouse.

Cagliostro nous a dit qu’il ne peut reconnaître si ces cachets sont l’empreinte de celui de sa femme.

M. le inarqiiis de Launay a envoyé cliercher le cachet de la dame de Cagliostio, et ce cachet a été apporté de la part de la daine de Cagliosiro et par un de scs gens, et remis à M. de Launay en présence du sieur Cagliostro.

I.e sieur Cagliostro a examiné le cachet et a dit qu’il ne reconnaît pas ce cachet pour être celui de sa femme, mais que, apport!’ par le nommé Augustin, l’un de ses gens affidés à lui, il ne peut plus douter que ce cachet ne soit celui de sa femme.

Le sieur Cagliostro, le nommé Augustin letiré, a confronté le cachet sur les empreintes qui sont sm’ le carton , et a reconnu que les empreintes qui sont sur l(î carton sont bien les mêmes du cachet apporté à l’instant par le nommé Aiqpistin, et a retenu le cacliel .

Le cai-ton ayant été ouvert, le ruban coupé sans altérer les cachets, il s’y est ti’ouvé :

1° Un rouleau de vingt-cinq doubles louis; un autre rouleau de vingt-cinq doubles louis;

2" Une bourse de soie, renfermant une grosse pièce du Portugal en or; cinq demi-louis et un louis en or;

3° Une bourse de peau , contenant huit pièces de monnaies étrangères en argent;

4° Une boui’se de soie bleue vide ;

5° Deux grandes ba(;ues de brillants ;

(j" Dans un petit papier, trois louis d’or;

7° Une mouti e et sa chaîne, garnies de diamants, dans sa boîte de galuchat;

8° Un étui de galuchat, renfermant deux bagues de femme en brillants, deux joncs de brillants, une bague en jarretière de brillants et un jonc de rubis;

î)“ Un étui de galuchat, renfermant une paire de pendeloques de neuf gros brillants chacune ;

10° Un étui de galuchat, reiifermaut le portrait de madame Cagliostro entouré de brillants ;

11° Un étui de galuchat, reufermant une paire de boucles pendeloques en brillants, un saint esprit en brillants , une paire de boutons d’oreilles de cheveux entourée de diamants, une petite cpiantité de perles fines enfilées;

12° Un petit paquet de grenats;

13° Un étui de chagrin noir, renfermant une paire de pendants de pei’les;

160 MAHIE-ANTOINETTE

14° Un petit paquet de boutons d’habit et veste brodée ;

15' Un étui de cliagrin noir, renfermant le portrait de madame de Cagliostro ;

16° Une petite montre d’or dans sa boîte, avec verre monté en cuivre, chaîne d’or et soie et six breloques en or;

17° Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte d’or émaillée de vert;

18° Un étui de {jaluchat vert, renfermant une boîte d’or ovale émaillée, et dedans un filet de perles orientales;

19° Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte d’or longue émaillée;

20° Un étui de galuchat, renfermant une boîte à mouches et à rouge, d’or émaillé, avec médaillon entouré de diamants ;

21° Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte à mouehes en or;

22° Une boîte d’or de coideur, dans sa boîte de galuchat ;

23° Un encrier façon de la Chine, garni d’or, dans sa boîte de galuchat;

24° Une petite journée de femme en or;

25° Une bonbonnière d’écaille blonde, garnie en or;

26° Une paire de bracelets et boucles de diamants, rubans de velours noir ;

ET I.E PROCÈS DU COLLIER. IGl

27" Un portefeuille de velours, garni d’ustensiles d’argent;

28* Une boite orientale, garnie en or, en baignoire ;

29° Un souvenir d’ivoire, garni en or;

30° Une petite seringue d’argent dans son étui rouge ;

31° Un souvenir en laque, garni d’or;

32° Un portefeuille en soie blanche, brodé en or;

33° Une petite tabatière d’or, de forme ronde ;

34° Un couvert d’or, dans son étui de peau rouge;

35° Un coquetier en corbeille, d’argent;

3(>° Une boite d’or d’homme, ronde et émaillée sur les bords ;

37° Un étui d’or, un autre très-petit étui d’or;

38° Un étui de deux couteaux, l’iiu lame d’or, l’autre lame d’acier, le tout garni en or;

39* Une cuillère à café en or;

40° Un petit couteau manche d’ivoire blanc, dans son étui noir, rnban de soie rose et argent ;

41” Un (routean de nacre de perles, lame d’or;

42° Une bonbonnière de cristal, garnie en or;

43° Une paire de boucles de iemme en mnrensitte?

44° Une petite passoire en vermeil;

45° Un couteau lame d’acier, manche d’ivoire, garni en or;

40° Un flacon de cristal, ,garni en or;

47° Une paire de homales de jarretières d’argent;

48° Une paire de ciseaux acier et or;

MARIE-ANTOIKETTF.

4Î)° Une aigrette de roses, une paire de pendeloques et dix épingles de pierres fausses, une paii’e de bou<!les de souliers pour iemme en pierres fausses, un médaillon en or entouré de perles, un médaillon de fleurs sous verre, monté en or, et sa chaîne d’or;

50° Un autre médaillon de verre monté en or, sa chaîne de grenat, deux paires de bracelets en or, un autre bracelet seul avec le chiffre de madame de Cagliostro, en or, sur pierre de composition.

Un paquet de papiers saisis chez madame de Cagliostro.

M. le marquis a remis tout le contenu de la présente description à M. de Cagliostro, qui le reconnaît et en décharge M. le mar<|uis de Launay et tous autres.

ClIÉXON FIES, I.E COMTE DE C.VGUO.SmO,

LE MARQUIS DK Tj AUSAY. »

Cette form.alité une fois remplie, Caghostro se rendit à son domicile de la rue Saint-Claude, ou il rentra après un séjour de neuf mois et demi à la Bastille.

Séraphiua Féliciani avait été plus heimeuse que lui; à la suite d’une longue maladie quelle avait faite, Cagliostro avait présenté requête au Parlement afin d’obtenir la mise en liberté de sa femme, contn; laquelle aucun décret de prise de corps n’avait été rendu. Ce fut d’Epréménil qui soutint

ET LE PROCÈS Dü COLLIER. 163

avec clialeur au sein du Parlement les droits de riiumanité viol«;e dans cette affaire, et qui obtint en effet la mise en liberté de Séraphina , qui quitta sa prison le 26 mars 1785.

La réunion des deux époux ne fut pas de longue durée. Le 2 juin, l’inspecteur de police de Bnignières se présentait chez Cagliostio et lui simplifiait un ordre <bi Roi qpi lui enjoignait de sordr de Paris sous vingiCîji^tVc^^euy^^ et du royaume sous trois semaines , avec défense d’y rentrer dans quelque temps et sous quelque prétexte que ce fût , à peine de désobéissance.

Dans la matinée du 3 juin Cagliostro se rendit à Passy; le 13 il rejoignait sa femme à Saint-Denis, et tous deux partaient pour Roulogne-sur-Mcr. Le 16 ils s’embarquèrent pour l’Auglctcrre : « La côte que je quittais, s’écrie Cagliostro, était bordée par une foule dé citoyens de tous états qui me bénissaient, me remerciaient du bien que j’avais fait à leurs frères et m’adi'e.ssaient les adieux les plus touchants. Les vents m’emportaient loin d’eux, je ne les entendais plus, mais je les voyais encore à genoux et les mains levées vers le ciel ; et moi de bénir à mon tour, et de m’écrier et de répéter comme s’ils pouvaient m’eutentbe : « Adieu, Français! adieu, més enfants! adieu, ma patrie ‘ ! »

' Mémoires pour le comte de Cujliostro contre Clienon et de Launay, par 5Î' Thilorior, avocat. — Paris, 17S(i. Lollin aîné et Lottin de Saint-Germain, rue Saint-.\.ndr6-des-Arts.

MARIE- A MOI N ETTE

Le reste de la vie de Cagliostro est assez obscur. Après un séjour de deux ans à Londres, il se rendit à Bâle, à Bienne, à Aix en Savoie, à Turin, à Gênes, à Vérone et enfin à Rome, où la police de l’in- (]uisition le fit saisir et emprisonner avec sa femme au château Saint-Au{je.

Traduit devant le tribunal de l’inquisitiou, Ca- {jliostro fut condamné â moil le 7 avril comme pratiif liant ta fra nc-tn açon lier te ‘

Cette condamnation inique fut commuée en une détention perpétuelle f[ue le mallieureux charlatan subit au château de Saint-Léon, où il mourut, diton, eu 1795.

Séraphina Féliciaiii, qui avait parta{fé les vicissitudes de la vie de son mari, sa bonne fortune et ses revci's, partaffca la captivité de Cagliostro â Home, ainsi (|u’elle l’avait fait â Paris.

I.e saint-olfi<;c la condamna «‘{paiement à la réclusion perpétuelle. Elle fut enfermée au couvent de Sainte- A|)olline, et l’on ignore la date de sa mort.

Rétaux de Villctte, (jui avait bcmificié de l’indulgence du Parlement envers M. de Rohan et qui n’avait été condamné qu’au bannissement perpétuel , tandis (jii’il avait si bien mérité les galères, fut conduit immédiatement hors de France.

En 1790 il se trouvait â V’enise et y publiait un volume iu-8° intitulé Mémoires historirjiies des intri(/nes de la cour, et de ce ijiii s'est passé entre la

Reine, mmlame de Lnmolte et le comte d'Artois.

IjR demoiselle d’Oliva ,~que le Parlement avait mise hors de cour, obtint pendant quelque temps une sorte de célébrité. S’il faut en croire l’abbé Georgel, plusieurs personnages la demandèrent en mariage ; mais si attrayantes que fussent Jes propositions , elle les refusa toutes poui’ donner sa main à un certain Beausirc, son ancien amant, qui joua plus tard un rôle subalterne pendant la Révolution , et qui fut sous la Terreur l’un des montons qui firent envoyer à la mort tant d’innocentes victimes comme coupables de conspiration dans la prison du Luxembourg.

Ce ne fut que le 21 juin 1780 que l’arrêt du Parlement rendu contre madame de Lamotte reçut son

exécution.

Dès le matin, un geôlier entra dans sa chambre et lui annonça la visite de son avocat, M* Doillot. Madame de Lamotte était au lit, elle se hâta de se lever et de suh're le porte-clefs ; on la conduisit dans une chambre voisine dont la porte fut immédiatement refermée; là un homme se jeta sur elle, la lia avec des cordes et l’entraina au greffe.

Le greffier Breton l’y attendait pour lui faire lecture de l’arrêt du Parlement. Il était d’usage alors qu’un condamné devait entendre à genoux sa seu-

MARIE- AN TOI NETTE

tence. Lorsqu’on sifynifia à madame de Lamotte qu’elle eût à remplir cette humiliante formalité, son orgueil se révolta : « Non, s’écria-t-elle, je n’écouterai pas cet arrêt inique, et je ne ployerai pas les genoux pour entendre lire un jugement qu’une cabale d’hommes vendus à mes ennemis à fait rendre contre moi ‘ ! »

Il fallut cependant céder à la violence ; deux hommes la saisirent et voulurent l’obliger à se soumettre. La condamnée ti'ouva alors des forces pour leur résister, et c’est au milieu de ses cris et de ses sanglots que le greffier fit lecture de l’arrêt.

Tout n’était pas fini pour la descendante des Valois; il fallait encore que la sentence reçût son exécution et que le bourreau imprimât sim son épaule la lettre V, signe indélébile de son infamie.

Ce fut alors une scène horrible; il fallut porter sur l’échafaud madame de Lamotte, ijui sembla retrouver une nouvelle énergie dans l’horreur même de sa situation. Ses cris et ses efforts pour se dégager redoublaient, et ses mouvements convulsifs étaient tels que le fer rouge glissa sur son épaule et s’imprima presque entièrement sur son sein. Un dernier cri , plus terrible encore que tous les autres, retentit sur la place, et madame de Lamotte évanouie fiit mise dans un fiacre et conduite à la Salpêtrière pour y subir sa peine.

‘ Vie de Jeanne de Saint-Remy de Valois, etc. , t. II, p. H4 et siiiv.

Reçue à son arriv('-e par la supérieure {j«'-nérale de la maison, madame Robin, la eondamnée fut écrouée sur les refjislres de la Salpêtrière et mise au lit. Son visape était tellement nienrlri de contusions et ses yeux si gonflés par les larmes, qu elle était méconnaissable .

Le lendemain elle était mieux, et queltpies jours après son rétablissement étant <i peu près complet , la vie de la prison commença pour elle.

Laissons maintenant madame de Lamotte décrire elle-même la Salpétrière ' : « Cet hôpital, «lit-elle, était destiné dans son origine à la réception des orphelines pauvres. Ou y distingue aujourd’hui dans son enceinte «juatre prisons dilfiVcntes : «lans l’une on tient renfermées les filles de mauvaise vie; la seconde, pixiprement dite la Salj}ètrière, est celle où l’on m’a conduite, et c’est là que sont retenues les femmes qui sont condamnées à un emprisonnement perpétuel ; la troisième est d<îsigii(''e sous le nom àc prison, et la «|uatrième, appelée maison de cori œtion, est celle où l’on reçoit les femmes incommodes à leurs maris, les filles dont les parents ont à se plaindi'c, etc.

A l’eutr«;e de la Salpêtrière est une jietite cour de vingt pieds de large sur quai’ante-quatre de long. En face des portes d’entrée sont sept loges pratiquées sous une galerie soutenue par des pilas-

* Vie de Jeanne de Samt-Remy de Valob, etc., t. II, p. 129 et suiv.

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